
18 nov. 2021 · 11 min
Permutations de couleurs : hasard ou erreur d’artiste ?
Dans cet épisode audio, suivez Gerhard Richter et André Cadere, deux artistes qui réordonnent les couleurs par hasard ou avec une erreur volontaire.
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Intervenant 1
Salut tout le monde et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis absolument ravie de vous retrouver aujourd'hui pour une exploration, enfin une plongée vraiment fascinante où l'art visuel percute la rigueur des mathématiques.
Intervenant 2
Bonjour à tous. Eh ouais, le mot collision est vraiment bien choisi aujourd'hui.
Intervenant 1
Ah mais carrément ! Pour vous donner une idée du vertige qui nous attend, imaginez une toile avec tellement de variations possibles de ses couleurs que si un rayon de lumière essayait de traverser une galerie qui exposerait toutes ses itérations, il lui faudrait plus de 400 billions d'années pour en voir le bout.
Intervenant 2
C'est un chiffre qui donne le tournis. Ça fait passer l'âge de notre univers pour une simple fraction de seconde. C'est
Intervenant 1
complètement dingue. Aujourd'hui, on va explorer comment des artistes modernes et conceptuels se sont emparés, de manière souvent spontanée, d'un concept mathématique ultra précis. La théorie des groupes et les permutations.
Intervenant 2
Exactement. Et ce qui rend cette dynamique captivante, c'est vraiment le renversement total de nos attentes habituelles.
Intervenant 1
Ouais, parce que culturellement parlant, l'art s'est perçu comme le domaine de l'émotion pure, non ? La liberté, la subjectivité, le rejet total des règles.
Intervenant 2
Tout à fait. Alors que la théorie des groupes, à l'inverse, c'est l'étude formelle des symétries. C'est un espace régi par des lois d'une sévérité absolue, où chaque opération obéit à une structure fermée.
Intervenant 1
Une vraie prison conceptuelle en apparence. C'est ça.
Intervenant 2
Mais l'analyse montre que c'est précisément cette contrainte qui sert de catalyseur. La contrainte mathématique ne bride pas la création, elle lui offre un cadre tellement solide que l'artiste s'en sert pour repousser les limites de notre perception.
Intervenant 1
Parfois même au-delà de ce que notre pauvre cerveau peut logiquement appréhender. Donc déballons tout ça. Avant de plonger dans le vertige des toiles abstraites, posons un peu les fondations.
Intervenant 2
Bonne idée !
Intervenant 1
Historiquement, comment les mathématiques ont-elles structuré l'art visuel ? Parce que ça a d'abord commencé par un besoin de réassurance psychologique. À travers l'asymétrie, non ?
Intervenant 2
Oui, les fameux pavages périodiques.
Intervenant 1
J'adore le terme.
Intervenant 2
C'est très visuel. L'idée de base est super simple. Comment recouvrir une surface plane et infinie avec un motif qui se répète sans jamais laisser de trou et sans que ça se chevauche. Comme
Intervenant 1
du carrelage
Intervenant 2
en gros. Exactement comme du carrelage. Mais ce qui est ouf d'un point de vue algébrique, c'est que la géométrie euclidienne impose une limite stricte à ça. Il n'y a pas une infinité de façons de structurer ces symétries.
Intervenant 1
Attends, vraiment ?
Intervenant 2
Et non ! Le théorème de restriction cristallographique nous prouve qu'il n'existe que très exactement 17 groupes de symétrie bidimensionnelle.
Intervenant 1
17 ! C'est fou, parce que ce nombre marque une vraie frontière pour notre imagination géométrique. L'univers mathématique nous interdit carénement d'en inventer un dix-huitième.
Intervenant 2
C'est exactement ça. Et pour construire un de ces 17 groupes, la contrainte commence dès le choix de la forme de départ. Le pavé de base doit être un polygone très spécifique.
Intervenant 1
Genre un rectangle ou un carré.
Intervenant 2
Voilà, des parallélogrammes en général. Rectangle, carré, losange ou alors un hexagone régulier. Et une fois cette brique définie, le groupe mathématique va dicter les opérations qu'on a le droit de faire.
Intervenant 1
Des translations, des trucs comme ça ?
Intervenant 2
Des translations pour glisser le motif, oui. Des rotations avec des angles hyper précis ou des réflexions. Et en appliquant ça à l'infini, le plan se remplit.
Intervenant 1
Et on retrouve cette rigueur axiomatique partout. Les mosaïques de la Lambra en Andalousie, c'est l'exemple parfait.
Intervenant 2
Ah la Lambra, c'est majestueux.
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