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14 mai 2019 · 22 min

Musique savante : des règles au hasard dirigé

Dans cet épisode audio, suivez un siècle de création savante, du sérialisme aux probabilités, au hasard dirigé et aux machines.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Bonjour. Alors, pour commencer, prenons une partition de musique classique. En général, on s'attend à y voir des rondes, des blanches, une mélodie un peu fluide, quoi.

  2. Intervenant 2

    Oui, tout à fait.

  3. Intervenant 1

    Mais imaginons maintenant que cette partition ressemble davantage au code source d'un missile balistique ou à une équation de mécanique des fluides.

  4. Intervenant 2

    C'est une image assez radicale, mais c'est ça.

  5. Intervenant 1

    Eh bien, c'est exactement le séisme qui a secoué le monde sonore à partir de 1945. Notre mission aujourd'hui, c'est d'explorer un article de fond super intéressant qui s'intitule « Un siècle de création musicale audacieuse ».

  6. Intervenant 2

    Un vaste programme.

  7. Intervenant 1

    C'est ça. Il s'agit de comprendre comment la musique contemporaine s'est littéralement hybridée avec les mathématiques, les lois de probabilité et même l'informatique lourde.

  8. Intervenant 2

    Alors, ce qui est fascinant ici, c'est le périmètre qu'on doit définir d'emblée, tu vois, pour bien cerner notre objet d'étude.

  9. Intervenant 1

    Ouais, c'est important de le préciser.

  10. Intervenant 2

    Voilà. Les sources de notre discussion excluent volontairement toute la musique populaire, la pop, la chanson, et même la musique utilitaire, tu sais, pour le cinéma ou la pub. Ok, donc on met ça de côté. Exactement. Le terrain d'exploration se concentre strictement sur la musique de création, ce qu'on appelle la musique savante. Ce sont vraiment des œuvres conçues comme des objets de recherche purs, diffusés dans des festivals ou des réseaux très spécialisés quoi.

  11. Intervenant 1

    D'accord. Alors décortiquons un peu tout ça. En lisant l'article, il y a un détail historique qui m'a vraiment interpellée en tant que lectrice.

  12. Intervenant 2

    Lequel ?

  13. Intervenant 1

    Cette alliance entre les chiffres et les notes, ce n'est pas du tout une anomalie moderne. Le texte nous rappelle qu'au Moyen Âge, dans le cadre du quadrivium, l'enseignement de la musique était intimement lié à l'arithmétique.

  14. Intervenant 2

    Oui, bien avant la géométrie ou l'astronomie en fait.

  15. Intervenant 1

    C'est ça. Donc la vraie question pour nous, c'est de savoir quelle urgence a poussé la génération de 1945 à raviver cette alliance, mais de manière aussi radicale ?

  16. Intervenant 2

    Bah, l'année 1945, c'est… C'est

  17. Intervenant 1

    la rupture, non ?

  18. Intervenant 2

    Ouais. Ça marque un vide immense. C'est symbolisé par la mort tragique d'Anton Weberne. C'était une figure tutélaire de l'avant-garde et il a été tué par une balle perdue.

  19. Intervenant 1

    Ah oui, un événement vraiment marquant.

  20. Intervenant 2

    Et du coup, la génération de compositeurs qui émerge à ce moment-là, des jeunes qui sont nés autour des années 20, ils arrivent dans un paysage culturel qu'ils perçoivent comme un champ de ruines.

  21. Intervenant 1

    Tout est à reconstruire, quoi.

  22. Intervenant 2

    Voilà. Il y a un rejet absolu des formes du passé. Ils ne veulent plus de la symphonie romantique. Ils rejettent le lyrisme traditionnel.

  23. Intervenant 1

    Ils veulent faire table rase.

  24. Intervenant 2

    Complètement. Ils ressentent cette nécessité viscérale de forger un langage entièrement neuf, expurgé de toute la subjectivité qui, selon eux, a mené le monde au désastre de la guerre. Et la réponse à cette urgence, ça porte un nom, c'est le sérialisme.

  25. Intervenant 1

    Alors, justement, le sérialisme. J'avoue que j'ai toujours eu une certaine réticence avec le sérialisme pur et dur.

  26. Intervenant 2

    Ah bon ? Pourquoi ?

  27. Intervenant 1

    À la lecture des procédés, on a l'impression que le compositeur abandonne un peu son rôle d'artiste pour devenir un simple comptable, tu vois. C'est

  28. Intervenant 2

    une critique qu'on entend souvent,

  29. Intervenant 1

    oui. On choisit plus une note pour son impact émotionnel, on la place juste parce que c'est la seule case vide qui reste dans un tableau. Si on reprend les bases posées par Arnold Schoenberg dès 1923, le principe de base, c'est de détruire la tonalité.

  30. Intervenant 2

    C'est vraiment le cœur du système, en effet. Parce que pendant des siècles, la musique occidentale a fonctionné avec un centre de gravité, une note tonique autour de laquelle s'organisent toutes les tensions et les résolutions.

  31. Intervenant 1

    Le fameux Do majeur, par exemple.

  32. Intervenant 2

    Exactement. Et la méthode sérielle, elle éradique complètement cette hiérarchie. L'échelle chromatique compte douze sons différents et la règle d'or, c'est de créer une série.

  33. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  34. Intervenant 2

    C'est un ordre arbitraire de ces douze sons où chaque note doit être traitée de manière strictement égalitaire. Aucune ne domine l'autre.

  35. Intervenant 1

    Pour ceux qui nous écoutent, le mécanisme fait un peu penser à un cadenas combinatoire extrêmement capricieux, je trouve.

  36. Intervenant 2

    C'est une bonne analogie, ouais.

  37. Intervenant 1

    Si le code fait 12 chiffres, la règle absolue impose d'utiliser chaque chiffre une seule fois. Et interdiction stricte de faire entendre le premier chiffre tant que les 11 autres n'ont pas été joués.

  38. Intervenant 2

    C'est ça.

  39. Intervenant 1

    C'est une véritable dictature de la non-répétition, en fait. Juste pour éviter que l'oreille ne s'accroche à une note qui lui serait familière.

  40. Intervenant 2

    Et le processus, il va beaucoup plus loin que cette simple ligne aux droites. À partir de cette première matrice, les compositeurs vont appliquer des transformations mathématiques et géométriques directes. Comment ça ? Ils pratiquent ce qu'on appelle la rétrogradation. Ça veut dire qu'ils lisent la série à l'envers, de la dernière à la première note.

  41. Intervenant 1

    Ok, donc un effet miroir.

  42. Intervenant 2

    Voilà. Et ils utilisent aussi le renversement, qui est une symétrie axielle pure. Donc chaque intervalle qui montait devient descendant.

  43. Intervenant 1

    Ah ouais, comme un miroir posé horizontalement sur la partition.

  44. Intervenant 2

    Exactement.

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