tangenteAudio

25 sept. 2017 · 20 min

Championnat 2018 : 18 défis, des carrés aux cubes

Dans cet épisode audio, parcourez les dix-huit problèmes des quarts de finale individuels, du placement de nombres à la somme des cubes.

Collections de cet épisode (5)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Bonjour.

  3. Intervenant 1

    C'est vraiment un grand plaisir d'accueillir toutes celles et ceux qui nous écoutent aujourd'hui pour cette nouvelle exploration.

  4. Intervenant 2

    Oui, une exploration qui va faire travailler les méninges.

  5. Intervenant 1

    Ah ça, c'est sûr. Alors, pour commencer, il suffit d'imaginer, juste l'espace d'un instant, un jeune garçon de 8 ans.

  6. Intervenant 2

    D'accord.

  7. Intervenant 1

    Et ce garçon, il ferait cette déclaration très sérieuse. Il dit « Avant-hier, je n'avais encore que 8 ans, mais à la fin de l'année, j'aurais déjà 10 ans. »

  8. Intervenant 2

    C'est le genre de phrase où, instinctivement, le cerveau rejette l'information.

  9. Intervenant 1

    Mais complètement. C'est perçu direct comme une aberration. On se dit qu'il y a un bug temporel.

  10. Intervenant 2

    Pourtant, d'un point de vue purement mathématique et calendrier, c'est parfaitement logique.

  11. Intervenant 1

    Et c'est exactement ce genre de court-circuit cognitif qu'on va disséquer aujourd'hui.

  12. Intervenant 2

    Oui, parce que cette petite énigme, c'est en fait le problème numéro 5 qui est tiré des quarts de finale individuelles du 32e Championnat des Jeux Mathématiques et Logiques.

  13. Intervenant 1

    Un événement qui est organisé par la Fédération Française des Jeux Mathématiques.

  14. Intervenant 2

    Tout à fait. Et l'intérêt de se plonger dans ces 18 problèmes spécifiques, c'est qu'ils n'ont vraiment rien à voir avec des exercices scolaires classiques.

  15. Intervenant 1

    Ouais, c'est pas le genre de truc où on implique une formule apprise par cœur.

  16. Intervenant 2

    Non, pas du tout. Ce sont de véritables constructions conçues pour identifier nos angles morts psychologiques.

  17. Intervenant 1

    Bon, décortiquons un peu cette histoire d'anniversaire.

  18. Intervenant 2

    Allons-y.

  19. Intervenant 1

    Parce que j'avoue que la première fois que j'ai lu l'énoncé, j'ai cherché le piège de science-fiction, tu vois. Comment on peut vieillir de deux ans dans la même année civile ?

  20. Intervenant 2

    Ça donne l'impression d'un voyage dans le temps.

  21. Intervenant 1

    Bah oui. Si on essaie de modéliser, disons qu'on est au milieu de l'année, un mercredi.

  22. Intervenant 2

    Oui.

  23. Intervenant 1

    Avant-hier, c'était lundi. S'il a huit ans lundi, il ne peut évidemment pas avoir dix ans en décembre. Le langage nous pousse à imaginer un laps de temps super banal, une semaine ordinaire.

  24. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Le problème vient du fait que le langage naturel est ambigu et notre cerveau, par souci d'économie d'énergie, il choisit toujours l'interprétation la plus probable.

  25. Intervenant 1

    Ouais, on va au

  26. Intervenant 2

    plus simple. Dans 99% des cas, quand on entend « avant-hier » et « à la fin de l'année », on projette une progression temporelle linéaire à l'intérieur d'une même année.

  27. Intervenant 1

    C'est

  28. Intervenant 2

    clair. L'astuce, c'est de comprendre que la mathématique exige des conditions aux limites très particulières. Pour que le saut deux ans fonctionne, il faut qu'un changement d'année civile s'intercale.

  29. Intervenant 1

    Ah.

  30. Intervenant 2

    Oui, il faut qu'il s'intercale dans ce tout petit espace de temps décrit par l'enfant.

  31. Intervenant 1

    Donc la clé, c'est pas l'âge lui-même en fait, c'est la date exacte à laquelle cette phrase est prononcée.

  32. Intervenant 2

    Exactement.

