
9 avr. 2024 · 23 min
Maths pour tous ? L’origine sociale change les parcours
Dans cet épisode, suivez les écarts de l’école à la recherche, puis découvrez comment l’origine sociale façonne les rapports aux maths.
Collections de cet épisode (7)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
Transcription
Afficher la transcriptionMasquer la transcription
Transcription automatique
Intervenant 1
Bonjour et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente pour une nouvelle exploration vraiment passionnante. Je suis ravie de vous retrouver aujourd'hui et pour commencer, j'aimerais qu'on fasse un petit exercice d'imagination tous ensemble.
Intervenant 2
Bonjour ! Et oui, un petit exercice mental pour démarrer, c'est toujours une excellente idée.
Intervenant 1
N'est-ce pas ? Alors voilà, imaginons deux copies de baccalauréat de mathématiques posées sur un bureau. Les deux copies portent la note de 18 sur 20.
Intervenant 2
D'accord, un très bon niveau donc.
Intervenant 1
Exactement l'encre est la même, les théorèmes appliqués sont identiques, la logique est absolument impeccable des deux côtés. Sur le papier, les mathématiques semblent être le juge le plus neutre, le plus impartial au monde. Deux plus deux font quatre, peu importe qu'on ait grandi dans un immense château ou dans un tout petit appartement de banlieue. La logique pure, c'est l'anonymat parfait, c'est le grand égalisateur, non ?
Intervenant 2
Eh bien, c'est ce qu'on aime croire, oui.
Intervenant 1
Et pourtant, la sociologie nous dit que l'un de ces deux cerveaux est déjà quasiment programmé pour abandonner la discipline dans les mois qui viennent. Et ça, pour la simple et bonne raison que ses parents ne font pas le bon métier.
Intervenant 2
C'est fou quand on y pense. C'est un paradoxe qui bouscule complètement nos certitudes. On a tous en tête cette image d'épinal d'une science totalement universelle qui flotterait, disons, au-dessus des turbulences de la société.
Intervenant 1
Ouais,
Intervenant 2
totalement. Mais quand on se plonge vraiment dans les données, on découvre une réalité bien différente et franchement beaucoup moins romantique.
Intervenant 1
Et c'est précisément ce qu'on va décortiquer dans notre plongée du jour. On s'appuie sur un travail de recherche absolument brillant de la sociologue Clémence Perronnet. Et attention, on tient à préciser qu'on rapporte ici ces conclusions, qui sont très fortes pour aider notre auditoire à comprendre les débats actuels.
Intervenant 2
Tout à fait, on se fait le relais de cette analyse sociologique.
Intervenant 1
Voilà. Et les conclusions de cette étude font un peu l'effet d'une bombe. D'après ces recherches, les mathématiques seraient en fait la discipline la plus inégalitaire et la plus socialement excluante de toutes.
Intervenant 2
Et c'est un constat lourd de conséquences.
Intervenant 1
Ah oui, très lourd. Et on ne va pas seulement parler de la question du gendre, qu'on commence heureusement à bien connaître, mais d'un filtre social invisible, une mécanique implacable qui frappe directement les classes populaires. Personnellement, j'ai toujours cru que le système scolaire français, avec ses programmes nationaux identiques pour tout le monde, lissait ces différences. Mais en lisant ça, j'ai l'impression que je me mettais carrément le doigt dans l'œil.
Intervenant 2
C'est le cas de beaucoup de monde, rassurez-vous. Et l'objectif de notre échange aujourd'hui, la mission de cette exploration, c'est vraiment de comprendre comment cette machinerie opère
Intervenant 1
concrètement. Il ne s'agit pas juste de dire « voilà, il y a des inégalités ». Non, le but, c'est de regarder à la loupe comment la société, et ce, dès la salle de classe, trie les individus.
Intervenant 2
Comment ça se matérialise au quotidien ? C'est ça. Comment un jeune se met à penser, de façon très intime, que les mathématiques ne sont tout simplement pas faites pour lui ? Et pour bien comprendre ça, il faut regarder les fondations de la maison, ce qui se passe à l'école.
Intervenant 1
D'accord. Alors, posons les bases. Quand on regarde les évaluations internationales, comme la fameuse étude PISA qui teste les jeunes de 15 ans dans le monde entier, qu'est-ce qu'on y voit ?
Intervenant 2
Eh bien, le constat est assez rude en fait. PISA nous montre qu'il y a un écart de performance gigantesque entre les 25% d'élèves les plus favorisés et les 25% les plus défavorisés.
Intervenant 1
Et ça représente quoi concrètement cet écart ?
Intervenant 2
Pour donner une image claire à notre public, cet écart équivaut à environ deux années entières de scolarisation.
