
11 févr. 2026 · 13 min
Bortniker : première femme reçue à l’agrégation historique
Suivez son parcours, de la loi Sée à sa réussite de 1885, puis à ses recherches et aux nouvelles lauréates du concours en 1920.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on entame une plongée documentaire dans une histoire qui commence vraiment comme un triomphe académique éclatant et qui finit en véritable thriller institutionnel.
Intervenant 2
C'est exactement ça, un vrai thriller.
Intervenant 1
Et pour poser le décor, imaginons un instant la scène. On parle d'une personne qui a forcé la très prestigieuse Académie des sciences françaises à violer ses propres règles éditoriales, qui a surclassé toute l'élite mathématique masculine du pays. Et au final, son nom a été méticuleusement effacé des mémoires pendant plus de 35 ans.
Intervenant 2
Plus de 35 ans, oui. C'est vertigineux ?
Intervenant 1
Totalement. Et c'est pas de la fiction. C'est la trajectoire bien réelle qu'on va décortiquer aujourd'hui en se basant sur l'article « Les premières agrégées de mathématiques » écrit par Roger Mansuy dans le hors-série 97. Au programme, on a du génie géométrique pur, une bureaucratie prise à son propre piège et une machinerie sexiste tellement systématique que c'en est fascinant.
Intervenant 2
C'est fascinant et c'est surtout un énorme paradoxe. Parce qu'en fait, les mathématiques, c'est censé être, par essence, le domaine de la rationalité absolue, tu vois. C'est un espace où, en théorie, seul l'argument logique fait loi. Un théorème, il est vrai, peu importe la personne qui le démontre.
Intervenant 1
Ouais, logiquement, il n'y a pas de biais.
Intervenant 2
Exactement. Mais quand on se penche sur l'histoire de l'enseignement de cette discipline à la fin du XIXe siècle en France, on découvre quoi ? Des institutions supposément garantes de cette rationalité qui agissent avec une irrationalité totale. C'est presque absurde. Complètement. On n'observe pas des savants qui cherchent la vérité, mais plutôt une caste bureaucratique complètement paniquée qui déploie des trésors d'ingéniosité administrative juste pour protéger son monopole.
Intervenant 1
Du coup, l'histoire qu'on analyse aujourd'hui, ce n'est vraiment pas juste une vieille biographie poussiéreuse. C'est plutôt une masterclass, une vraie autopsie de la façon dont les institutions tentent de contrôler l'accès au savoir et surtout de la manière dont des esprits brillants arrivent à pirater ce système.
Intervenant 2
Et pour bien comprendre ce piratage, il faut d'abord analyser comment le jeu était truqué dès le départ. Et ça commence avec une date qu'on présente souvent à tort comme une grande victoire.
Intervenant 1
Oui, le 28 octobre 1878. C'est ça.
Intervenant 2
Cabissé, un député républicain, propose une loi fondatrice pour créer un enseignement secondaire féminin.
Intervenant 1
Et là, on se dit génial, ouverture vers l'universel, on applaudit.
Intervenant 2
Ouais, sur le papier, ça a l'air super. Mais il faut vraiment se méfier de cette image d'épinal. La bureaucratie, elle sait très bien se draper de progressisme pour mieux figer l'ordre social, en fait. Si on regarde les sources primaires, genre les discours de CE pour défendre sa loi, on découvre un double discours effarant.
Intervenant 1
Un double discours, c'est-à-dire ?
Intervenant 2
Le gouvernement a besoin de former des enseignantes pour les filles, parce que l'idée que des hommes instruisent des adolescentes, ça provoque une grosse panique morale chez les conservateurs. Mais Sélé doit garantir à ces mêmes conservateurs que cette éducation ne menacera pas le patriarcat.
Intervenant 1
Ah, la fameuse rassurance !
Intervenant 2
Voilà. Il jure, avec des mots très précis, qu'il s'agit surtout pas de détourner les femmes de leur vocation de mère et de ménagère. Le but, c'est surtout pas d'en faire des savants ou des, je cite, « bableux » ou des « ergoteuses ».
Intervenant 1
Mais c'est terrible. Surtout que « bas bleu », c'est vraiment l'insulte suprême du XIXe siècle pour discréditer les femmes intellectuelles. Et « ergoteuse », ça désigne quelqu'un qui argumente avec trop de précision.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
En gros, on reproche à une femme d'utiliser la logique. Pour faire des mathématiques, c'est quand même un comble.
Intervenant 2
Ah, c'est l'ironie parfaite, ouais.
Intervenant 1
Donc, si je résume, on met en place une énorme machinerie.
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