
19 févr. 2024 · 22 min
Fractions imbriquées : le parcours inattendu vers 1/√2
Dans cet épisode, suivez la construction pas à pas, son lien avec la suite de Prouhet-Thue-Morse et la découverte de sa limite : 1/√2.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors aujourd'hui, on ne va pas se contenter d'effleurer la surface de notre sujet. On entame vraiment une plongée fascinante et très franchement vertigineuse au cœur même des mathématiques.
Intervenant 2
Bonjour à toutes et à tous. Et vertigineuse, c'est vraiment le mot juste pour ce qu'on va aborder.
Intervenant 1
Ah oui, complètement. L'objectif de cette exploration, c'est de montrer comment une simple manipulation, un petit jeu arithmétique avec des fractions, le genre de truc qu'on pourrait presque faire au collège quoi, peut soudainement ouvrir une porte dérobée vers des concepts d'une profondeur absolue.
Intervenant 2
C'est ça, oui. C'est la beauté de la discipline en fait, partir de choses très simples
Intervenant 1
Voilà. Et pour que tout le monde ait bien l'image en tête, on va s'intéresser à ce qu'on pourrait appeler, familièrement, des fractions de fractions sans frein.
Intervenant 2
Sans aucun frein,
Intervenant 1
oui. Genre, imaginez qu'on prenne une part de gâteau mathématique, disons 1 demi. Ensuite, on décide de diviser ce demi par une autre fraction, par exemple 3 quarts.
Intervenant 2
Jusque là, on suit. C'est une division classique.
Intervenant 1
Exactement. Mais on s'arrête pas là. On prend tout ce bloc, le résultat de cette opération, et on le divise à nouveau par un autre énorme bloc de fractions.
Intervenant 2
D'accord.
Intervenant 1
Disons 5 sixièmes sur 7 huitièmes. Et on continue comme ça, encore et encore, à l'infimie, en empilant des barres de fractions comme des poupées russes mathématiques toujours plus énormes.
Intervenant 2
C'est une excellente mise en situation. Et le terme sans frein est vraiment approprié parce que, sur le plan purement logistique, cette construction pose un problème immédiat.
Intervenant 1
Lequel ?
Intervenant 2
Le manque de papier. Mais c'est exactement ça. Si on essaye de bâtir cette tour sur une vraie feuille de papier, on va très vite manquer d'espace. Les barres horizontales vont s'empiler, s'étirer. Ça va devenir un véritable cauchemar visuel en fait.
Intervenant 1
Ah, ça j'imagine bien. La page noircie des tâches superposées.
Intervenant 2
Voilà. Donc avant même d'espérer comprendre la nature de ce monstre mathématique, ça soulève une question importante. Il nous faut impérativement une méthode rigoureuse pour l'étudier sans s'y perdre.
Intervenant 1
D'accord. Alors décortiquons tout ça. Parce que la manipulation de fractions à plusieurs étages, on va pas se mentir, ça donne des surfroides à beaucoup de monde.
Intervenant 2
C'est vrai, ça rappelle des mauvais souvenirs d'école à pas mal de gens.
Intervenant 1
C'est ça. Alors comment on fait concrètement pour éviter de tapisser les murs avec des équations totalement illisibles ?
Intervenant 2
Il faut faire appel à une règle algébrique classique, une méthode qu'on pourrait appeler une méthode d'aplatissement.
Intervenant 1
Ok, j'aime bien le terme.
Intervenant 2
En fait, quand on a une fraction divisée par une autre fraction, mettons un nombre A sur B, le tout divisé par un nombre C sur D, eh bien la règle nous dit que ça revient à multiplier la première fraction par l'inverse de la seconde. L'étage du bas se retourne et remonte ce multiplié avec l'étage du haut.
Intervenant 1
Alors, attendez, je dois intervenir tout de suite. Parce que ça, c'est typiquement le genre de règle qu'on apprend par cœur au collège sans forcément comprendre pourquoi on le fait.
Intervenant 2
C'est tout à fait vrai. On l'applique machinalement.
Intervenant 1
Diviser par une fraction, c'est multiplier par son inverse. Ça sonne un peu comme une recette de cuisine magique.
Intervenant 2
Ouais, je comprends l'idée.
