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4 déc. 2020 · 16 min

Conjectures sans preuve : un parcours qui fait avancer les maths

Cet épisode suit Syracuse, Goldbach puis d’autres problèmes ouverts pour montrer comment la quête d’une preuve ouvre de nouvelles voies.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, l'exploration nous emmène au bord d'un gouffre, sur une ligne de démarcation vraiment vertigineuse dans le monde des mathématiques.

  2. Intervenant 2

    Bonjour tout le monde. Eh oui, une frontière fondamentale, et même parfois dramatique, entre une simple conjecture et un théorème validé gravé dans le marbre.

  3. Intervenant 1

    Et c'est un sujet qui me passionne. Quand on y pense, le terme de conjecture a une vraie poésie. Ça vient du latin « cum jacere », ça signifie littéralement « jeter avec » ou « lancer une idée ».

  4. Intervenant 2

    Ouais, c'est une très belle image. L'esprit humain observe le comportement des nombres, repère un motif récurrent et lance une hypothèse dans l'univers, en espérant qu'elle soit vraie au fond.

  5. Intervenant 1

    Mais la route pour prouver cette intuition, ah là là, c'est une autre histoire. Le cas d'école incontournable, c'est évidemment le dernier théorème de Fermat. Pierre de Fermat lance son idée au XVIIe siècle, gribouillé dans la marge d'un bouquin.

  6. Intervenant 2

    C'est ça, en prétendant détenir une preuve merveilleuse qui n'a pas la place d'écrire.

  7. Intervenant 1

    Le fameux manque de place. Et ensuite ?

  8. Intervenant 2

    Plus rien. Le silence absolu pendant 350 ans. Des siècles de recherches acharnées, des carrières entières sacrifiées sur l'autel de ce problème.

  9. Intervenant 1

    Jusqu'à ce que le mathématicien britannique Andrew Wiles le démontre complètement en 1995.

  10. Intervenant 2

    Trois siècles et demi de frustration, c'est fou !

  11. Intervenant 1

    Alors, c'est un point de départ parfait. Parce qu'il y a une idée reçue très tenace qui dit que ces 350 années seraient une longue traversée du désert, genre une suite d'échecs cuisants.

  12. Intervenant 2

    Ah bon ?

  13. Intervenant 1

    C'est pas le

  14. Intervenant 2

    cas. Or, c'est pas la destination finale, la preuve de Wiles qui a été le plus vital pour les mathématiques. C'est précisément cette quête soi-disant infructueuse. L'incapacité de résoudre Fermat avec les outils de l'époque, ça a agi comme un moteur d'innovation brutal.

  15. Intervenant 1

    D'accord, l'obstacle crée l'outil en

  16. Intervenant 2

    fait. Exactement. Pour espérer vaincre ce problème, des générations de chercheurs ont dû forger de nouvelles armes conceptuelles. Ils ont développé la théorie algébrique des nombres, théorisé les idéaux. Et Wiles lui-même a dû jeter un pont inespéré entre les courbes elliptiques et les formes modulaires.

  17. Intervenant 1

    L'échec a littéralement forcé la discipline à s'étendre. C'est fascinant d'envisager l'échec non pas comme un mur, mais comme un échafaudage. Ok, décortiquons tout ça.

  18. Intervenant 2

    Avec

  19. Intervenant 1

    plaisir. L'objectif de notre exploration aujourd'hui, c'est de plonger tête la première dans les mystères mathématiques non résolus, les plus brûlants. Ces conjectures qui résistent encore.

  20. Intervenant 2

    Et on va parcourir des domaines très variés, de la théorie des nombres purs jusqu'aux frontières des systèmes dynamiques.

  21. Intervenant 1

    Tout à fait. Et la première étape illustre parfaitement ce que j'appelle le piège de la simplicité. La théorie des nombres a cette habitude un peu sadique de cacher des monstres sous des énoncés qui tiennent sur un post-it, quoi.

  22. Intervenant 2

    Ah oui, et la conjecture de Syracuse en est l'incarnation absolue.

  23. Intervenant 1

    Le fameux problème 3N plus 1. Je crois que son origine remonte à l'allemand Lothar Kollatz en 1937, non ?

  24. Intervenant 2

    C'est ça, mais c'est l'heure d'un colloque à l'université de Syracuse dans les années 50 qu'elle s'est propagée comme un virus dans la communauté scientifique.

  25. Intervenant 1

    Alors, l'algorithme est redoutable, parce qu'il manipule simplement la parité. Je donne la règle, elle est hyper ludique. Vas-y. On prend un entier strictement positif. Si il est pair, on le divise par 2. S'il est impair, on le multiplie par 3 et on ajoute 1. Et on boucle cette opération. La conjecture postule que, quelle que soit la valeur de départ, on atterrira inévitablement sur le cycle 4, puis 2, puis 1.

  26. Intervenant 2

    Mais l'évolution de la suite est totalement erratique. Partir du nombre 27, c'est le parfait exemple de cette folie. La valeur va monter jusqu'à des sommets, atteindre plus de 9000, plonger, rebondir… Ah

  27. Intervenant 1

    ouais, les montagnes russes !

  28. Intervenant 2

    Exactement. Et il faudra très exactement 111 itérations avant de finalement s'écraser sur le chiffre 1.

  29. Intervenant 1

    C'est un flipper mathématique infernal. Le lance-bille propulse la trajectoire via la règle des impairs et la gravité la fait chuter brutalement avec la division par deux. Et au final, peu importe la force du lancer, la boule finit toujours dans le trou du chiffre 1.

  30. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est vraiment la dichotomie entre un algorithme itératif basique et l'incapacité de concevoir une preuve universelle. D'ailleurs, faut pas croire que la communauté reste les bras croisés.

  31. Intervenant 1

    Ah non, ça calcule à plein régime.

  32. Intervenant 2

    Oui, la force de calcul brute permet de repousser les limites. En 2020, David Barina a vérifié informatiquement ça jusqu'à presque 3 fois 10 puissance 20.

  33. Intervenant 1

    C'est gigantesque, mais un test par force brute, ça n'a aucune valeur de preuve universelle.

  34. Intervenant 2

    Voilà, alors on attaque par les probabilités. En 2003, Krasikov et Lagarias ont posé des bords en analytique.

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