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21 nov. 2018 · 20 min

Des bulles d’argile au zéro : l’histoire de la numération

Dans cet épisode audio, suivez les étapes qui mènent des premières marques de comptage aux systèmes antiques, puis à la numération décimale de position.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. On peut s'imaginer un instant le côté complètement absurde de devoir détruire un contrat à chaque fois qu'on veut en lire le contenu. Ça paraît fou, non ?

  2. Intervenant 2

    Ah oui, c'est clair que vu comme ça, ce n'est pas très pratique.

  3. Intervenant 1

    Bah oui. Et pourtant, figure-toi que c'est exactement ce que faisaient les comptables de l'Antiquité en fait. Et c'est cette frustration logistique hyper concrète qui a accidentellement donné naissance à l'une des plus grandes inventions de l'histoire humaine, à savoir l'écriture des nombres.

  4. Intervenant 2

    Rien que ça.

  5. Intervenant 1

    Donc notre mission pour cette exploration approfondie aujourd'hui, qui est inspirée d'un article fascinant qui s'intitule « Comptez les nombres », eh bien c'est de comprendre comment l'humanité a fait pour passer d'une simple évaluation vague, du genre « il y a un peu ou beaucoup de choses ».

  6. Intervenant 2

    Ouais, l'évaluation visuelle quoi.

  7. Intervenant 1

    Voilà. Comment on est passé de ça à la manipulation de quantités abstraites sans même les voir.

  8. Intervenant 2

    C'est un sacré bond en avant. Et d'ailleurs, pour bien situer le cadre de cette évolution mathématique, il faut se rappeler que l'histoire du nombre, c'est une très longue sédimentation.

  9. Intervenant 1

    D'accord.

  10. Intervenant 2

    C'est-à-dire qu'on a d'abord conçu les nombres entiers. C'est l'idée la plus naturelle pour compter un troupeau, par exemple. Ensuite, le besoin a poussé l'esprit humain à inventer les rationnels, donc les fractions, puis les réels et enfin les nombres complexes.

  11. Intervenant 1

    À chaque fois, c'est un vrai saut cognitif majeur.

  12. Intervenant 2

    Absolument. Mais pour n'être discussion là, on va délibérément restreindre à la focale. On va vraiment s'intéresser à la genèse absolue du nombre. Le tout début. Le tout début, dans un périmètre bien précis, à savoir le pourtour méditerranéen antique. Ça englobe la Mésopotamie, l'Égypte, la Grèce et Rome.

  13. Intervenant 1

    Eh bien, c'est un terrain de jeu qui est parfait pour comprendre d'où l'on vient tout ça. D'ailleurs, avant de mettre les mains dans l'argile et les parchemins, il y a une citation du mathématicien allemand Richard Dedetinde, ça date de 1893, et je trouve qu'elle résonne super bien avec notre

  14. Intervenant 2

    sujet. Laquelle ?

  15. Intervenant 1

    Il disait que les nombres sont de, je cite, « de libres créations de l'esprit humain qui sont conçues pour appréhender la diversité des choses ».

  16. Intervenant 2

    C'est très poétique.

  17. Intervenant 1

    Ouais, c'est beau. Bon, décortiquons un peu tout ça. Concrètement, par où commence cette matérialisation de la pensée ? Je veux dire, à quel moment on arrête de juste regarder un troupeau pour le compter, vraiment ?

  18. Intervenant 2

    En fait, pour ça, il faut remonter loin. Mais vraiment très très loin. Bien avant l'Antiquité classique.

  19. Intervenant 1

    Genre, à quelle époque ?

  20. Intervenant 2

    Au paléolithique, il y a environ 30 000

  21. Intervenant 1

    ans.

  22. Intervenant 2

    À cette époque-là, l'être humain commence déjà à ressentir le besoin d'avoir une activité numéraire. Évidemment, c'est sous une forme super rudimentaire. On est à l'époque des fameux bâtonnets de comptage. C'est en fait des os ou des bouts de bois sur lesquels on gravait simplement des encoches.

  23. Intervenant 1

    Donc une encoche égale une chose.

  24. Intervenant 2

    C'est ça, exactement. Une encoche correspondait à un animal abattu ou un cycle lunaire, un objet. C'est la toute première trace mathématique de ce qu'on appelle une correspondance terme à terme, une bijection.

  25. Intervenant 1

    D’accord, donc c'est déjà une forme d'abstraction en soi puisqu'on sépare la quantité de l'objet physique.

  26. Intervenant 2

    Exactement. Mais la vraie révolution technologique, celle qui fait tout basculer, elle arrive beaucoup plus tard, vers la fin du quatrième millénaire avant notre ère, en Mésopotamie.

  27. Intervenant 1

    Et ça commence avec un système qui est franchement, il paraît relevé du pur délire quand on y repense aujourd'hui, les fameuses bulles d’argile.

  28. Intervenant 2

    Ouais, les bulles. Le contexte est super important là-dessus. C'est l'époque où les grandes cités émergent. Le commerce se complexifie à fond.

  29. Intervenant 1

    Donc il fallait garder des traces.

  30. Intervenant 2

    Voilà. Garder une trace précise et surtout infalsifiable des transactions commerciales. Surtout à distance. Les marchands mésopotamiens ont donc utilisé des petits jetons en argile. On appelle ça des calculis.

  31. Intervenant 1

    OK. Et chaque jeton symbolise un truc précis.

  32. Intervenant 2

    Exact. Une quantité ou un type de marchandise. Le souci, c'est le transport. Bah

  33. Intervenant 1

    oui, faut pas les

  34. Intervenant 2

    perdre. Faut pas les perdre. Et surtout, pour garantir que, genre, le berger n'a pas revendu discrètement trois moutons en route, il fallait sceller la transaction. La solution, ça a été d'enfermer ces petits jetons à l'intérieur d'une sphère creuse en argile. La fameuse bulle qu'on fermait hermétiquement.

  35. Intervenant 1

    Et c'est là que l'analogie est frappante. Parce que concrètement, on vient d'inventer la tirelière complètement opaque.

  36. Intervenant 2

    C'est exactement

  37. Intervenant 1

    ça. Le propriétaire, à l'arrivée, réceptionne la marchandise. Il doit vérifier le solde, donc vérifier que le nombre de moutons correspond au nombre de jetons à l'intérieur de la bulle en argile. Sauf que comme elle est opaque et scellée, il n'a absolument aucun autre choix que de la fracasser en mille morceaux. C'est logistiquement absurde. Devoir détruire physiquement l'archive pour la lire,

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