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10 févr. 2026 · 5 min

En 1897, Felix Klein défend les femmes en mathématiques

Dans cet épisode, suivez l’argument de Felix Klein, des expériences de Göttingen à son plaidoyer pour l’accès des femmes à l’université.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on fait une plongée vraiment fascinante dans un texte de 1897. Un texte écrit par un des plus grands mathématiciens au monde.

  2. Intervenant 2

    Ouais, et c'est un texte qui, en fait, essaye de prouver scientifiquement que tous ses collègues masculins avaient complètement tort sur le cerveau des femmes.

  3. Intervenant 1

    Exactement. C'est un manifeste qui vient d'un livre collectif appelé « Die Akademie Schöfrau », donc la femme et l'université. C'est ça. Et notre mission aujourd'hui, c'est de voir comment ce document démonte, avec une vraie rigueur mathématique, le mythe des maths comme une discipline naturellement masculine.

  4. Intervenant 2

    Et ce qui saute aux yeux quand on lit ça aujourd'hui, c'est que l'auteur, Felix Klein, il ne fait pas de grandes théories idéologiques. Il y va vraiment par la méthode empirique.

  5. Intervenant 1

    Attendez, je vous arrête là parce que ça, ça me surprend beaucoup. Fin du 19e siècle, un mathématicien allemand qui monte au créneau pour défendre l'éducation des femmes, ce n'est pas du tout l'image classique qu'on a de cette époque.

  6. Intervenant 2

    Ah non, c'est clair, ça dénote pas mal.

  7. Intervenant 1

    Qu'est-ce qu'il pousse à écrire ça en fait ? Et puis, qui c'est ce Felix Klein pour oser contredire tout le monde ?

  8. Intervenant 2

    Alors, il faut savoir que Klein, c'est vraiment un des piliers de la géométrie moderne. Donc, c'est quelqu'un dont la vie faisait absolument autorité. D'accord,

  9. Intervenant 1

    un grand nom, quoi.

  10. Intervenant 2

    Voilà. Et s'il prend la plume, c'est parce qu'il observe des faits réels sur le terrain, à l'université de Göttingen. Il n'a pas juste dit en l'air que les femmes étaient douées.

  11. Intervenant 1

    Il l'a prouvé.

  12. Intervenant 2

    Il a presque appliqué une méthode expérimentale directement dans ses cours de mathématiques supérieures.

  13. Intervenant 1

    Ah oui, il avait un groupe de contrôle en fait, ses étudiants masculins et un groupe test de six étudiantes.

  14. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Et il les soumet aux mêmes exercices.

  15. Intervenant 1

    Aux mêmes équations super complexes.

  16. Intervenant 2

    Oui, pour comparer. Il isole vraiment la variable du genre. Et en regardant les résultats, il prouve que le genre n'a juste aucun impact.

  17. Intervenant 1

    Il l'écrit noir sur blanc.

  18. Intervenant 2

    Oui, il constate que ces six femmes sont en tout point les égales des hommes.

  19. Intervenant 1

    D'accord, donc l'échantillon prouve que c'est possible. Mais il y a un détail qui me chiffonne quand même. Vous disiez six étudiantes brillantes. Mais dans le texte, il précise qu'elles sont toutes étrangères.

  20. Intervenant 2

    Ouais, c'est un point crucial.

  21. Intervenant 1

    Il y a deux Américaines, une Anglaise, trois Russes. Mais aucune Allemande. Les femmes de son propre pays, elles n'aimaient pas les maths ou quoi ?

  22. Intervenant 2

    Ah, mais c'est précisément là que la démonstration de Klein devient redoutable. Parce qu'il s'attaque à la vraie racine du problème. C'est pas du tout un manque d'intérêt.

  23. Intervenant 1

    C'est quoi alors ?

  24. Intervenant 2

    C'est simplement que les écoles de filles en Allemagne à l'époque, elles n'enseignaient tout simplement pas les mathématiques. Donc ils pointent du doigt une hypocrisie institutionnelle massive.