  33. Intervenant 1

    Il faut vraiment forcer le calendrier. Si le garçon dit « à la fin de l'année, j'aurai 10 ans », ça sous-entend que l'année en cours doit contenir son neuvième anniversaire très tôt. Oui, continue. Et que le dixième anniversaire arrivera à la fin de cette même année en un an. Attends, c'est pas possible, on n'a qu'un anniversaire par an.

  34. Intervenant 2

    Et voilà le blocage. Il faut décaler la fenêtre d'observation.

  35. Intervenant 1

    D'accord.

  36. Intervenant 2

    Que se passe-t-il si la déclaration est faite tout au début d'une nouvelle année ? Plaçons-nous le 1er janvier.

  37. Intervenant 1

    Ok, le 1er janvier.

  38. Intervenant 2

    L'enfant parle. Avant-hier, c'était donc ?

  39. Intervenant 1

    Le 30 décembre.

  40. Intervenant 2

    Le 30 décembre de l'année précédente.

  41. Intervenant 1

    Voilà. Ah, je vois la mécanique. C'est génial. Donc le 30 décembre, il a 8 ans. Ça veut dire que son anniversaire tombe le 31 décembre.

  42. Intervenant 2

    Tout à

  43. Intervenant 1

    fait. Donc le 31 décembre de l'année précédente, il fête ses 9 ans. Le lendemain, le 1er janvier, le jour de la déclaration, il a bel et bien 9 ans.

  44. Intervenant 2

    Et quand il dit à la fin de l'année ?

  45. Intervenant 1

    Il parle du 31 décembre de l'année en cours, date à laquelle il fêtera logiquement ses 10 ans.

  46. Intervenant 2

    C'est le déroulé exact. Ce qui est fascinant d'un point de vue cognitif, c'est que les mots « avant hier » et « fin de l'année » encadrent mentalement un laps de temps qui semble écrasé, tu vois, presque simultané.

  47. Intervenant 1

    Ouais, on a l'impression que c'est la même semaine.

  48. Intervenant 2

    Alors qu'en réalité, ils chevauchent deux années civiles distinctes, la logique calendaire vient dissiper l'illusion d'optique créée par les mots.

  49. Intervenant 1

    C'est dingue. C'est presque frustrant, en fait, de voir à quel point notre propre perception nous tend des pièges.

  50. Intervenant 2

    On tombe tous dedans.

  51. Intervenant 1

    On lit l'énoncé et on se fixe sur la mauvaise variable. On se concentre sur l'âge alors qu'il fallait se concentrer sur la date.

  52. Intervenant 2

    Exactement.

  53. Intervenant 1

    Et curieusement, cette erreur de jugement, ce bien, qui consiste à regarder au mauvais endroit, c'est un mécanisme qu'on retrouve de manière très flagrante dans les problèmes basés sur les quantités.

  54. Intervenant 2

    Oui, les quantités et les proportions. Le cerveau humain est très mauvais pour évaluer les variations relatives sans un point d'ancrage fixe. Il a tendance à se laisser aveugler par ce qui bouge.

  55. Intervenant 1

    Et le meilleur exemple de cette vulnérabilité, c'est le problème neuf de ce championnat.

  56. Intervenant 2

    Ah, le club de basket.

  57. Intervenant 1

    Voilà, c'est l'histoire d'un club de basket. Au départ, l'énoncé nous dit que ce club est composé d'exactement 40% de garçons.

  58. Intervenant 2

    Jusque là, tout va bien.

  59. Intervenant 1

    6 nouveaux garçons s'inscrivent au club. Et avec cette seule addition de 6 personnes, on arrive à une égalité parfaite. Donc 50% de garçons et 50% de filles.

  60. Intervenant 2

    C'est ça.

  61. Intervenant 1

    La question est simple en apparence. Combien y a-t-il d'inscrits au total à la fin ?

  62. Intervenant 2

    C'est une formulation très épurée. Et c'est justement ce vide apparent qui pousse à l'erreur.

  63. Intervenant 1

    Bah, quand j'ai essayé de le résoudre de tête, je suis tombé la tête la première dans le panneau.

  64. Intervenant 2

    Raconte-nous ton

  65. Intervenant 1

    raisonnement. Euh, mon raisonnement c'était, on passe de 40% à 50% de garçons. Ça fait une augmentation de 10%. Or, on a ajouté 6 garçons. Donc, 10% du club représente 6 personnes.