Intervenant 1
Mais pourquoi est-ce que ça fonctionne fondamentalement ? Il doit bien y avoir une logique implacable derrière ça, non ?
Intervenant 2
C'est une excellente remarque. Et effectivement, il n'y a aucune magie là-dedans. C'est juste une question d'équilibre. Imaginez notre grande fraction à étage.
Intervenant 1
Ok, je la visualise.
Intervenant 2
Tout en bas, au dénominateur global, on a un bloc gênant, la fraction C sur D. Le but en maths, quand on veut simplifier une division complexe, c'est de faire en sorte que le dénominateur devienne égal à 1.
Intervenant 1
Ah oui, parce que diviser par 1, c'est comme ne rien faire.
Intervenant 2
Exactement. Alors comment transformer ce C sur D en 1 ? En le multipliant par son propre inverse, D sur C. Parce que C fois D divisé par D fois C, ça s'annule complètement et ça fait 1.
Intervenant 1
Ah, je vous suis. Mais du coup, si on modifiait le bas de la grande fraction en le multipliant par D sur C, on déséquilibre tout notre calcul de départ ?
Intervenant 2
C'est là qu'intervient la règle d'or des fractions. Tout ce qu'on fait en bas, on doit obligatoirement le faire en haut.
Intervenant 1
Ah bah oui, pour maintenir la proportion.
Intervenant 2
Voilà, pour garder la valeur intacte. Donc puisqu'on a multiplié le bas par l'inverse d sur c, on doit aussi multiplier le haut, donc notre fraction a sur b par ce même inverse d sur c.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Le bas disparaît puisqu'il devient 1, et il ne nous reste plus que le haut, a sur b multiplié par d sur c.
Intervenant 1
Et boum, voilà comment on écrase la tour.
Intervenant 2
C'est ça, le rouleau compresseur algébrique.
Intervenant 1
C'est génial. Donc les numérateurs se multiplient entre eux, en haut, A fois D, et les dénominateurs se multiplient en bas, B fois C. C'est beaucoup plus clair vu comme ça.
Intervenant 2
Et si on applique ce mécanisme à nos premiers chiffres, prenons le temps de voir ce que ça donne. On partait de notre base, 1 demi.
Intervenant 1
Ouais.
Intervenant 2
On applique la logique, on retourne la fraction du bas et on multiplie. Donc, le 1 tout en haut va se multiplier avec le 4 qui remonte. Et le 2 se multiplie avec le 3.
Intervenant 1
Donc, notre monstre à 4 étages devient une fraction toute simple. Une seule barre horizontale, avec 1 x 4 en haut, posée sur 2 x 3 en bas. C'est quand même vachement plus lisible.
Intervenant 2
Absolument ! Mais c'est là qu'on passe à la vitesse supérieure. On prend ce nouveau bloc aplati et on le divise par un autre monstre, 5 sixièmes, divisé par 7 huitièmes.
Intervenant 1
Waouh. D'accord. Alors j'essaye de faire l'opération de tête.
Intervenant 2
Allez-y.
Intervenant 1
Le bloc du bas, 5 sixièmes sur 7 huitièmes, il va lui aussi s'aplatir avec la même règle, c'est ça ?
Intervenant 2
Exactement. Il devient 5 x 8 sur 6 x 7.
Intervenant 1
Ok. Donc on a notre bloc de départ, 1 x 4 sur 2 x 3, divisé par ce nouveau bloc, 5 x 8 sur 6 x 7.
Intervenant 2
C'est ça. Et on réapplique notre fameux rouleau compresseur global.
Intervenant 1
Alors on prend le numérateur global, donc 1 x 4, et on le multiplie par le dénominateur du bas, mais inversé. Donc le 6 x 7 remonte s'associé avec le 1 x 4. Parfait. Et au sous-sol, on a notre 2×3 qui accueille le 5×8. La nouvelle fraction consolidée devient donc en haut 1×4×6×7 et en bas 2×3×5×8. C'est
Intervenant 2
un calcul mental sans faille. Je suis impressionné.
Intervenant 1
Merci. Mais bon, il faut s'accrocher.
Intervenant 2
Et imaginez si l'on pousse l'exercice à l'étage suivant.
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