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1 août 2016 · 5 min

Cancer : un modèle mathématique peut-il prévoir l’évolution d’une tumeur

Dans cet épisode, suivez la mathématicienne Perrine Berment, des analyses du patient au modèle susceptible de prévoir l’évolution de sa tumeur.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on va proposer une exploration un peu spéciale pour nos auditeurs. Imaginons juste un instant qu'une simple équation mathématique puisse prédire avec exactitude comment une tumeur va réagir à un traitement dans les trois prochains mois.

  2. Intervenant 2

    C'est une promesse immense.

  3. Intervenant 1

    Oui, et c'est exactement ce qu'on analyse aujourd'hui avec le court article intitulé « Cancer, des maths pour vaincre la maladie ». Notre mission, c'est vraiment de comprendre concrètement comment l'abstraction pure se transforme en une véritable arme clinique.

  4. Intervenant 2

    Et pour bien situer l’origine de ses travaux, il faut absolument mentionner Périm Bermand. Elle est doctorante à l'Institut mathématique de Bordeaux et l'article décrypte sa présentation lors de la finale régionale du concours mathèse en 180 secondes.

  5. Intervenant 1

    Ah oui, le fameux concours de vulgarisation !

  6. Intervenant 2

    Maîtrisée, qu'elle a carrément remporté cette finale.

  7. Intervenant 1

    Tu m'étonnes. Résumer une modélisation aussi poussée en trois minutes, c'est déjà un exploit de vulgarisation en soi. Mais je t'avoue que sur le fond scientifique, je bloque un tout petit peu. Comment ça ? À quel niveau ? Une cellule cancéreuse, c'est le chaos absolu. Ça mute, ça prolifère de manière totalement anarchique. Du coup, comment on peut enfermer ce chaos biologique dans une équation mathématique qui, par définition, est hyper rigide et déterministe ? Ça me paraît presque paradoxal.

  8. Intervenant 2

    Ouais, je comprends. Mais c'est justement tout le défi de la modélisation en biologie en fait. La chercheuse, elle ne se contente pas du tout d'une formule théorique universelle et figée.

  9. Intervenant 1

    D'accord.

  10. Intervenant 2

    Elle travaille avec ce qu'on appelle des systèmes d'équations aux dérivés partiels.

  11. Intervenant 1

    Oula, des équations aux dérivés partiels.

  12. Intervenant 2

    Oui, ce sont des outils mathématiques qui décrivent comment une quantité évolue simultanément dans l'espace et dans le temps. Mais pour que ces équations modélisent véritablement le chaos d'une tumeur spécifique, il faut les alimenter avec la réalité clinique.

  13. Intervenant 1

    Donc si je te suis, on relie directement l'équation aux données physiologiques du patient ?

  14. Intervenant 2

    Exactement, c'est le cœur du sujet. La mathématicienne extrait des paramètres super spécifiques à partir d'examens réels du malade.

  15. Intervenant 1

    Genre des prises de sang ou des trucs comme ça ?

  16. Intervenant 2

    Des biopsies, des IRM par exemple. Concrètement, l'équation intègre des variables réelles comme la vitesse de division cellulaire observée, la densité du tissu sain environnant ou même la vascularisation de la tumeur.

  17. Intervenant 1

    D'accord, joie.

  18. Intervenant 2

    Et en injectant ces données-là, le modèle mathématique s'ajuste pour simuler la croissance exacte de cette tumeur en particulier.

  19. Intervenant 1

    Ah ouais, c'est du sur-mesure dynamique quoi. Si on traduit ça pour les auditeurs, au lieu de dire, je ne sais pas, que tel type de cancer grandit en moyenne de 10% par mois.

  20. Intervenant 2

    C'est ça.

  21. Intervenant 1

    On calcule la trajectoire unique de la maladie pour un organisme donné. En fait, c'est un peu comme paramétrer le modèle d'un système complexe en ingénierie aéronatique, mais appliqué aux vivants.

  22. Intervenant 2

    L’analogie est très bonne. Et mécaniquement, ça permet au médecin de tester virtuellement, sur son ordinateur, divers scénarios cliniques.

  23. Intervenant 1

    Des scénarios de traitement, tu veux

  24. Intervenant 2

    dire ? Tout à fait. Si on administre telle dose de chimiothérapie à tel moment précis, comment les variables réagissent à telle ? L’équation recalcule l’évolution spatiale et temporelle, et ça offre au corps médical un temps d'avance inestimable sur la pathologie.

  25. Intervenant 1

    Ce qui nous amène d'ailleurs à la métaphore centrale de la présentation, qui est brillante. Une fois qu'on a ces données et ces simulations, la démarche ressemble trait pour trait à la prévision météorologique.

  26. Intervenant 2

    Mais complètement ! En météorologie, on modélise la trajectoire et l'intensité d'une tempête en croisant la pression atmosphérique, le taux d'humidité, la température...

  27. Intervenant 1

    Les variables habituelles quoi !

  28. Intervenant 2

    Exactement. Et dans le cas de l'article, c'est la même mécanique analytique. La mathématicienne croise la densité cellulaire, l'oxygénation et la taille de la tumeur pour prédire si la tempête tumorale va s'aggraver ou se dissiper sous l'effet de la thérapie.

  29. Intervenant 1

    L'article souligne d'ailleurs la conclusion de sa présentation. Quand le calcul se révèle juste et que le pronostic s'améliore, c'est comme, je cite, « l'annonce d'un grand soleil après de nombreux jours de pluie ».

  30. Intervenant 2

    C'est une très belle

  31. Intervenant 1

    image. Oui, très puissante. Parce qu'elle connecte l'austérité d'une équation différentielle à l'espoir humain le plus fondamental.

  32. Intervenant 2

    Et c'est ce qui fait la résonance du texte. Ça démontre que les mathématiques appliquées sortent vraiment du laboratoire pour offrir un outil vital.

  33. Intervenant 1

    Et au-delà de l'exploit médical, on voulait partager cet article parce qu'il détruit de ténaces préjugés. Il rappelle que les mathématiques c'est beau, que c'est concrètement utile pour sauver des vies, tout en soulignant la place primordiale des femmes dans ces domaines d'excellence.

  34. Intervenant 2

    Claire ! Et d'ailleurs, si on pousse la réflexion à partir de cette modélisation sur mesure, je trouve que ça soulève une interrogation un peu vertigineuse pour l'avenir. Ah

  35. Intervenant 1

    oui ? La quelle ?

  36. Intervenant 2

    Bah, si des modèles mathématiques arrivent aujourd'hui à s'adapter aux paramètres microscopiques uniques de chaque individu pour anticiper un cancer, à quel moment le corps humain tout entier cessera d'être perçu comme un insondable mystère biologique ?

  37. Intervenant 1

    C'est une vraie question.

  38. Intervenant 2

    Faut-il s'attendre à ce qu'un jour notre physiologie globale, avec toute sa complexité, devienne en fait une immense équation parfaitement résoluble ?

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