  66. Intervenant 2

    C'est très intuitif.

  67. Intervenant 1

    Bah oui. Et si 10% vaut 6, le total, soit 100%, vaut 60. J'étais très fier de moi pendant environ 3 secondes.

  68. Intervenant 2

    C'est la fausse piste classique. Ce raisonnement part du principe que le pourcentage s'applique à une base immuable.

  69. Intervenant 1

    Oui, la fameuse erreur.

  70. Intervenant 2

    En ajoutant six membres au club, on ne modifie pas seulement le numérateur, on modifie aussi le dénominateur. Le nombre total d'élèves a changé. Ah

  71. Intervenant 1

    bah oui, forcément.

  72. Intervenant 2

    Les 40% du début ne s'appliquent pas au même total que les 50% de la fin. Comparer ces deux pourcentages directement n'a donc aucun sens mathématique.

  73. Intervenant 1

    C'est là qu'on réalise qu'il faut vraiment changer de perspective. Si on ne peut pas se fier à ce qui change, il faut chercher ce qui ne change pas.

  74. Intervenant 2

    En mathématiques, c'est ce qu'on appelle la recherche de l'invariant.

  75. Intervenant 1

    L'invariant.

  76. Intervenant 2

    Face à un système dynamique, la méthode la plus élégante, c'est d'identifier la constante cachée. Ici, qu'est-ce qui reste strictement identique entre le début et la fin de l'histoire ?

  77. Intervenant 1

    Le nombre de filles. Aucune fille ne s'est inscrite, aucune n'est partie.

  78. Intervenant 2

    C'est la clé de voûte du problème. Au début, si les garçons représentent 40%, cela signifie que ce groupe de filles, dont on ignore le nombre exact, représente 60% de l'ancien total.

  79. Intervenant 1

    D'accord.

  80. Intervenant 2

    À la fin, après l'arrivée des garçons, on a une égalité. Ce même groupe de filles, qui n'a pas bougé d'une unité, représente désormais 50% du nouveau total.

  81. Intervenant 1

    Ok, posons ça concrètement pour ceux qui nous écoutent. Prenons un nombre de filles arbitraire pour tester.

  82. Intervenant 2

    Bonne idée.

  83. Intervenant 1

    Disons qu'il y a 18 filles. Si 18 filles représentent 60% de l'effectif initial, ça veut dire que 10 coursants, c'est 3 enfants. Donc l'effectif total initial est de 30.

  84. Intervenant 2

    Parfait.

  85. Intervenant 1

    Sur ces 30 enfants, on a 18 filles et 12 garçons. Ça, ce sont nos fameux 40%.

  86. Intervenant 2

    Exact.

  87. Intervenant 1

    Ensuite, on ajoute les 6 garçons. On passe de 12 à 18 garçons. On a donc 18 garçons et 18 filles. Égalité parfaite, 36 enfants au total.

  88. Intervenant 2

    La réponse est 36. L'invariant a fait tout le travail.

  89. Intervenant 1

    C'est tellement plus satisfaisant de le voir comme ça.

  90. Intervenant 2

    L'approche par modélisation mentale fonctionne très bien, mais on peut aussi formaliser ça par une équation simple basée sur cet invariant. L'important, c'est de comprendre que la solution réside dans ce qui est invisible au premier coup d'œil.

  91. Intervenant 1

    Ouais.

  92. Intervenant 2

    Et on retrouve cette même idée de structure cachée dans les problèmes de combinatoire, où une situation apparemment banale dissimule une architecture complexe.

  93. Intervenant 1

    Ah, ça me fait penser au problème 3, à la maternelle. L'énoncé a l'air super inoffensif.

  94. Intervenant 2

    C'est souvent le cas.

  95. Intervenant 1

    On a une feuille avec trois symboles à colorier. Les enfants disposent de trois feutres pour, un bleu, un rouge, un jaune. La seule consigne est de ne pas utiliser la même couleur deux fois sur la même feuille. D'accord. L'énoncé précise qu'à la fin, seuls deux enfants ont des dessins strictement identiques. Et on demande le nombre maximum d'enfants dans le groupe.

  96. Intervenant 2

    C'est une introduction brillante à un concept mathématique fondamental qu'on appelle le principe des tiroirs de Dirichlet.

