
21 août 2025 · 13 min
Multiplier de 6 à 10 sur ses doigts, étape par étape
Cet épisode suit les gestes d’une multiplication sur les doigts, puis éclaire le calcul qui transforme les doigts ouverts et repliés en résultat.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Bonjour à tous.
Intervenant 1
Alors aujourd'hui, on se lance dans une exploration vraiment fascinante. On va parler d'un article super intéressant qui s'intitule « Multiplier avec doigté ».
Intervenant 2
Ouais, un très beau sujet.
Intervenant 1
Et la mission de notre plongée du jour, c'est de comprendre comment nos ancêtres faisaient des maths. Enfin, je veux dire, avant les calculatrices, avant même les nombres écrits, ils utilisaient le seul outil qu'ils avaient sous la main, littéralement, leur propre corps.
Intervenant 2
Exactement, oui. C'est une véritable plongée aux racines même de notre pensée logique, en fait.
Intervenant 1
C'est ça. Et pour piquer un peu la curiosité de ceux qui nous écoutent, imaginons un instant qu'on doive multiplier, disons, 17 par 19 de tête.
Intervenant 2
Sans avoir appris ses tables, bien sûr.
Intervenant 1
Ah bah oui, sinon c'est de la triche. Mais voilà, comment on ferait sans papier ni stylo ? Eh bien, la réponse, elle se trouve au bout de nos bras.
Intervenant 2
Tout à fait. Et ça cache une rigueur mathématique que l'on ne soupçonne pas du tout au premier abord.
Intervenant 1
Ok, décortiquons tout ça. Il faut repartir du tout début, n'est-ce pas ? Le comptage, à la base, c'est pas né d'une espèce de révélation purement intellectuelle.
Intervenant 2
Non, pas du tout. C'est né d'une exigence de survie profondément ancrée dans notre physiologie. D'ailleurs, avant même d'avoir des mots pour les grands nombres, certaines tribus primitives n'avaient que trois concepts. Un, deux et beaucoup.
Intervenant 1
Et pourtant, ça ne les empêchait pas de gérer des immenses troupeaux. C'est ça qui est fou. Comment on sait qu'il manque une bête si on ne sait dire que beaucoup ?
Intervenant 2
C'est grâce à un mécanisme cognitif qu'on appelle le subitizing, couplé bien sûr à une perception très globale de l'espace.
Intervenant 1
Le subitizing ?
Intervenant 2
Oui, en gros, le cerveau est remarquablement câblé pour repérer un motif. Un berger, par exemple. Il ne compte pas ses brebis une par une. Il a une sorte de photographie mentale du groupe.
Intervenant 1
Ah, je vois. Donc si un loup mange un mouton, la géométrie du troupeau change et le berger le voit direct.
Intervenant 2
C'est exactement ça. C'est une reconnaissance de forme en fait, pas un calcul arithmétique. Mais bon, ça évite ses limites.
Intervenant 1
Ah oui, pour faire du troc précis, ça marche pas. On ne peut pas échanger des sacs de grains juste avec une image mentale. Et c'est là que le corps rentre en scène, comme une sorte de boulier géant, non ?
Intervenant 2
Ouais, tout à fait. Pour retenir un nombre précis, disons 15 brebis, on s'appuyait sur l'anatomie. On associait le comptage à un parcours sur le corps.
Intervenant 1
Genre 15, ça tombe sur le gros orteil gauche.
Intervenant 2
Voilà. Et on savait que si on s'arrêtait à l'orteil gauche, on avait le bon compte. Cette approche, très anthropomorphique, c'est la base de tous nos systèmes numériques.
Intervenant 1
D'ailleurs, Aristote en parlait déjà, non ?
Intervenant 2
Absolument. Il avait noté que les systèmes basés sur 5, 10 ou 20 ne sont pas là par magie. C'est juste le reflet naturel de nos 5 doigts, nos 10 doigts et nos 20 doigts et orteils réunis. La biologie a dicté les mathématiques.
Intervenant 1
C'est génial. Mais alors, ce qui me surprend dans cette source, c'est qu'il y a des exceptions incroyables. L'humanité n'a pas toujours compté avec la même logique.
Intervenant 2
Ah ça non. Il y a des anomalies, disons, d'une grande créativité. Certaines cultures aborigènes utilisaient un système binaire. Et au Brésil, une tribu a développé un système ternaire, donc en base 3.
Intervenant 1
En utilisant les articulations des doigts, c'est ça ?
Intervenant 2
Exactement. Au lieu du doigt entier, on compte les trois phalanges. Mais le plus radical, ça reste les indiens Yuki en Californie.
Intervenant 1
Oh oui, eux, ils comptaient en base 4. Et la méthode est tellement poétique, je trouve. Ils ne comptaient pas les doigts, mais les espaces vides entre les doigts.
Intervenant 2
C'est une vraie leçon d'abstraction. Un simple décalage du regard vers le vide et hop, on bascule dans un univers mathématique totalement différent, en base 4.
Intervenant 1
C'est fascinant. Et ce qui est fou, c'est que ces habitudes physiques, elles ont laissé des traces énormes dans nos langues. Par exemple, le mot « digit » en anglais.
Intervenant 2
Qui vient directement du latin « digitus », le doigt, oui.
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