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12 oct. 2020 · 17 min

Erreurs numériques : quand un petit écart fausse le résultat

Dans cet épisode, suivez trois sources d’erreur — données, méthodes et arrondis — pour comprendre comment elles s’accumulent et fragilisent un résultat.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente. Alors, on imagine toujours les mathématiques, et particulièrement quand elles sont couplées à la puissance de nos ordinateurs, comme une espèce de forteresse imprenable de vérité pure.

  2. Intervenant 2

    Ah oui, c'est presque un dogme aujourd'hui.

  3. Intervenant 1

    Bah oui, on se dit que si la machine a fait le calcul, c'est que le résultat est d'une perfection absolue, totalement cristalline. Mais il faut se préparer à un véritable choc logique pour cette session.

  4. Intervenant 2

    Un gros choc même.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Parce qu'en réalité, il est physiquement, fondamentalement et mathématiquement impossible de faire du calcul scientifique sans commettre d'erreur. La perfection numérique complète, en fait, c'est une illusion totale.

  6. Intervenant 2

    C'est un constat qui peut, c'est vrai, donner des sueurs fraudes à quiconque fait aveuglément confiance aux algorithmes qui gèrent notre monde moderne. Mais attention, l'objectif de notre exploration d'aujourd'hui, c'est absolument pas de plonger notre audience dans un profond désespoir technologique.

  7. Intervenant 1

    Ouf ! Me voilà rassurée et l'audience aussi j'espère.

  8. Intervenant 2

    Voilà, l'idée c'est plutôt de révéler un art scientifique fascinant, presque un art secret disons. C'est l'art d'estimer, de traquer, de contrôler ses erreurs qui sont de toute façon inévitables. Et tout ça pour réussir au final à rendre les résultats fiables. Au lieu d'ignorer le chaos, les scientifiques apprennent à le dompter.

  9. Intervenant 1

    C'est ce grand paradoxe qu'on va décortiquer ensemble. La mission aujourd'hui, c'est de déconstruire vraiment de A à Z les trois grandes sources d'erreurs qui gangrènent ou qui pimentent, selon le point de vue, tous les calculs scientifiques modernes.

  10. Intervenant 2

    Et c'est un vrai thriller intellectuel !

  11. Intervenant 1

    Ah totalement ! On va observer comment ces erreurs naissent, comment elles grandissent en silence dans les lignes de code.

  12. Intervenant 2

    Et par où est-ce qu'on commence du coup ?

  13. Intervenant 1

    Eh bien, commençons par la balle, la première source d'erreur.

  14. Intervenant 2

    D'accord. Alors, la première source d'erreur est peut-être la plus concrète parce qu'elle vient directement du monde réel. C'est ce qu'on appelle les erreurs sur les données initiales. En fait, avant même que la moindre équation soit résolue par un processeur, il faut bien lui donner des chiffres à digérer.

  15. Intervenant 1

    Des chiffres qui proviennent de la métrologie, donc des mesures physiques.

  16. Intervenant 2

    Exactement. Sauf qu'aucune règle, aucun thermomètre ultra sensible, aucun laser n'est infiniment précis. Il y a toujours un bruit de fond, une limite matérielle. Donc les données de départ, elles ne sont jamais, au grand jamais, parfaites.

  17. Intervenant 1

    Bon jusque là, ça paraît logique. Je veux dire, si on mesure une poutre en acier pour construire un viaduc, on peut se tromper d'un dixième de millimètre. On se dit que c'est pas dramatique. Une toute petite imprécision à l'entrée du calcul, ça devrait logiquement donner une toute petite imprécision à la sortie.

  18. Intervenant 2

    Et c'est précisément là que l'intuition nous trompe lourdement.

  19. Intervenant 1

    Ah bon ?

  20. Intervenant 2

    C'est notre premier grand rebondissement mathématique. Il existe toute une catégorie de situations que les mathématiciens appellent des problèmes mal conditionnés.

  21. Intervenant 1

    Mal conditionnés, d'accord. C'est-à-dire ?

  22. Intervenant 2

    Pour bien comprendre le piège, prenons un exemple très concret issu de l'algèbre. Imaginons un système avec deux petites équations toutes simples. La première, c'est 13x plus 21y égale 34. Ok, 13x plus 21y égale 34, je note.

  23. Intervenant 1

    Et la deuxième équation, 21x plus 34y égale 55. D'accord, un grand classique. On cherche les valeurs de X et Y qui fonctionnent pour ces deux conditions en même temps.

  24. Intervenant 2

    C'est ça. Et dans ce cas précis, la solution exacte, elle est limpide. X vaut 1 et Y vaut 1.

  25. Intervenant 1

    13 plus 21, ça fait bien 34. Tout s'équilibre parfaitement.

  26. Intervenant 2

    Voilà. Mais imaginons maintenant que ces chiffres 34 et 55 proviennent de nos fameux capteurs physiques dont on parlait.

  27. Intervenant 1

    Et qu'ils soient légèrement faux, du coup.

  28. Intervenant 2

    Exactement. Mettons que notre capteur ait un micro-ok lors de la mesure. Au lieu de lire 34, il lit 34,1. Et au lieu de 55, il lit 54,9.

  29. Intervenant 1

    Attendez, on parle d'une modification d'à peine 3 pour 1000. C'est microscopique. N'importe quel ingénieur serait ravi d'avoir une mesure avec une marge d'erreur aussi infime.

  30. Intervenant 2

    Pourtant, c'est la catastrophe absolue.

  31. Intervenant 1

    Sérieux ?

  32. Intervenant 2

    Oui. Avec cette minuscule altération d'une fraction de pourcent, la solution de notre système explose totalement. La nouvelle réponse exacte ne tourne plus du tout autour de 1. X devient soudainement 6,5.

  33. Intervenant 1

    Pardon ? On passe d'un résultat de 1 à plus de 6 ?

  34. Intervenant 2

    C'est ça. Et Y plonge carrément dans le négatif pour atteindre moins 2,4.

  35. Intervenant 1

    Waouh ! C'est une erreur de plus de 500% sur la solution finale, juste parce qu'on a égratigné un chiffre au départ.

  36. Intervenant 2

    C'est toute la cruauté de ces fameux problèmes mal conditionnés. Et le pire, c'est que le comportement est complètement chaotique.

  37. Intervenant 1

    Ah, parce que ça peut être encore pire.

  38. Intervenant 2

    Oh que oui ! Si on fait une autre modification infime, par exemple sur les coefficients multiplicateurs, si on passe de 13 à 12,95 et de 21 à 21,05… Donc juste quelques centièmes de différence.

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