  97. Intervenant 1

    Le fameux ?

  98. Intervenant 2

    Ou pigeonhole principle en

  99. Intervenant 1

    anglais. Le principe des tiroirs. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est quoi l'idée ?

  100. Intervenant 2

    L'analogie est d'une simplicité redoutable. Imaginons une commode avec six tiroirs.

  101. Intervenant 1

    Ok, six tiroirs.

  102. Intervenant 2

    Si on a sept paires de chaussettes à ranger et qu'on ne peut mettre qu'une paire par tiroir, le dernier tiroir devra obligatoirement

  103. Intervenant 1

    accueillir une deuxième paire. Bah oui, on n'a plus de place.

  104. Intervenant 2

    C'est inévitable. En mathématiques, cela signifie que si on a n contenants et n plus 1 objets à répartir, au moins un contenant aura plus d'un objet.

  105. Intervenant 1

    Donc, pour revenir à nos enfants de maternelle, les tiroirs sont en fait les combinaisons possibles de coloriage.

  106. Intervenant 2

    C'est ça.

  107. Intervenant 1

    Construisons ces combinaisons. Pour le premier symbole, l'enfant a le choix entre trois couleurs.

  108. Intervenant 2

    Oui.

  109. Intervenant 1

    Pour le deuxième symbole, puisqu'il ne peut pas réutiliser la première couleur, il lui reste deux couleurs.

  110. Intervenant 2

    Très

  111. Intervenant 1

    bien. Et pour le dernier symbole, le choix est forcé.

  112. Intervenant 2

    Il ne lui reste qu'une seule couleur.

  113. Intervenant 1

    Et donc ?

  114. Intervenant 2

    Si on multiplie les options, trois fois deux fois un, on obtient six combinaisons uniques possibles. Ce sont nos six tiroirs.

  115. Intervenant 1

    Exactement. Il n'existe dans l'absolu que six dessins totalement différents qui respectent la consigne.

  116. Intervenant 2

    D'accord. Si le groupe ne comportait que six enfants, chacun pourrait avoir un dessin unique. Mais l'énoncé indique que deux enfants, et seulement deux, ont un dessin identique.

  117. Intervenant 1

    Ouais.

  118. Intervenant 2

    On a donc nécessairement rempli nos six tiroirs avec des dessins uniques, et il a fallu ajouter un septième enfant qui a été contraint de copier l'une des six combinaisons existantes.

  119. Intervenant 1

    Donc le groupe comporte sept enfants au maximum. C'est remarquable parce que la petite taille des nombres donne l'illusion qu'on peut résoudre ça par tâtonnement.

  120. Intervenant 2

    On pourrait le faire.

  121. Intervenant 1

    Mais derrière l'anecdote enfantine se cache une loi mathématique incontournable. Et cette transition entre le tâtonnement et la structure globale, c'est peut-être la leçon la plus importante de ces quarts de finale. Absolument. Ce qui nous amène à une catégorie de problèmes particulièrement intimidantes.

  122. Intervenant 2

    Ouf, je vois de quoi tu veux parler.

  123. Intervenant 1

    Ce qui implique des répétitions vertigineuses.

  124. Intervenant 2

    L'itération. C'est en effet un véritable test de résilience mentale. Quand on demande à l'esprit humain de répéter une opération, il s'épuise vite.

  125. Intervenant 1

    C'est clair.

  126. Intervenant 2

    La machine, l'ordinateur, excellent dans la répétition brute. Mais le mathématicien, lui, il doit trouver le raccourci.

  127. Intervenant 1

    Et le meilleur représentant de cette catégorie, c'est le problème 6, intitulé simplement « suite ». Le principe est vraiment diabolique.

  128. Intervenant 2

    Comment ça fonctionne-t-il ?

  129. Intervenant 1

    On part du nombre de départ qui est 718. La règle pour trouver le nombre suivant, c'est de faire la somme des chiffres de ce nombre et de multiplier le résultat par 13. La question finale demande de déterminer le 2018ème terme de cette suite.

  130. Intervenant 2

    Face à un tel énoncé en condition d'examen avec un temps limité, la réaction instinctive, c'est souvent le découragement.

  131. Intervenant 1

    Ouais, on se dit c'est mort !

  132. Intervenant 2

    Calculer plus de 2000 occurrences d'une suite à la main, c'est matériellement impensable.

