
7 mai 2024 · 24 min
Nombres transcendants : pourquoi résistent-ils aux preuves ?
Dans ce podcast, suivez les théorèmes et leurs limites pour découvrir pourquoi tant de nombres résistent encore aux preuves de transcendance.
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Intervenant 1
Bienvenue dans cette nouvelle exploration, le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Bonjour, ravi d'être là pour creuser ce sujet.
Intervenant 1
Alors pour commencer, imaginons un instant un club VIP, mais un club ultra-select, très très fermé, qui rassemble en fait 99,99% de la population mondiale.
Intervenant 2
Ouais, un club où pratiquement tout le monde a sa place.
Intervenant 1
C'est ça, mais, et c'est là quel paradoxe vertigineux, si on prend une personne au hasard dans la rue, c'est mathématiquement fondamentalement impossible de prouver qu'elle a sa carte de membre.
Intervenant 2
C'est exactement ça, et c'est à ça qu'on s'attaque aujourd'hui en épluchant nos dossiers.
Intervenant 1
Voilà, notre mission dans cette plongée, c'est de comprendre cette énigme qui rend les mathématiciens complètement fous depuis des siècles. Je parle des nombres transcendants, des nombres qui font littéralement de la résistance.
Intervenant 2
Et il faut bien comprendre que cette résistance, ce n'est pas juste une difficulté de calcul. Ce n'est pas une question de temps.
Intervenant 1
C'est plus profond que ça.
Intervenant 2
Ah bah oui, on parle d'un vrai gouffre structurel dans notre compréhension d'univers numérique. C'est un domaine où on sait très bien qu'une chose existe. On sait même que ça compose la quasi-totalité de l'espace mathématique. Mais nos outils théoriques s'effondrent complètement dès qu'on essaie de pointer un seul élément précis du doigt.
Intervenant 1
Du coup, pour bien mesurer l'ampleur de cette frustration, il faut d'abord comprendre contre quoi ces fameux nombres se rebellent en fait.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Avant de parler de transcendance, je suis ravie d'introduire l'establishment, la norme, ce qu'on appelle les nombres algébriques.
Intervenant 2
Les bons élèves quoi.
Intervenant 1
C'est ça, ceux qui rentrent bien sagement dans les cases.
Intervenant 2
En fait, les nombres algébriques forment ce qu'on appelle en algèbre un corps. Et pour visualiser ça facilement, imaginons un écosystème fermé, un truc parfaitement autonome.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Un nombre, il est considéré comme algébrique s'il peut être la solution d'une équation, polynomiale, finie, et qui n'utilise que des coefficients entiers.
Intervenant 1
Ok, donc pas de nombre bizarre dans l'équation.
Intervenant 2
Voilà, que des entiers. Et l'avantage immense de cet écosystème, c'est sa prévisibilité totale. Si on prend deux nombres algébriques et qu'on les additionne, ou qu'on les soustrait, les multiplie, ou qu'on les divise, le résultat restera invariablement bloqué à l'intérieur de ce même système. On ne peut pas en sortir par hasard.
Intervenant 1
C'est un terrain de jeu hyper sécurisé. Mais le nombre transcendant, par définition, c'est celui qui refuse de jouer le jeu finalement.
Intervenant 2
C'est le rebelle absolu.
Intervenant 1
Ouais, il n'est la solution d'absolument aucune équation polynomiale à coefficient entier, peu importe la complexité ou la longueur de l'équation. Il échappe totalement à l'arithmétique finie.
Intervenant 2
Tout est le fait.
Intervenant 1
Et là, évidemment, on pense à la star pi ou au nombre e, la base des logarithmes naturels. Et c'est là que le chaos s'installe. Dans les sources du magazine, il y a des exemples qui m'ont fait un peu bugger.
Intervenant 2
Ah oui, je vois très bien desquels tu parles.
Intervenant 1
Bah ouais, parce qu'on se dit spontanément que si on manipule deux objets hyper complexes, genre de nombres transcendants, on va obtenir un Rélilta encore plus impénétrable, non ?
Intervenant 2
Ouais, c'est l'intuition humaine classique. Mais l'ensemble des nombres transcendants ne possède aucune des garanties de l'écosystème algébrique dont on vient de parler. Il n'est pas stable du tout.
Intervenant 1
Ok.
Intervenant 2
Prenons l'addition, par exemple. Imaginons le nombre transcendant composé de la constante π à laquelle on ajoute 4. Donc π plus 4. Ok,
Intervenant 1
très bien. π plus 4, c'est transcendant.
Intervenant 2
Et si on lui soustrait un autre nombre transcendant, disons Pi lui-même, on obtient tout simplement 4. Ah
Intervenant 1
ouais, un nombre entier, basique, algébrique au possible, la transcendance s'est carrément volatilisée.
