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21 nov. 2018 · 13 min

Binaire : de deux symboles aux textes, images et vidéos

Cet épisode audio suit les conventions qui donnent un sens aux bits : d’abord les nombres, puis les caractères, les images et les vidéos.

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  1. Intervenant 1

    Bonjour et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis ravie de vous retrouver pour cette nouvelle plongée au cœur des sources.

  2. Intervenant 2

    Bonjour à tout l'auditoire.

  3. Intervenant 1

    Alors aujourd'hui, on va décortiquer un article vraiment fascinant. Il s'intitule « La numération binaire pour représenter des données ». Et notre mission, c'est un peu de résoudre un paradoxe qui donne le vertige, quoi.

  4. Intervenant 2

    C'est le mot, oui. Vertigineux.

  5. Intervenant 1

    Parce que, imaginons une pièce plongée dans le noir absolu. À l'intérieur, on a un simple interrupteur. Il fait juste une seule chose. Allumer la lumière ou l'éteindre. Vrai ou faux.

  6. Intervenant 2

    0 ou

  7. Intervenant 1

    1. 0 ou 1, exactement. Et maintenant, si on se dit qu'avec ce seul interrupteur, on peut peindre la Joconde ou calculer la trajectoire d'une fusée.

  8. Intervenant 2

    Ça paraît complètement absurde.

  9. Intervenant 1

    Totalement impossible. Et pourtant, c'est exactement la chorégraphie silencieuse qui se joue dans nos appareils, des milliards de fois par seconde.

  10. Intervenant 2

    Et le truc, c'est qu'on a souvent cette impression tenace que l'informatique, c'est de la magie, qui a une sorte d'intelligence cachée dans le silicium.

  11. Intervenant 1

    C'est clair, on a tendance à personnifier la machine.

  12. Intervenant 2

    Mais la première étape pour comprendre, c'est de détruire cette illusion d'intelligence. Le matériel informatique en lui-même, il est d'une stupidité affligeante. La machine ne sait absolument rien.

  13. Intervenant 1

    Rien du tout.

  14. Intervenant 2

    Rien. Toute l'ingéniosité, elle ne réside pas dans le processeur, mais dans l'architecture logique. C'est une gigantesque superposition de normes et de conventions que nous, les humains, on lui impose.

  15. Intervenant 1

    Et justement, pour comprendre cette architecture, l'article nous prend un peu à contre-pied. Avant même de parler de processeur, on remonte carrément au XVIIe siècle.

  16. Intervenant 2

    Ah oui, avec Gottfried Wilhelm Leibniz.

  17. Intervenant 1

    Voilà, et on connaît ce grand monsieur pour le calcul différentiel, mais quel est le rapport entre un philosophe allemand des années 1670 et, disons, l'écran de mon smartphone ?

  18. Intervenant 2

    En fait, le rapport, c'est la quête d'une base logique universelle. Leibniz y cherchait à réduire la pensée humaine, le vrai, le faux, à sa forme la plus pure possible.

  19. Intervenant 1

    Une base minimale, en gros.

  20. Intervenant 2

    C'est ça. Et en 1703, il formalise le système binaire, la base 2. Il prouve qu'on peut exprimer n'importe quelle quantité avec juste deux symboles, le 0 et le 1.

  21. Intervenant 1

    Mais à l'époque, ça ne servait à rien de concret, si.

  22. Intervenant 2

    Ben non, c'était une pure curiosité intellectuelle.

  23. Intervenant 1

    Une curiosité qui va quand même prendre la poussière pendant pas mal de temps.

  24. Intervenant 2

    Un siècle et demi, ouais.

  25. Intervenant 1

    Jusqu'à ce que le britannique George Boole vienne consolider tout ça en 1854 avec son algèbre. Mais là encore, on reste sur du papier, non ?

  26. Intervenant 2

    Tout à fait, ça reste très théorique. Le vrai point de bascule, l'étincelle, c'est en 1937.

  27. Intervenant 1

    Avec l'américain Claude Shannon.

  28. Intervenant 2

    Voilà. Shannon, il est ingénieur. Et il a cette intuition géniale de relier l'algèbre abstrait de Boole à la réalité physique de l'électricité.

  29. Intervenant 1

    Donc on passe de l'idée à la matière, en fait.

  30. Intervenant 2

    Exactement. Il réalise qu'un relais électrique, donc un bête interrupteur, ça a les mêmes propriétés logiques que le système de ses prédécesseurs.

  31. Intervenant 1

    Si le courant passe, c'est le 1 de Leibniz ou le vrai de Boole.

  32. Intervenant 2

    Ouais. Et si le circuit est ouvert, sans courant, c'est le zéro, le faux. D'un coup, des équations logiques deviennent des circuits palpables.

  33. Intervenant 1

    D'accord, mais c'est là que je me pose une question. Comment on traduit une théorie pure dans le chaos du monde réel ? Parce que l'électricité c'est fluctuant, c'est une onde, c'est pas juste tout ou rien de façon magique.

  34. Intervenant 2

    C'est le gros défi, oui.

  35. Intervenant 1

    L'article propose d'ailleurs une super analogie pour ça. Un peu comme si on observait le débit d'un fleuve. On plante une jauge et on trace une ligne rouge bien visible. Ce sera notre seuil.

  36. Intervenant 2

    Ouais, l'idée du seuil est cruciale.

  37. Intervenant 1

    Bah oui, si l'eau, donc la tension électrique, passe au-dessus de la ligne, on dit que c'est un bit 1, et si elle est en-dessous, c'est un bit 0.

  38. Intervenant 2

    Et ce qui est fascinant ici, c'est que cette notion de seuil, c'est vraiment le grand compromis de l'ingénierie moderne.

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