  133. Intervenant 1

    Figure-toi que j'ai voulu faire l'expérience de me lancer dans le calcul à l'aveugle, juste pour voir jusqu'où je pouvais tenir.

  134. Intervenant 2

    Et alors ?

  135. Intervenant 1

    Alors, le premier terme est 718. Le deuxième, je fais 7 plus 1 plus 8, ça fait 16. Ensuite, 16 multiplié par 13. 10 fois 16, 160, plus 3 fois 16, 48. Ça fait 208. Mon deuxième terme est 208. D'accord,

  136. Intervenant 2

    tu suis bien la règle.

  137. Intervenant 1

    Troisième terme. 2 plus 0 plus 8, ça fait 10. Et 10 multiplié par 13, ça donne 130. Quatrième terme. 1 plus 3 plus 0, ça fait 4. Et 4 fois 13, ça fait 52.

  138. Intervenant 2

    On continue.

  139. Intervenant 1

    Cinquième terme. 5 plus 2, 7. Et 7 fois 13, 91. Sixième terme. 9 plus 1, 10. Et 10 fois 13, bah ça donne 130. Ah ! Et là, j'ai posé mon stylo, le sixième terme est 130, c'est exactement le même que mon troisième terme.

  140. Intervenant 2

    C'est le moment précis où le mathématicien

  141. Intervenant 1

    sourit. J'avoue que j'ai souri.

  142. Intervenant 2

    Ce qui vient de se produire s'appelle tomber dans un attracteur ou révéler une boucle. Dans les systèmes dynamiques définis par ce type de règles restrictives, on additionne les chiffres, ce qui réduit drastiquement la taille du nombre.

  143. Intervenant 1

    Ouais, on passe de 718 à des petits nombres très vite.

  144. Intervenant 2

    Même si on multiplie par 13 ensuite, les valeurs ne peuvent pas croître vers l'infini. L'espace des résultats possibles est fini. Par conséquent, en itérant, on est mathématiquement forcé de retomber sur une valeur déjà calculée.

  145. Intervenant 1

    Et une fois qu'on retombe sur une valeur connue, on est piégé dans un circuit fermé.

  146. Intervenant 2

    Exactement.

  147. Intervenant 1

    Mon troisième terme c'était 130, le quatrième 52, le cinquième 91 et le sixième de nouveau 130. Donc le septième sera 52, le huitième 91 et ainsi de suite quoi. Tu as trouvé ta

  148. Intervenant 2

    boucle.

  149. Intervenant 1

    La suite se résume finalement à un cycle de trois nombres qui tournent en boucle indéfiniment.

  150. Intervenant 2

    Et du coup, la nature effrayante de l'énoncé s'effondre. Il ne s'agit plus de calculer 2018 opérations, mais d'étudier un motif répétitif de trois éléments.

  151. Intervenant 1

    C'est fou, comme c'est élégant.

  152. Intervenant 2

    Puisque la boucle commence véritablement au troisième terme et tourne sur un rythme de trois, il suffit d'utiliser la division euclidienne et de regarder le reste pour déterminer exactement où la boucle s'arrêtera au 2018ème terme.

  153. Intervenant 1

    C'est un soulagement intellectuel immense. Au lieu de transpirer sur des pages de calcul, on identifie la structure.

  154. Intervenant 2

    Et ce concept de boucle se retrouve aussi dans le problème 18. Ah

  155. Intervenant 1

    oui, celui de Mathias.

  156. Intervenant 2

    Où l'on demande d'additionner les cubes des chiffres d'un nombre jusqu'à retomber sur le chiffre 1. C'est une invitation constante à chercher des motifs réguliers au milieu du chaos apparent.

  157. Intervenant 1

    Cette capacité à prendre de la hauteur, à observer le comportement global d'une suite plutôt que de s'acharner sur les calculs individuels, c'est vraiment l'essence de l'intelligence mathématique.

  158. Intervenant 2

    La machine calcule, l'humain perçoit les structures.

  159. Intervenant 1

    Et la perception, c'est ce qui nous pousse vers la dernière grande thématique de ces quarts de finale. On a manipulé le temps calendrier, on a cherché des invariants dans les populations, on a dompté l'infini des suites.

  160. Intervenant 2

    Et maintenant, la géométrie.

