tangenteAudio

26 août 2024 · 21 min

Cauchy : quand la science se heurte à la foi

Cet épisode suit le mathématicien dans ses leçons de Turin, entre méthode rigoureuse, refus de l’infini et convictions qui orientent ses conclusions.

Premium
Collections de cet épisode (10)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est une véritable joie d'accueillir notre auditoire de passionnés pour cette nouvelle exploration. Installez-vous confortablement parce que la discussion qu'on a préparée aujourd'hui est vraiment incroyable.

  2. Intervenant 2

    Ah ouais, je confirme, on a un sujet absolument fascinant pour cette plongée dans les archives.

  3. Intervenant 1

    Ouais, carrément. Alors, pour quiconque nous écoute, imaginez un instant l'un des plus grands génies mathématiques de l'histoire. Un esprit redoutable, un des bâtisseurs de l'analyse moderne. Le genre de gars dont les théorèmes font encore tourner une bonne partie de la physique et de l'informatique d'aujourd'hui quoi.

  4. Intervenant 2

    C'est ça, un titan de la science.

  5. Intervenant 1

    Sauf que, imaginez maintenant que ce même prodige refuse catégoriquement l'idée même de l'infini. Ou alors il balaye d'un revers de main les toutes premières théories de l'évolution. Et tout ça simplement parce que ces concepts dérangent sa foi religieuse.

  6. Intervenant 2

    Ouais, c'est un paradoxe qui donne un peu le vertige en fait.

  7. Intervenant 1

    C'est exactement ce paradoxe saisissant qu'on va disséquer aujourd'hui. Notre source pour cette exploration, c'est un document historique assez rare, publié en 1885, mais qui retranscrit des conférences données bien avant, en 1833 à Turin. Ce sont les 7 leçons de physique générale d'Augustin-Louis Cauchy.

  8. Intervenant 2

    Augustin-Louis Cauchy, voilà, quiconque a fait ne serait-ce qu'un peu de maths dans sa vie a forcément croisé son nom.

  9. Intervenant 1

    C'est clair, il y a des théorèmes de Cauchy, des suites de Cauchy, des intégrales de Cauchy, absolument partout.

  10. Intervenant 2

    Partout, ouais, c'est vraiment le mot juste. Cauchy, c'est une figure d'une envergure colossale. Ses contributions à l'analyse et à la mécanique des milieux continus sont tout simplement fondamentales.

  11. Intervenant 1

    Mais ce document-là, ces sept leçons, c'est un peu différent, non ?

  12. Intervenant 2

    Exactement. Ce texte précis offre une fenêtre inestimable sur, bah, sur la psychologie du savant, en fait. Faut bien se remettre dans le contexte de 1833. Le contexte historique est vraiment primordial ici pour comprendre l'homme.

  13. Intervenant 1

    Parce qu'il n'est pas à Turin pour faire du tourisme à ce moment-là.

  14. Intervenant 2

    Non, pas du tout. Il y est en exil. Cauchy, c'est un fervent royaliste, un catholique ultra-orthodoxe. Et du coup, il a carrément refusé de prêter serment au nouveau régime de Louis-Philippe en France après la révolution de 1830.

  15. Intervenant 1

    Ah oui, donc il vit une période de tension extrême.

  16. Intervenant 2

    C'est ça, il est tiraillé. D'un côté, il possède une connaissance encyclopédique, vraiment à la pointe de la science de son temps. Et de l'autre, il se positionne en opposition totale, mais alors totale, à l'héritage philosophique du siècle des Lumières.

  17. Intervenant 1

    Attends, il va jusqu'à dire que les doctrines des Lumières, je crois que j'ai la citation, il dit qu'elles « frappent de mort l'intelligence ».

  18. Intervenant 2

    Ouais, c'est noir sur blanc. C'est d'une violence assez inouïe pour un scientifique de son rang.

  19. Intervenant 1

    D'accord, déballons tout ça parce que c'est un point de départ fantastique pour notre discussion. En fait, pour comprendre comment son cerveau fonctionne, on pourrait utiliser une analogie purement mathématique, tu

  20. Intervenant 2

    vois. Vas-y, je t'écoute.

  21. Intervenant 1

    Quand on construit une théorie, on pose des axiomes. Ce sont ces vérités fondamentales, indémontrables, sur lesquelles tout le reste s'appuie. Eh bien, j'ai l'impression que pour Cauchy, la vérité absolue du dogme religieux, c'est son axiome numéro 1.