  25. Intervenant 1

    Waouh ! C'est littéralement comme, je sais pas, organiser une course à pied, refuser de donner des baskets à la moitié des coureurs et après utiliser leur défaite pour dire « Ah bah regardez, ils ne savent pas courir ».

  26. Intervenant 2

    Mais oui, c'est la métaphère parfaite ! Klein met le doigt exactement sur cette triche.

  27. Intervenant 1

    Sur l'injustice du système de départ en fait !

  28. Intervenant 2

    Voilà, il dénonce le fait que les hommes imposent une éducation inférieure aux femmes pour ensuite utiliser cette lacune artificielle comme preuve.

  29. Intervenant 1

    Comme une prétendue preuve d'inaptitude naturelle. C'est fort !

  30. Intervenant 2

    Absolument. Il demande de quel droit les hommes décident de ce que les femmes peuvent étudier. Il va même jusqu'à dire que ce contrôle masculin, c'est un vestige d'époque beaucoup plus brutale.

  31. Intervenant 1

    C'est un mot lourd de sens, brutal. Mais à ce stade, face à un argument pareil, on pourrait faire l'avocat du diable et dire « oui d'accord, mais vos six étudiantes, c'est peut-être juste des exceptions de génie ».

  32. Intervenant 2

    Des anomalies statistiques, quoi. Sauf que Klein anticipe totalement cette critique.

  33. Intervenant 1

    Comment il fait ?

  34. Intervenant 2

    Il consolide son argument avec des vraies preuves historiques pour montrer que c'est pas isolé. Il cite par exemple Sofia Kovalevskaya.

  35. Intervenant 1

    Ah oui, la célèbre professeure à Stockholm.

  36. Intervenant 2

    Exactement, elle était mondialement reconnue à l'époque. Il mentionne aussi qu'en Angleterre, il y a plein de femmes qui s'illustrent en résolvant des problèmes très pointus dans le journal Educational Times.

  37. Intervenant 1

    Et il parle de Sophie Germain aussi, un peu plus tôt, dans son propre siècle.

  38. Intervenant 2

    Absolument. Sophie Germain qui correspondait longuement avec le grand Gosse.

  39. Intervenant 1

    Oui, le fameux prince des mathématiciens, un géant absolu de la discipline.

  40. Intervenant 2

    Et bien pour être sûr que Gosse lisse ses travaux sérieusement, Sophie Germain a dû cacher son identité. Elle signait sous un nom d'homme.

  41. Intervenant 1

    Ce qui prouve bien que la barrière, ce n'est pas la capacité intellectuelle du tout. C'est la réception par la société. C'est fou.

  42. Intervenant 2

    Totalement. C'est pour ça que ce manifeste résonne encore autant aujourd'hui.

  43. Intervenant 1

    Parce qu'il nous rappelle des choses fondamentales.

  44. Intervenant 2

    Oui, il rappelle que les inégalités d'accès aux sciences exactes, c'est presque toujours lié à des barrières éducatives systémiques. Ce n'est pas du tout une fatalité biologique.

  45. Intervenant 1

    Tout est une question d'accès, finalement.

  46. Intervenant 2

    Exactement. La conclusion de Klein est super pertinente. Donner la même chance d'acquérir les connaissances préalables et la moyenne réussir à pareil, peu importe le genre.

  47. Intervenant 1

    C'est limpide. Et du coup, ça m'amène à une réflexion un peu inconfortable pour notre époque.

  48. Intervenant 2

    Ah ouais, je vous écoute.

  49. Intervenant 1

    Mais si un mathématicien de 1897 arrivait à voir si clairement que c'était le système éducatif qui bloquait une partie de la population et pas la nature, c'est quoi nos angles morts à nous aujourd'hui ?

  50. Intervenant 2

    C'est une excellente question, ça.

  51. Intervenant 1

    Quelles barrières systémiques dans notre propre système d'apprentissage vont paraître tout aussi absurdes et même brutales à la personne qui étudiera notre époque dans 100 ans ? De quoi laisser tout le monde y réfléchir. À très bientôt pour une prochaine exploration.

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