  161. Intervenant 1

    Voilà. Les mathématiques, c'est aussi l'espace matériel. Et ce championnat comporte toujours son lot de problèmes de géométrie spatiale. Mais d'ailleurs, avant de parler des figures, il y a une contrainte amusante qu'on remarque en lisant les énoncés.

  162. Intervenant 2

    Laquelle ?

  163. Intervenant 1

    L'omniprésence du nombre 2018.

  164. Intervenant 2

    Ah oui, c'est une tradition bien ancrée. Le championnat s'est déroulé en 2018 et les concepteurs font un point d'honneur à intégrer l'année en cours dans les équations.

  165. Intervenant 1

    Comme une sorte de signature temporelle quoi.

  166. Intervenant 2

    C'est ça.

  167. Intervenant 1

    C'est assez poétique cette idée d'ancrer des vérités mathématiques éternelles dans une année bien précise. Par exemple, le problème 17 souligne que 2018 est le double du nombre premier 1009 et en même temps le successeur du nombre premier 2017.

  168. Intervenant 2

    Les fameux clins d'œil numériques.

  169. Intervenant 1

    Mais au-delà de ça, ce qui frappe dans les problèmes géométriques, c'est la façon dont ils sollicitent une toute autre forme d'intelligence. Le raisonnement purement algébrique et séquentiel qu'on vient d'utiliser montre ici ses limites.

  170. Intervenant 2

    Oui, parce que la géométrie requiert une pensée holistique. Il faut être capable de visualiser un tout, de le manipuler mentalement et de le décomposer.

  171. Intervenant 1

    Par exemple, le problème de découpage de terrain.

  172. Intervenant 2

    Le problème 16, le terrain du perfide.

  173. Intervenant 1

    Celui-là est fascinant par son approche des angles. On nous décrit un terrain quadrilatère. L'énoncé donne des longueurs spécifiques pour les côtés, mais ce qui complique tout, ce sont les contraintes angulaires.

  174. Intervenant 2

    Il y a des particularités ?

  175. Intervenant 1

    Il y a deux angles droits et un angle qui est exactement le double d'un autre.

  176. Intervenant 2

    Face à un tel quadrilatère, la réaction immédiate, c'est d'essayer de lui appliquer des formules de surface classiques.

  177. Intervenant 1

    Oui, on cherche la base et la hauteur.

  178. Intervenant 2

    Mais les angles donnés ne correspondent à aucune figure de base, ni un rectangle, ni un trapèze conventionnel. L'astuce requise par ce type de défi n'est pas algébrique, elle est purement spatiale.

  179. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  180. Intervenant 2

    Il faut tracer des lignes de construction artificielles.

  181. Intervenant 1

    C'est le moment où il faut oser modifier l'espace.

  182. Intervenant 2

    Précisément, l'erreur classique est de s'arrêter à la forme telle qu'elle est dessinée sur le papier. Or, si on trace une diagonale habilement choisie pour diviser ce quadrilatère asymétrique en deux triangles récangles, le problème change de dimension. On

  183. Intervenant 1

    ramène le chaos à de

  184. Intervenant 2

    l'ordre. La propriété de l'angle double devient alors une indication précieuse pour utiliser la trigonométrie de base ou des propriétés de triangles semblables. On passe d'un bloc de terrain informe à un assemblage de formes maîtrisées.

  185. Intervenant 1

    C'est une restructuration de l'espace en fait.

  186. Intervenant 2

    Tout à fait.

  187. Intervenant 1

    Et cette gymnastique visuelle, on la pousse à son paroxysme avec les énigmes de pavage. Je pense au problème 8 qui implique des tribunaux.

  188. Intervenant 2

    Ah, les triminos, un classique !

  189. Intervenant 1

    Pour visualiser, pour ceux qui nous écoutent, un trimino est une petite forme géométrique composée de trois carrés à coller. On peut les aligner en forme de barre ou faire une forme de L.

  190. Intervenant 2

    Oui.

  191. Intervenant 1

    Le problème demande de placer ses pièces sur une grille de 4 par 4, donc de 16 cases au total, en suivant des règles d'adjacence hyper complexes.

  192. Intervenant 2

    Ce type de problème est particulièrement révélateur parce qu'il contourne presque entièrement le langage mathématique traditionnel.

