tangenteAudio

12 févr. 2025 · 18 min

Al-Zanjānī : le traité d’algèbre demandé par ses élèves

Dans cet épisode audio, suivez comment ce traité demandé par des élèves mène des règles de calcul aux équations, puis aux problèmes concrets.

Premium
Collections de cet épisode (6)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. On va commencer par imaginer un truc un peu fou aujourd'hui. Imaginons une époque où les mathématiques, ça s'écrit sans l'ombre d'un chiffre.

  2. Intervenant 2

    Ouais, rien du tout. Pas de symbole.

  3. Intervenant 1

    C'est ça, zéro symbole. Pas de petit x, pas de petit y, même pas de petit 2 en l'air pour signaler un carré. Et le pire, c'est qu'il n'y a même pas de signe égal.

  4. Intervenant 2

    C'est vrai que c'est difficile à concevoir pour nous aujourd'hui tellement on a l'habitude de nos formules.

  5. Intervenant 1

    Mais totalement ! À la place, ils utilisaient juste des mots, des phrases entières, presque de la poésie en fait, qu'il fallait lire et relire pour résoudre la moindre petite équation.

  6. Intervenant 2

    Exactement. Et c'est justement ce qui rend la période qu'on va aborder si fascinante.

  7. Intervenant 1

    Voilà. Et du coup, aujourd'hui, on plonge vraiment tête la première dans les mathématiques persanes du XIIIe siècle. On va s'appuyer sur un super article de la chercheuse Eleonora Sammarchi,

  8. Intervenant 2

    Oui, qui est directrice du projet SNF Medimat à l'Université de Berne. C'est important de le préciser.

  9. Intervenant 1

    Tout à fait. Et ses recherches mettent en lumière un savant assez incroyable, un certain Al-Zanjānī. Et en fait, à travers lui, c'est toute la bascule d'une discipline qu'on va observer.

  10. Intervenant 2

    Une bascule majeure, oui.

  11. Intervenant 1

    Parce que l'algèbre, à ce moment-là, ce n'est plus seulement un art hyper abstrait réservé à quelques initiés dans une tour d'ivoire. Ça devient une vraie matière qui est pensée et surtout structurée pour être enseignée.

  12. Intervenant 2

    Et ce qui est fascinant ici, c'est qu'il faut bien comprendre que ce style très littéraire dont tu parlais, les phrases et tout ça, c'est pas du tout un choix esthétique.

  13. Intervenant 1

    C'était pas pour faire joli, quoi.

  14. Intervenant 2

    Ah bah non, pas du tout. C'était vraiment la seule façon dont on concevait l'expression de la logique pure à ce moment-là. Cet art de l'algèbre, qu'on appelait le « ilm al-jabr » ou « al-mukabala »,

  15. Intervenant 1

    Ce qui veut dire la science de la restauration et de la comparaison, c'est ça ?

  16. Intervenant 2

    C'est ça, parfaitement. Eh bien, cet art ne s'est pas transformé soudainement juste par pur amour de l'abstraction. Le vrai moteur de cette évolution, c'est un besoin très humain, la contrainte de la transmission.

  17. Intervenant 1

    Bah oui, parce qu'il faut bien l'expliquer aux élèves.

  18. Intervenant 2

    Exactement. Quand tu as face à toi des étudiants qui doivent manipuler des concepts super complexes uniquement avec des mots, tu es un peu forcé de structurer ta pensée de manière radicalement différente.

  19. Intervenant 1

    C'est clair. Alors pour bien mesurer l'ampleur de ce défi, faut se demander ce qu'était concrètement l'algèbre pour un étudiant de cette époque, au XIIIe siècle. Faut pas s'imaginer qu'ils avaient un cours intitulé « Algèbre 101 » à la fac.

  20. Intervenant 2

    Ah ça non, c'était loin d'être une discipline indépendante.