  22. Intervenant 2

    Ouais, c'est une très bonne façon de le voir.

  23. Intervenant 1

    C'est l'axiome intouchable quoi, il ne peut pas être mis en question et toute déduction mathématique ou physique qui contredirait cette action m'est considérée comme fausse par définition. Mais du coup la question qui se pose c'est comment ce génie analytique définissait-il l'objectif même de la science si son cadre mental était si verrouillé ?

  24. Intervenant 2

    Eh bien, dans sa toute première leçon, il donne une définition assez noble. Pour lui, l'objet de la science, c'est, je cite, « la recherche de la vérité ». Ok, ça sonne plutôt bien. Sauf que la mécanique axiomatique que tu viens de décrire, elle s'enclenche immédiatement après. Pour lui, cette vérité accessible à l'intelligence humaine, elle est strictement bornée.

  25. Intervenant 1

    Bornée ? Comment ?

  26. Intervenant 2

    En fait, il estime que tout ce que nos sens et notre raison peuvent capter, ça se limite aux propriétés que le créateur a bien voulu nous laisser percevoir.

  27. Intervenant 1

    D'accord, donc on a une sorte de plafond de verre divin.

  28. Intervenant 2

    Exactement. En d'autres termes, le réel nous dépasse par essence. Mais ce qui est fascinant ici, c'est que la restriction de ce cadre de pensée n'entame en rien la rigueur de sa méthode à l'intérieur de ses limites.

  29. Intervenant 1

    Et c'est ça qui frappe quand on lit ses leçons sur la gravité ou sur la lumière. On s'attendrait presque à un discours de théologien un peu abstrait. Mais pas du tout. Il prône une méthode expérimentale d'une rigueur implacable.

  30. Intervenant 2

    Ah oui, il est très exigeant. Il demande de multiplier les observations, de relier les faits isolés par des formules mathématiques très précises, et seulement ensuite on peut en déduire des lois.

  31. Intervenant 1

    C'est la méthode scientifique moderne, quoi.

  32. Intervenant 2

    Tout à fait. Et c'est là qu'il fait preuve d'une lucidité époustouflante pour l'époque. Cauchy insiste sur le fait que les lois particulières déduites par les physiciens ne sont très souvent pas des vérités absolues.

  33. Intervenant 1

    Attends, il admet que les lois physiques sont faillibles ?

  34. Intervenant 2

    Oui, il dit que ce sont simplement des lois approchées. Faut se rappeler qu'on est au 19e siècle, à une époque où le déterminisme de la place est encore très fort. Les savants cherchent des équations parfaites qui dicteraient tout l'univers.

  35. Intervenant 1

    Et Cauchy, lui, il comprend que nos mathématiques, appliquées au monde physique, fournissent des modèles, c'est ça ? Des approximations du réel, et non la réalité elle-même.

  36. Intervenant 2

    Exactement. C'est une humilité scientifique très, très moderne.

  37. Intervenant 1

    C'est quand même dingue. Une humilité scientifique qui naît, paradoxalement, de sa certitude religieuse que seul Dieu connaît la vérité absolue.

  38. Intervenant 2

    C'est tout le paradoxe de l'homme, ouais.

  39. Intervenant 1

    Bon. Poursuivons la logique de l'axiome intouchable dont on parlait. Que se passe-t-il quand sa méthode expérimentale, pourtant si rigoureuse, fait face à des théories scientifiques qui menacent directement son dogme de la création ?

  40. Intervenant 2

    Ah, là on touche à un point critique. Tu penses aux sciences du vivant, je suppose ?

  41. Intervenant 1

    Totalement. Je pense aux prémices de la biologie moderne. On est en 1833. Charles Darwin ne publiera l'origine des espèces que 26 ans plus tard, mais les idées transformistes existent déjà. Elles sont portées notamment par le naturaliste français Lamarck.

  42. Intervenant 2

    Oui, Lamarck. Précisons un peu ce qu'il avançait, parce que c'est crucial pour comprendre la réaction de

  43. Intervenant 1

    Cauchy.

  44. Intervenant 2

    Vas-y. Lamarck propose une théorie de l'évolution basée sur deux principes. D'abord, la complexification croissante des êtres vivants au fil du temps.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.