
16 mai 2023 · 16 min
Modèle de Banister : pourquoi la performance baisse d’abord
Dans cet épisode, suivez pas à pas comment le modèle sépare fatigue immédiate et aptitude durable pour relier entraînement et performance.
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Intervenant 1
Bienvenue à tout le monde pour ce nouveau décryptage. C'est le podcast du magazine Tangente et on est vraiment ravis de vous retrouver. Alors aujourd'hui, je suis particulièrement excitée par notre sujet.
Intervenant 2
Ouais, un sujet qui est assez, qui est complètement fascinant en fait.
Intervenant 1
Complètement. Parce que quand on regarde un athlète s'installer dans les starting blocks pour une finale olympique, visuellement, on voit d'abord la tension, la sueur, une concentration absolue quoi.
Intervenant 2
C'est ça, on voit la chair et le sang.
Intervenant 1
Mais pour un chercheur en biomécanique ou un statisticien, cette même scène, elle prend une dimension totalement différente. Ce qu'il voit sur la piste, c'est l'aboutissement d'une équation mathématique titanesque. Et notre mission pour ce décryptage, c'est justement de plonger au cœur d'un problème qui rend dingue la communauté scientifique depuis le début des années 70.
Intervenant 2
Absolument.
Intervenant 1
Est-ce qu'il est réellement possible de mettre la performance sportive en équation pure ? De modéliser le lien direct entre des mois d'entraînement et le chronomètre précis le jour J ?
Intervenant 2
Ce qui est fascinant ici, c'est l'ambition vertigineuse de cette prémisse, tu vois. Si on imagine l'historique d'un athlète, la théorie de base, elle dit que la performance à une date donnée, disons qu'on appelle cette date T, elle devrait pouvoir s'expliquer par l'ensemble absolu des entraînements qu'il a fait avant.
Intervenant 1
Donc en gros, chaque kilomètre couru, chaque pompe, chaque minute de repos.
Intervenant 2
Exactement. En termes mathématiques, la performance, qu'on note P , ce serait une fonction géante qui englobe le volume et l'intensité de chaque séance, depuis le tout début. Mais, et il y a un grand mais, toute modélisation du vivant a ses limites. C'est pour ça que cette équation intègre toujours une petite variable à la fin, qu'on appelle epsilon.
Intervenant 1
Ah oui, le fameux epsilon. Attends, pour vulgariser un peu, c'est une sorte de variable d'ajustement, non ? Ça représente quoi concrètement sur une vraie piste d'athlétisme ?
Intervenant 2
Ça représente tout ce qui échappe totalement au contrôle de l'entraîneur et du mathématicien d'ailleurs. C'est le facteur purement aléatoire quoi.
Intervenant 1
Genre la météo ?
Intervenant 2
Ouais, voilà. L'epsilon, c'est la rafale de vent de face inattendue au moment du sprint. C'est un pic de stress qui te paralyse dans la chambre d'appel ou même une mauvaise digestion la veille de la course.
Intervenant 1
Ou une nuit affreuse parce que l'hôtel était bruyant.
Intervenant 2
C'est ça. La science sait très bien que cet aléatoire existe. Elle sait qu'il modifie le résultat final, mais par définition, on peut ni le prévoir ni le calculer. Du coup, tout le but du modèle, c'est d'expliquer la plus grande part possible de la performance pour que le poids de ce fameux epsilon soit vraiment réduit au strict minimum.
Intervenant 1
Bon, décortiquons tout ça. Parce qu'en voulant minimiser cet aléatoire, les mathématiciens du sport se sont très vite heurtés à un mur gigantesque. C'est ce qu'on appelle un problème chronologique.
Intervenant 2
Ouais, un enfer statistique.
Intervenant 1
Et dans les sources qu'on a analysées pour préparer cette émission, on compare souvent ce problème à la finance, pour bien comprendre. À la bourse de Wall Street, les algorithmes marchent super bien. Pourquoi ?
Intervenant 2
Parce qu'ils sont gavés de milliards de données.
Intervenant 1
Tout à fait. Un modèle économique, il a accès au prix à la milliseconde près, et ça sur des décennies entières.
Intervenant 2
Et c'est justement là la limite majeure de la biomécanique statistique. Pour qu'un modèle avec plein de variables soit robuste, il faut, mathématiquement parlant, que le nombre d'observations réelles soit largement supérieur au nombre de paramètres que tu cherches à deviner.
Intervenant 1
Logique.
Intervenant 2
Dans la finance, la donnée est littéralement infinie. Mais dans le sport de haut niveau, la donnée de performance pure, officielle, celle qui est validée en compétition, elle est incroyablement rare en fait.
Intervenant 1
Ah bah oui, un marathonien professionnel, il court quoi, deux, peut-être trois marathons officiels par an au grand max.
Intervenant 2
Exactement. T'as quasiment aucune donnée d'arrivée pour vérifier tes calculs.
Intervenant 1
Attends, j'ai une analogie. C'est un peu comme si on essayait de comprendre l'algorithme complet de recommandation d'une plateforme de streaming. Le truc qui utilise des milliers de variables, le réalisateur, la durée, le rythme, tes habitudes pour deviner tes goûts.
Intervenant 2
Ouais, ils devinent parce que tu cliques sur des centaines de vidéos.
Intervenant 1
Voilà, mais imagine cet algorithme qui essaierait de profiler parfaitement tes goûts, alors que t'as cliqué que sur trois films dans toute l'année. C'est impossible. Le ratio entre la complexité des variables et le manque cruel de données de validation, ça fait s'effondrer la stat. Si on crée une variable pour la force, une autre pour la vitesse, et qu'on multiplie par 100 jours d'entraînement, le modèle explose.
Intervenant 2
Et ça, ça soulève la vraie question. Comment les chercheurs ont fait pour contourner ce mur ? Parce que l'impasse, elle était totale. Jusqu'à l'arrivée, en 1976, d'un scientifique canado-britannique qui s'appelle Eric Banister. Notre héros
Intervenant 1
du jour.
Intervenant 2
C'est ça. Son coup de génie, ça a été de dire OK, on abandonne la multiplicité. Il a forcé la réduction du problème en passant d'un modèle multivarié, qui est insoluble, à un modèle univarié.
Intervenant 1
Donc, une seule et unique variable pour résumer toute la préparation d'un humain ?
Intervenant 2
Voilà.
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