
17 févr. 2024 · 16 min
Fractions égyptiennes : calculer sans nos fractions ?
Dans ce podcast, suivez les scribes puis Fibonacci pour découvrir comment décomposer les nombres en fractions unitaires mène à des conjectures modernes.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors aujourd'hui, on va commencer par imaginer un truc. On a un super gâteau devant nous, très appétissant.
Intervenant 2
D'accord, je visualise très bien le gâteau.
Intervenant 1
Et on veut le partager de manière équitable. Mais attention, il y a une contrainte de taille. C'est que le concept même de dire trois quarts, ça n'existe absolument pas.
Intervenant 2
Ah oui, donc impossible de dire ou même de penser qu'on va prendre trois quarts de cette pâtisserie.
Intervenant 1
Exactement. C'est impossible à écrire, impossible à formuler. Alors comment on fait pour formaliser ce partage ? Eh bien c'est le point de départ, un peu vertigineux, de notre nouvelle plongée au cœur des sources historiques d'aujourd'hui.
Intervenant 2
C'est un sacré défi.
Intervenant 1
N'est-ce pas ? On s'apprête à faire une véritable expédition dans une mathématique qui pourrait presque sembler extraterrestre pour nos esprits modernes, mais qui a pourtant posé les bases de l'ingénierie et de la géométrie de notre monde.
Intervenant 2
Absolument. L'objectif, c'est vraiment de décortiquer les mathématiques de l'Égypte antique et plus précisément de percer le mystère de leurs fameuses fractions.
Intervenant 1
Parce que derrière ce qui ressemble à un casse-tête exotique, il y a une logique implacable, non ?
Intervenant 2
Ah mais totalement ! Ce n'est pas juste une limitation primitive due à une époque lointaine. C'est une rigueur mathématique redoutable. C'est un système avec des règles combinatoires tellement complexes que ça passionne encore les chercheurs en théorie des nombres aujourd'hui.
Intervenant 1
C'est fou de se dire que des chercheurs bossent encore là-dessus. Mais pour aborder cette philosophie sans fausser notre regard, il y a un énorme piège à éviter, c'est l'anachronisme.
Intervenant 2
Voilà, il faut vraiment déconstruire nos réflexes modernes avant même d'ouvrir les papyrus.
Intervenant 1
Parce qu'on a tellement l'habitude de notre petite barre de fractions horizontales qu'on se rend même plus compte de la densité de l'information qu'elle contient.
Intervenant 2
C'est exactement ça. Notre écriture moderne d'une fraction, disons A sur B, c'est un concept ultra condensé. C'est une prouesse d'abstraction pure en fait.
Intervenant 1
Ça regroupe plein de choses en un seul symbole.
Intervenant 2
Dans un seul objet visuel, on réunit deux opérations fondamentales et contraires. En haut, le numérateur, la valeur a, ça agit comme un multiplicateur. Et en bas, le dénominateur b impose une division.
Intervenant 1
Donc on a littéralement fusionné la multiplication et la division en trois millimètres d'encre.
Intervenant 2
Voilà. Et prêter ce concept tel quel, avec cette fluidité-là, à la Mésopotamie ou à l'Égypte antique, c'est un anachronisme total.
Intervenant 1
C'est un peu comme juger un boulier antique avec les critères d'un tableur Excel, c'est pas tout le même outil.
Intervenant 2
J'aime beaucoup l'analogie, c'est exactement ça. Parce que les notions même de multiplication et de division, en tant qu'opérations indépendantes et formelles, elles n'étaient tout simplement pas définies dans ces cultures.
Intervenant 1
Attendez, pas définies du tout ? Mais comment ils faisaient leur compte alors ?
Intervenant 2
Eh bien, l'absence de formalisme abstrait ne les empêchait pas de gérer des parties fractionnaires au quotidien. Et c'est là qu'on voit un contraste historique fascinant entre les civilisations.
Intervenant 1
Ah oui, avec les Sumériens d'un côté.
Intervenant 2
C'est ça. En Mésopotamie, les Sumériens avaient des mathématiques tournées vers l'abstraction. C'était un peuple de commerçants internationaux, donc ils devaient tenir des comptabilités complexes, calculer des volumes de grains dans des greniers, anticiper des intérêts.
Intervenant 1
Donc des trucs très orientés business et spéculation. Ils allaient même jusqu'à résoudre des équations du second degré, c'est ça ?
Intervenant 2
Tout à fait, grâce à leur système sexagésimal. Mais de l'autre côté, en Égypte, la géographie impose une réalité radicalement différente.
Intervenant 1
Bah oui, eux, ils n'étaient pas focalisés sur le commerce de la même façon. C'étaient des paysans, avant tout.
Intervenant 2
Voilà. Et cette agriculture était soumise à une force implacable, le pouls même de leur civilisation, c'est-à-dire les crues du Nil.
Intervenant 1
Ah, les fameuses crues. Donc on n'est plus du tout sur des mathématiques de bureau pour spéculer sur des dettes. C'étaient des mathématiques de survie.
Intervenant 2
Exactement. Chaque année, le Nil débordait et déposait ce limon noir, qui était indispensable pour les cultures. Sauf que cette inondation effaçait littéralement toutes les frontières physiques des champs.
Intervenant 1
Toutes les bornes disparaissaient sous la boue.
Intervenant 2
C'est ça. Donc dès que l'eau se retirait, la survie économique de la région et la perception des impôts par le pharaon, tout ça dépendait d'une chose, la capacité à redéfinir le cadastre à une vitesse grand V.
Intervenant 1
D'où les fameux tendeurs de cordes, ces arpenteurs égyptiens qui pataugeaient dans la boue fraîche pour remesurer les surfaces. C'est une géométrie de terrain pure et dure.
Intervenant 2
Et très empirique. Sauf que quand on mesure des parcelles physiques, on tombe très rarement sur des nombres entiers parfaits.
Intervenant 1
C'est clair, il y a toujours un petit bout qui dépasse.
Intervenant 2
Voilà, il fallait inévitablement gérer des morceaux de terrain, donc des fractions.
Intervenant 1
Mais alors s'ils n'avaient pas nos opérations de base pour recalculer tout ça, comment ils faisaient concrètement ?
Intervenant 2
La réponse se trouve dans des documents incroyables. Et la star incontestée, c'est le papyrus Rind.
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