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10 févr. 2025 · 15 min

1924 : comment les filles ont conquis l’accès au bac

Dans cet épisode, suivez des lycées sans accès au bac au décret de 1924, puis découvrez le rôle des élèves et enseignantes dans cette avancée.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors, imaginons un instant la situation suivante. L'État annonce en grande pompe la création d'un vaste réseau de lycées flambant neuf.

  2. Intervenant 2

    Super nouvelle sur le papier.

  3. Intervenant 1

    Ah bah oui, carrément. On recrute des centaines de profs, on élabore des emplois du temps hyper rigoureux, mais il y a un hic. La loi interdit purement et simplement d'y enseigner l'unique matière qui permet d'obtenir un diplôme reconnu sur le marché du travail.

  4. Intervenant 2

    C'est l'absurdité institutionnelle totale. Le piège parfait.

  5. Intervenant 1

    Et ce scénario complètement dingue, c'est pas de la fiction. C'est très exactement la réalité qui a été imposée aux jeunes filles en France à partir de 1880. Donc décortiquons un peu tout ça aujourd'hui, parce qu'on célèbre un centenaire. Curieusement, dans une indifférence assez relative, je parle du décret du 25 mars 1924.

  6. Intervenant 2

    Ah oui, le fameux. C'est la date précise de l'égalité officielle devant le baccalauréat.

  7. Intervenant 1

    Exactement. Et les sources historiques qu'on va analyser ensemble montrent bien que cette égalité, elle n'est pas tombée du ciel grâce à une soudaine illumination féministe du gouvernement.

  8. Intervenant 2

    Loin de là !

  9. Intervenant 1

    Les mathématiques ont vraiment joué le rôle d'un champ de bataille inattendu. C'était une faille juridique et finalement un véritable outil de survie économique. On va explorer comment cette parité s'est construite avec une approche rigoureuse des chiffres à l'appui. Mais promis, ça reste passionnant et accessible à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des sciences.

  10. Intervenant 2

    Tout à fait. Et pour vraiment saisir l'ampleur de ce bouleversement institutionnel en 1924, il faut analyser d'où on part. C'est incontournable.

  11. Intervenant 1

    Donc, retour vers le passé.

  12. Intervenant 2

    Voilà. La fondation de ce système de ségrégation remonte à 1880, avec la promulgation de la fameuse loi Camille C. Dans la mémoire collective, on se dit souvent que c'est un progrès spectaculaire.

  13. Intervenant 1

    Ben oui, ça crée l'enseignement secondaire public pour les jeunes filles, non ?

  14. Intervenant 2

    Sur le papier, oui. Mais quand on examine les textes d'application en détail, les circulaires ministériels de l'époque, on découvre une toute autre mécanique. L'État n'a pas du tout créé un outil d'émancipation. Il a très méticuleusement institutionnalisé un plafond de verre.

  15. Intervenant 1

    Un plafond de verre dès la conception même des écoles ?

  16. Intervenant 2

    Exactement. Avec des mécanismes de blocage verrouillés à tous les étages. La première alerte, c'est la disparité temporelle.

  17. Intervenant 1

    Ah oui, la durée des études, j'ai vu ça dans les sources. Les garçons avaient un cursus sur 7 ans, c'est ça ?

  18. Intervenant 2

    C'est ça. Et pour les filles, le législateur s'est dit que 5 années d'études, c'était largement suffisant.

  19. Intervenant 1

    Sympa.

  20. Intervenant 2

    Mais le vrai verrou, il n'est pas seulement dans la durée. Il est dans l'amputation chirurgicale des matières enseignées. Le programme de ces lycées de jeunes filles est totalement expurgé du latin et du grec.

  21. Intervenant 1

    Et c'est là qu'il faut expliquer la mécanique de l'époque à notre audience. Parce qu'à la fin du XIXe siècle, le baccalauréat, c'est un examen qui est intrinsèquement lié à la filière classique.

  22. Intervenant 2

    C'est le cœur du problème. Le latin, c'est pas juste une option de culture générale pour briller en société, c'est le prérequis structurel absolu pour se présenter aux épreuves.

  23. Intervenant 1

    En fait, c'est comme si on inscrivait quelqu'un à un marathon en lui attachant les lacets et en le félicitant de faire du surplace.

  24. Intervenant 2

    C'est une super analogie. Sans les langues anciennes, c'est mort. La porte de l'université ou des écoles supérieures reste hermétiquement fermée.

  25. Intervenant 1

    Et j'imagine que le barrage s'étend aux disciplines scientifiques du coup ?

  26. Intervenant 2

    Totalement. Le programme de mathématiques pour les filles est drastiquement allégé. On se concentre sur quoi ? L'arithmétique de base, un peu de géométrie pratique, et voilà.

  27. Intervenant 1

    Donc tout ce qui est algèbre complexe, trigonométrie, tout ça passe à la trappe ?

  28. Intervenant 2

    Évacué. Tout ce qui forge le raisonnement abstrait n'est pas enseigné. Et pire encore, lors des deux dernières années de ce fameux cursus de 5 ans, les cours de mathématiques deviennent purement et simplement facultatifs.

  29. Intervenant 1

    Oh waouh, donc c'est vraiment relégué au second plan.

  30. Intervenant 2

    ...d'aucun grade universitaire. Zéro. Aucune inscription possible en médecine, en droit ou en science.

  31. Intervenant 1

    Ça mène à un cul de sac. Mais du coup, on en vient à se demander quelle était la logique de l'État. En fouillant dans les documents de 1884 autour de cette loi, on tombe sur des justifications d'une clarté sidérante.

  32. Intervenant 2

    Oh que oui ! Ils ne s'en cachaient même pas !

  33. Intervenant 1

    Mais vraiment pas ! Les législateurs républicains l'écrivent formellement. Le cahier des charges de ces lycées, c'est de produire des individus, et je cite les termes de l'époque, attention, « davantage capables de remplir les devoirs d'épouse, de mère et de maîtresse de maison ».

  34. Intervenant 2

    Voilà.

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