Intervenant 2
C'est fou ! Et pareil avec la multiplication. Si on multiplie Pi par son inverse, 1 sur Pi, qui est tout aussi transcendant, ça nous ramène brutalement au chiffre 1. L'interaction de deux éléments transcendants peut carrément s'annuler pour retomber dans le monde algébrique le plus simple.
Intervenant 1
Alors, poussons la logique sur les deux transcendants les plus célèbres du monde, Pi et E.
Intervenant 2
Vas-y.
Intervenant 1
Si on les additionne de façon hyperfrontale, sans artifices, Pi plus E. Ou si on les multiplie, Pi fois E. Quel est le résultat de l'âme ? On reste dans le monde transcendant ou on retombe chez les algébriques ?
Intervenant 2
Eh bien là, la réponse actuelle de la communauté mathématique mondiale, c'est un silence assourdissant.
Intervenant 1
Attends, vraiment ?
Intervenant 2
On n'en sait absolument rien. À ce jour, il n'y a aucune preuve qui permet de statuer sur la nature de leurs sommes individuelles ou de leurs produits. C'est le flou total.
Intervenant 1
Non mais attends, je suis obligée de t'arrêter là-dessus. Il y a un truc qui m'échappe complètement. Dis-moi. On a aujourd'hui des supercalculateurs quantiques de folie, des algorithmes qui ont craché des milliers de milliards de décimales de pi et de e. Comment est-ce qu'on peut pas juste brancher une machine, faire l'addition de ces milliards de décimales, analyser le résultat et bim, avoir notre réponse ?
Intervenant 2
Ah, ça c'est la question que tout le monde se pose. Et ça touche vraiment au cœur de la différence entre le calcul numérique et la preuve formelle.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
En fait, avoir 1000 milliards de décimales, ça ne donne qu'une vision locale et finie du nombre. La définition même de la transcendance, elle porte sur l'infini.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
C'est l'impossibilité d'être la solution d'une équation, quelle que soit sa taille. Une machine, elle peut vérifier des milliards d'équations et rien trouver du tout.
Intervenant 1
Ouais.
Intervenant 2
Mais ça prouvera jamais, au grand jamais, qu'il n'existe pas une équation gigantesque, genre bien au-delà de la puissance de calcul de l'ordinateur, qui, elle, fonctionnerait.
Intervenant 1
Ah oui, je vois. Les mathématiques exigent une preuve structurelle qui englobe l'infini, pas juste un constat empirique sur un bout de nombre.
Intervenant 2
Exactement. C'est pas de la physique, on peut pas juste observer.
Intervenant 1
Donc, la puissance brute de nos ordis ne sert strictement à rien face à un problème purement conceptuel.
Intervenant 2
Voilà.
Intervenant 1
Ne pourtant, nos sources décrivent quand même une déduction incroyable sur Pi et E. Une sorte de tour de passe-passe logique pour affirmer une vérité, même sans résoudre le mystère de base.
Intervenant 2
Ah oui, le fameux raisonnement par l'absurde, dans toute sa splendeur. Les mathématiciens ont réussi à prouver avec une certitude absolue qu'au moins l'un des deux résultats, donc soit la somme pi plus e, soit le produit pi fois e, est obligatoirement transcendant.
Intervenant 1
C'est dingue. On ne sait pas lequel, mais l'un des deux l'est.
Intervenant 2
C'est ça.
Intervenant 1
Pour ceux qui nous écoutent, c'est littéralement comme avoir un billet de noterie gagnant entre les mains. Savoir qu'il y a le gros lot, mais être incapable de savoir à qui il appartient. Mais comment on arrive à prouver qu'il y a un gagnant sans connaître son identité ?
Intervenant 2
Eh bien, en utilisant justement les règles du monde algébrique. Imaginons un instant que la somme Pi plus E et le produit Pi fois E soient tous les deux des nombres algébriques.
Intervenant 1
Ok, on suppose l'inverse.
Intervenant 2
Voilà. Il y a un théorème super basique sur les polynômes qui dit qu'on peut construire une équation à partir d'une somme et d'un produit. Donc si la somme et le produit étaient algébriques, ça voudrait dire que pi et e seraient en fait les solutions d'un polynôme à coefficient algébrique.
Intervenant 1
Et alors ?
Intervenant 2
Or, un autre théorème prouve que les racines d'un tel polynôme doivent elles-mêmes être algébriques.
Intervenant 1
Ah ! Et là, le piège se referme.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Puisqu'on sait déjà de manière absolue que pi et e sont transcendants dès le départ, ils ne peuvent pas être les racines de ce fameux polynôme.
Intervenant 2
Et boum ! L'hypothèse de départ s'effondre.
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