  193. Intervenant 1

    C'est vrai, il n'y a pas vraiment de calcul.

  194. Intervenant 2

    Une grille de 4 par 4 comporte 16 cases. Un tribunal occupe 3 cases. Une division rapide montre qu'on ne pourra jamais paver parfaitement la grille. Il restera au moins une case vide.

  195. Intervenant 1

    Le défi n'est donc pas de remplir, mais de positionner de manière optimale selon les contraintes. Et c'est impossible à résoudre avec une simple équation.

  196. Intervenant 2

    Non, ça ne marche pas.

  197. Intervenant 1

    On ne peut pas dire X plus Y égale la position du tribunal. Il faut faire des essais mentaux, projeter les rotations de la pièce en L, anticiper les blocages dans les coins de la grille.

  198. Intervenant 2

    C'est un pur exercice de planification spatiale. Le cerveau doit maintenir la forme de la grille en mémoire à courtelme tout en simulant l'insertion d'une pièce asymétrique.

  199. Intervenant 1

    C'est épuisant rien d'y penser.

  200. Intervenant 2

    Ce que ces problèmes démontrent, c'est la nécessité d'une flexibilité cognitive absolue. Passer de la recherche d'une boucle abstraite dans une suite de nombres, à l'évaluation d'un angle dans un champ, puis à l'emboîtement de pièces sur une grille, c'est un véritable décathlon pour le cerveau.

  201. Intervenant 1

    Un décathlon qui demande d'abandonner nos automatismes à chaque nouvelle épreuve en fait. On le voit même dans les situations les plus triviales du concours. Tu penses au comptage Poisson ? Oui. Le problème 2 demande simplement de compter des carrés sur un dessin. C'est l'erreur de perception la plus commune. On compte les petits carrés évidents et on oublie que quatre petits carrés assemblés forment un nouveau carré de taille moyen.

  202. Intervenant 2

    C'est le biais de l'évidence.

  203. Intervenant 1

    On a le nez tellement collé sur les détails de base qu'on ne voit plus la figure globale.

  204. Intervenant 2

    En fin de compte, l'ensemble de ces 18 énigmes sélectionnés par Tangente illustrent une réalité bien plus vaste que les mathématiques elles-mêmes.

  205. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  206. Intervenant 2

    Qu'il s'agisse de déjouer les pièges sémantiques du calendrier, d'identifier une population constante dans un groupe mouvant, de refuser de calculer l'infini pour chercher une boucle ou de diviser l'espace pour mieux le comprendre, la compétence testée est toujours la même.

  207. Intervenant 1

    C'est la capacité à changer de point de vue face à un mur.

  208. Intervenant 2

    Absolument. C'est l'art de refuser la première impression, souvent trompeuse, que nous souffle notre intuition ou la formulation d'un texte. C'est comprendre que la difficulté ne réside pas dans la complexité du calcul, mais dans la manière dont on choisit de regarder le problème.

  209. Intervenant 1

    Et c'est une observation qui résonne de manière assez profonde, je trouve, quand on la transpose en dehors des quarts de finale d'un championnat.

  210. Intervenant 2

    Dans la vie de tous les jours.

  211. Intervenant 1

    Ouais, dans un quotidien qui est souvent saturé de données face à des situations professionnelles ou personnelles qui paraissent aussi intriquées qu'une combinaison de couleurs à la maternelle ou une suite de 2000 calculs.

  212. Intervenant 2

    La tentation est grande de baisser la tête.

  213. Intervenant 1

    Exactement. D'essayer de résoudre les choses en force, de calculer chaque terme un par un en espérant que ça finisse par marcher. La question qui se pose alors mérite qu'on s'y attarde. Je

  214. Intervenant 2

    t'écoute.

  215. Intervenant 1

    À quelle fréquence nous acharnons-nous hasardément sur la mauvaise variable alors qu'il suffirait d'un pas de côté pour trouver la constante qui clarifie tout ou la boucle cachée qui rend soudain l'impossible évident ? C'est une

  216. Intervenant 2

    excellente question pour

  217. Intervenant 1

    conclure. Sur cette réflexion, un grand merci à toutes celles et ceux qui ont suivi cette exploration analytique avec nous aujourd'hui. À très bientôt pour une nouvelle plongée passionnante au cœur des idées.

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.