Intervenant 1
Attendez, deux ans ?
Intervenant 2
Ouais, deux années scolaires de différence.
Intervenant 1
C'est un truc de fou. C'est-à-dire qu'à 15 ans, un élève de milieu populaire a virtuellement le niveau en maths d'un élève de 13 ans qui serait issu d'un milieu aisé. Et tout ça simplement à cause de son code postal ou du salaire de ses parents.
Intervenant 2
C'est exactement ça. Et le pire, c'est que la France fait vraiment figure de très mauvais élèves sur la scène internationale.
Intervenant 1
Ah bon ? On est en retard par rapport aux autres ?
Intervenant 2
On est même parmi les pires. Chez nous, l’origine sociale explique près de 22% des écarts de performance en mathématiques, contre 15% en moyenne dans les pays de l'OCDO. C'est le facteur numéro 1, bien avant le genre ou le qualité des infrastructures des écoles.
Intervenant 1
Waouh, j'essaie de me représenter la chose. C'est un peu comme si on organisait, disons, un grand marathon pour tous les élèves. Tout le monde sur la même ligne de départ. Mais le piège, c'est qu'on oblige la moitié de la classe à courir avec des chaussures en plomb.
Intervenant 2
C'est une excellente métaphore.
Intervenant 1
Forcément, le chrono à l'arrivée ne mesure pas la capacité naturelle à courir. Il mesure le fait d'avoir ou non ces fameuses chaussures en plomb, c'est-à-dire l'héritage familial.
Intervenant 2
Absolument.
Intervenant 1
Mais attendez, on a quand même eu cette grande réforme du baccalauréat en 2019. On nous a dit qu'elle était censée casser les vieux moules, donner plus de liberté de choix aux élèves, moderniser tout ça. Est-ce que ça n'a pas un peu allégé ce poids de l'héritage, justement ?
Intervenant 2
Eh bien, étonnamment, le remède a presque été pire que le mal.
Intervenant 1
Ah ouais ? Pire ?
Intervenant 2
Oui. L'étude montre que la réforme de 2019 a en fait aggravé ces inégalités. Vous vous souvenez de l'ancienne filière scientifique, la fameuse série S ?
Intervenant 1
Bien sûr, c'était la voie royale.
Intervenant 2
Voilà. Avant cette série S, elle regroupait les maths, la physique-chimie, la biologie. C'était un, disons, un package généraliste de bon niveau. En supprimant ce package, à travers la réforme, pour créer des spécialités à la carte, on a complètement isolé le mathématique.
Intervenant 1
Ah, je vois.
Intervenant 2
Elles se retrouvent toutes seules, hyper exposées, et elles sont devenues le critère ultime et frontal de sélection.
Intervenant 1
D'accord, je comprends le mécanisme. En voulant offrir du choix à la carte, une sorte de menu personnalisé, on a en fait forcé les élèves à se positionner très tôt, dès 16 ans, vis-à-vis des maths pures et dures.
Intervenant 2
C'est tout à fait ça.
Intervenant 1
Et face à un choix aussi radical, l'autocensure sociale doit jouer à plein régime.
Intervenant 2
Précisément. L'exemple le plus frappant donné par la recherche, c'est l'option « mathématiques expertes en classe de terminale ». Sur le papier, le discours officiel dit que c'est une option ouverte à tous les passionnés. Mais dans les faits, c'est devenu l'enseignement le plus clivé de France.
Intervenant 1
C'est-à-dire ? Les chiffres donnent quoi ?
Intervenant 2
Près d'un tiers, donc 28% environ, des élèves très favorisés la choisissent. Pourquoi ? Parce que leurs parents savent très bien que c'est la clé magique pour ouvrir les portes des écoles de prestige.
Intervenant 1
Ils connaissent les codes ?
Intervenant 2
Exactement, ils ont les codes du système. Mais chez les élèves issus des classes populaires ou moyennes, c'est le désert absolu. On est sous la barre des 10%.
Intervenant 1
Ces vertigines ?
Intervenant 2
En fait, la réforme a exigé des adolescents qu'ils décodent seuls les attentes cachées du système. Et à ce petit jeu-là, ce sont toujours les familles les mieux dotées culturellement qui gagnent.
Intervenant 1
Donc, dès le lycée, la fracture est totalement consommée.
Intervenant 2
Le tri est fait, oui.
Intervenant 1
Et j'imagine que cette dynamique ne s'arrête pas par magie le jour de la remise des diplômes du bac. Si le filtre est déjà si serré à 17 ans, que se passe-t-il quand on pousse la porte de l'enseignement supérieur ? On entend souvent l'expression « plafond de verre » dans les médias, mais là j'ai l'impression qu'on a plutôt affaire à une porte blindée avec Digicode.
La suite de la transcription est réservée aux abonnés.
S’abonnerÀ écouter ensuite
Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.

16 mai 2023 · 5 min

28 juin 2023 · 13 min

30 avr. 2026 · 5 min

12 déc. 2025 · 12 min

10 oct. 2025 · 20 min

16 oct. 2023 · 15 min