  21. Intervenant 1

    Voilà. En fait, l'algèbre est considéré comme une toute petite sous-branche d'une science beaucoup plus vaste, le ilm al-hisab, la science du calcul.

  22. Intervenant 2

    Oui, l'arithmétique au sens large.

  23. Intervenant 1

    Moi, j'aime bien voir ça comme... Imagine que l'arithmétique, c'est un immense atelier de menuiserie. T'as des scies, des rabots, des marteaux, partout. Et l'algèbre, c'est juste un outil très pointu rangé tout au fond d'un tiroir. Un outil

  24. Intervenant 2

    qu'on sort que pour les occasions spéciales ?

  25. Intervenant 1

    Exactement. Il sert qu'à débloquer des situations très spécifiques. Et notre gars Al-Zanjani, qui travaillait d'ailleurs à Tabriz avec le très célèbre philosophe Nasir al-Din al-Tusi, eh bien lui, il connaît absolument tous les outils de l'atelier. C'est un touche-à-tout de génie. C'est ça. Le mec, il écrit sur la géométrie, il conçoit des manuels pour fabriquer des astrolabes, il touche même à la littérature. Et son idée de génie, c'est d'aller chercher les techniques classiques de l'arithmétique de base et de les adapter.

  26. Intervenant 2

    Pour créer de nouvelles règles pour cet outil algébrique, voilà.

  27. Intervenant 1

    Ouais, c'est le bricoleur ultime quoi.

  28. Intervenant 2

    Alors, si on relie ça à une vision plus globale, il faut quand même nuancer un peu cette image du bricoleur solitaire qui inventerait tout dans son garage.

  29. Intervenant 1

    Il partait pas de zéro.

  30. Intervenant 2

    Non, bien sûr que non. Al-Zanjānī, il s'inscrit dans une lignée vraiment prestigieuse. Des géants comme Al-Khawarizmi avaient déjà posé les premières briques bien avant lui.

  31. Intervenant 1

    Ah oui, Al-Khawarizmi, le père de l'algèbre.

  32. Intervenant 2

    Voilà. Et surtout, vers l'an 1000, on a le mathématicien Al-Kharadjī, qui avait déjà commencé à bien systématiser les opérations, comme extraire des racines carrées. Il avait même introduit les idées du vieux mathématicien grec Diophante.

  33. Intervenant 1

    D'accord. Donc Al-Zanjānī arrive après la bataille en quelque sorte.

  34. Intervenant 2

    Pas après la bataille, mais son coup de génie n'est pas tant dans la découverte de nouveaux outils, tu vois. C'est surtout dans sa capacité inouïe à reprendre tout ça, à le réorganiser et à le rendre digeste pour ses élèves.

  35. Intervenant 1

    Et justement, cette nécessité d'enseigner, ça nous amène tout droit à son chef-d'œuvre absolu. Un livre qui a été écrit sur mesure suite à une demande directe de ses propres élèves.

  36. Intervenant 2

    Traité en dix chapitres, oui.

  37. Intervenant 1

    Avec un titre qui claque, un truc qui sonne presque comme de la philosophie, la balance de l'équation.

  38. Intervenant 2

    Un titre magnifique.

  39. Intervenant 1

    Mais du coup, comment il s'y prend ? Puisque l'algèbre est purement rhétorique, tout en mots. Par exemple, pour l'inconnu, qu'on appellerait X aujourd'hui, il disait quoi déjà ?

  40. Intervenant 2

    Il l'appelait la chose.

  41. Intervenant 1

    La chose. Et pour notre X au carré ?

  42. Intervenant 2

    Il parlait de bien ou simplement de carré, tout s'écrit vraiment en toutes lettres.

  43. Intervenant 1

    C'est fou, et dans son livre, quand il explique la division avec juste ces mots-là, c'est une gymnastique mentale qui m'a complètement bluffé en lisant l'article.

  44. Intervenant 2

    Ah oui, l'approche de la division dans ce traité, c'est vraiment un exemple parfait de sa méthode pédagogique.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.