
14 févr. 2023 · 5 min
Blaise Pascal : l’année d’hommages annoncée à Clermont
Dans cet épisode audio, suivez de mars à décembre les rendez-vous annoncés en 2023 à Clermont, des colloques à l’exposition et au spectacle.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Pour commencer notre plongée d'aujourd'hui, on va imaginer un instant un profil atypique, genre un génie de la Silicon Valley avant l'heure.
Intervenant 2
C'est-à-dire ?
Intervenant 1
Eh bien, quelqu'un qui inventerait à la fois l'ordinateur personnel et, je ne sais pas, le premier réseau de transport en commun urbain.
Intervenant 2
Ah oui, mais au XVIIe siècle du coup.
Intervenant 1
Exactement. Et c'est vraiment le cœur de notre exploration, basée sur le programme foisonnant de Clermont-Ferrand en 2023, pour le 400e anniversaire de la naissance de Blaise Pascal. L'idée, c'est de voir comment ce cerveau hors normes liait la plus haute abstraction mathématique avec des problèmes super concrets de son époque.
Intervenant 2
Ouais, et c'est fou parce que cette célébration qui est faite avec l'Université de Clermont d'Auvergne, ça dépasse le simple hommage historique. Dès l'ouverture, par exemple, au lycée Blaise Pascal...
Intervenant 1
Avec Cédric Villani, non ?
Intervenant 2
Tout à fait. Cédric Villani a fait une conférence qui s'appelait « Papa, je veux faire des maths ». Le ton est plaidonné d'emblée. Puis, il y a eu ce colloque en mars intitulé « Pascal, résistant et prophète ». On veut vraiment montrer un savant qui est en décalage total avec son temps, quoi. Capable d'envoyer des messages aux générations futures.
Intervenant 1
Et c'est là que mon analogie avec le pionnier de la tech revient. Est-ce que cette rigueur mathématique, ce n'était pas justement son outil pour s'affranchir de son époque et penser l'avenir ?
Intervenant 2
Alors oui, mais il y a une différence fondamentale. Un PDZ de la tech aujourd'hui, il cherche souvent le profit, la valorisation en bourse.
Intervenant 1
La disruption pour la disruption.
Intervenant 2
C'est ça. Alors que pour Pascal, pas du tout. Sa rigueur, c'était un outil pour chercher des vérités immuables. C'était une quête d'élévation spirituelle en fait. Il voulait déchiffrer l'ordre du monde.
Intervenant 1
D'accord, je comprends l'idée de l'élévation spirituelle. Mais enfin, quand on regarde les événements du festival Nuit Ardente à la mi-juin...
Intervenant 2
Ah, ça c'est très concret.
Intervenant 1
C'est ultra terre-à-terre. Genre, ils ont proposé une balade en lunettes 3D, donc super immersives, dans le carrosse à cinq sols. Et ça, c'est le tout premier réseau de transports en commun au monde. Ça me fascine un peu. Comment un théoricien des probabilités super abstraites en arrive à gérer des calèches urbanes ?
Intervenant 2
C'est la logique pure qui entre en jeu. Il n'a pas juste dessiné une calèche, il a vraiment pensé l'infrastructure, comme un algorithme, tu
Intervenant 1
vois.
Intervenant 2
Le carrosse à 5 sols, c'est des itinéraires fixes, des horaires réguliers et surtout un tarif unique de 5 sols, quelle que soit la distance. Il a pris la rationalité mathématique et il l'a appliquée au chaos urbain de Paris pour optimiser les déplacements.
Intervenant 1
C'est fou, c'est de l'ingénierie urbaine avant l'heure quoi. Et on retrouve cette volonté d'optimisation mécanique avec la machine à calculer, la Pascaline.
Intervenant 2
Exactement. Et c'est très célébré dans ces festivités clermontoises. Il a vraiment soudé les rouages de la machine pour éviter à son père des corvées de comptabilité interminables.
Intervenant 1
D'ailleurs, le 19 juin, pour sa date d'anniversaire, le programme est super ludique. Il y a le lancement du timbre et ce méga cliché de Blaise où le public posait avec des objets symbolisant ses découvertes.
Intervenant 2
Oui, c'est important de rendre ça tangible. Parce que cette volonté d'optimiser l'espace et le temps, chez lui, ça glisse super naturellement vers la philosophie. Et l'exposition au musée d'art Georges Killio de juin à octobre a très bien mis ça en scène.
Intervenant 1
En décloisonnement un peu tout ça.
Intervenant 2
Voilà. Montrer que l'homme qui organisait des bus, c'est exactement le même cerveau qui a bouleversé la métaphysique et la littérature.
Intervenant 1
Mais justement, ce décloisonnement, ça me laisse un peu perplexe. Parce qu'il y a aussi, en décembre, le spectacle Le Trio en mi-bémol.
Intervenant 2
La pièce d'Éric Rohmer croisée avec l'orchestre Arsmova, oui.
Intervenant 1
C'est ça. Et c'est censé explorer le fameux pari de Pascal. Mais enfin, comment on passe d'une calculatrice à une pièce de théâtre sur un pari avec Dieu ?
Intervenant 2
C'est la suite logique de ces maths, en fait. Le pari, c'est carrément l'ancêtre de la théorie des jeux et de l'analyse coût-bénéfice.
Intervenant 1
La raison seule ne peut pas prouver l'existence de Dieu. Donc, il utilise les probabilités. En gros, si on parie sur l'existence de Dieu et qu'on gagne, le gain est infini, c'est la vie éternelle.
Intervenant 2
Et si on perd, la perte est minime ?
Intervenant 1
Exactement, elle est négligeable. Donc, il a utilisé les mêmes outils mathématiques créés pour les jeux de hasard, mais pour structurer une pensée religieuse vertigineuse.
Intervenant 2
C'est dingue. C'est une vraie leçon en fait. Ces commémorations, ça prouve que notre habitude moderne de séparer complètement les sciences, l'art, la technique, ça n'a aucun sens face à un tel génie.
Intervenant 1
C'est tout l'héritage de Pascal, oui. La logique, la foi, la poésie, tout ça répond aux mêmes exigences
Intervenant 2
de vérité pour lui.
Intervenant 1
Eh bien, ça amène une réflexion parfaite pour cloire cette plongée. D'un côté, il invente une machine à calculer pour réduire le travail fastidieux de son père. De l'autre, des transports en commun pour fluidifier et accélérer les trajets en ville. Toutes ces innovations techniques servaient à faire gagner un temps précieux.
Intervenant 2
C'est clair ?
Intervenant 1
Alors la question mérite d'être posée. Est-ce que ce gain de temps n'avait pas pour seul véritable but de libérer l'esprit humain de ses contraintes matérielles, pour qu'il puisse enfin s'asseoir, contempler l'infini et s'adonner pleinement à la réflexion exigée par ce fameux pari métaphysique ?
Intervenant 2
C'est une excellente question.
Intervenant 1
C'est une pensée fascinante à garder en tête face à nos propres technologies aujourd'hui.
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