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10 févr. 2025 · 24 min

Amateurs en maths : quand des certitudes vacillent

Dans cet épisode, suivez plusieurs passionnés, de leur curiosité personnelle aux résultats reconnus qui ont bousculé des attentes sur les pavages, le pliage ou Pythagore.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Ah, ça c'est une belle énergie pour commencer.

  3. Intervenant 1

    Bah écoute, je suis ravie d'être là. Surtout pour le sujet du jour. Imaginons en instant la conception du carrelage d'une salle de bain. Le but classique, en fait, c'est de trouver un motif rectangulaire ou hexagonal qui va se répéter à l'infini.

  4. Intervenant 2

    Ouais, un truc très prévisible, très carré quoi.

  5. Intervenant 1

    C'est ça. Mais maintenant, si on ajoute une contrainte totalement folle. On exige que ce sol infini soit pavé sans qu'absolument aucun schéma visuel ne se répète jamais, à l'identique.

  6. Intervenant 2

    Le fameux meséra à pavage à périodique ?

  7. Intervenant 1

    Exactement. Pendant des décennies, trouver une forme unique capable de faire ça, ça relevait du fantasme mathématique pur et dur. Et le plus fou, c'est que la personne qui a fini par trouver la solution, super récemment d'ailleurs, elle n'a jamais mis les pieds dans un laboratoire de recherche. C'est

  8. Intervenant 2

    complètement dingue.

  9. Intervenant 1

    C'est un technicien d'imprimerie à la retraite qui découpait de simples bouts de carton sur la table de sa cuisine. Et si la prochaine grande découverte scientifique venait de quelqu'un sans aucun diplôme ?

  10. Intervenant 2

    Et bien c'est l'illustration vraiment parfaite de notre plongée du jour. On décortique aujourd'hui les sources d'un article fascinant intitulé « Ils ont trouvé ». Et la mission de notre exploration aujourd'hui, c'est de comprendre comment des individus totalement extérieurs au système académique

  11. Intervenant 1

    traditionnel,

  12. Intervenant 2

    des mères de famille aussi, comment ces gens réussissent à briser les murs de cette citadelle réputée hyper imprenable qu'est la recherche

  13. Intervenant 1

    mathématique. Décortiquons tout ça, reprenons l'histoire de ce carrelage infini. On est en 2023 en Angleterre. David Smith, 64 ans, tout juste retraité, s'attaque à ce que la communauté géométrique appelle le problème Einstein.

  14. Intervenant 2

    Ah, le fameux !

  15. Intervenant 1

    Et là, je précise tout de suite que ce mot allemand, Einstein, ça signifie simplement une seule pierre ou un pavé. Ça n'a vraiment aucun lien avec le physicien Albert Einstein.

  16. Intervenant 2

    C'est vrai que la confusion est super courante.

  17. Intervenant 1

    Mais du coup, le Graal, c'était de trouver cette fameuse tuile unique. Comment un retraité a-t-il pu réussir là où les algorithmes modernes, ils tournaient en rond ?

  18. Intervenant 2

    En fait, par une approche presque purement tactile et visuelle.

  19. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  20. Intervenant 2

    Smith se décrit lui-même comme un bricoleur imaginatif de formes. Il n'a pas écrit des lignes de code, il a manipulé physiquement des morceaux de carton.

  21. Intervenant 1

    Sur sa table de cuisine donc ?

  22. Intervenant 2

    C'est ça. Et il a fini par isoler un polygone très spécifique à 13 côtés qu'il a baptisé le chapeau. La magie de cette forme, c'est vraiment la mécanique de ses angles.

  23. Intervenant 1

    Ok, je vois.

  24. Intervenant 2

    Ces bords sont disposés d'une telle manière qu'ils forcent la tuile suivante à pivoter ou à s'emboîter avec un décalage. Et ça, ça détruit instantanément toute possibilité de créer une symétrie de translation.

  25. Intervenant 1

    En gros, les angles interdisent physiquement à la ligne de carrelage de se répéter.

  26. Intervenant 2

    Exactement. L'intuition visuelle à l'état pur. Il a ensuite contacté trois universitaires pour valider ça rigoureusement.

  27. Intervenant 1

    Mais attends, je dois admettre que j'ai eu une certaine perplexité en lisant les détails de cette

  28. Intervenant 2

    découverte. Sur quel point ?

  29. Intervenant 1

    L'article précise que pour que ce pavage à périodiques fonctionne, Schmitt et l'équipe ont dû utiliser la tuile et son reflet. Ah

  30. Intervenant 2

    oui, sont symétriques.

  31. Intervenant 1

    Voilà, il faut littéralement retourner la forme, comme une crêpe, pour que ça marche. Du coup, est-ce qu'on peut vraiment parler d'une seule tuile ?

  32. Intervenant 2

    C'est la grande question.

  33. Intervenant 1

    Bah oui. Un gant droit et un gant gauche, c'est pas le même objet. Si on impose ça à un carreleur professionnel, il risque de dire que c'est de la triche, non ?

  34. Intervenant 2

    Bah c'est une critique extrêmement pertinente. Et c'est exactement l'objection que la communauté mathématique mondiale a opposée à cette équipe quand ils ont publié.

  35. Intervenant 1

    Ah, tu m'étonnes.

  36. Intervenant 2

    L'utilisation du reflet, ça semblait un peu contourner l'esprit initial du problème Einstein. Mais c'est là que la collaboration entre l'intuition de l'amateur et la rigueur académique a frappé un grand coup.

  37. Intervenant 1

    Ils n'ont pas baissé les

  38. Intervenant 2

    bras. Non, pas du tout. À peine trois mois plus tard, en ajustant les arêtes de ce fameux chapeau, ils ont accouché d'une mutation de la forme originelle. Ils ont remplacé les lignes droites par des courbes très spécifiques.

  39. Intervenant 1

    Ce qui a donné naissance à ce qu'ils ont appelé le spectre.

  40. Intervenant 2

    Ou le vampire, oui.

  41. Intervenant 1

    J'adore ce nom.

  42. Intervenant 2

    Le surnom de vampire, ça vient d'une blague géométrique, en fait. Comme un vampire, cette forme n'a pas de reflet.

  43. Intervenant 1

    Ah,

  44. Intervenant 2

    très bon. Le spectre, c'est une tuile qui comporte 14 bords arrondis et qui pavent l'infini, de manière totalement apériodique, mais en restant toujours sur la même face.

  45. Intervenant 1

    C'est dingue !

  46. Intervenant 2

    La courbure des bords agit un peu comme un système de détrompeur mécanique, ça force un agencement asymétrique perpétuel.

  47. Intervenant 1

    C'est un aboutissement spectaculaire. Mais du coup, est-ce que le dossier est clos ? Y a-t-il encore quelque chose à découvrir sur ce sujet précis ?

  48. Intervenant 2

    Absolument, le dossier n'est pas fermé. Le spectre résout le problème, mais avec des bords courbes. La question qui torture encore les géomètres aujourd'hui, c'est de savoir s'il existe un polygone à bord strictement droit, capable du même exploit.

  49. Intervenant 1

    Sans utiliser son reflet donc ?

  50. Intervenant 2

    Voilà. Uniquement des arêtes parfaitement droites sur une seule face. Et ça, c'est un mystère qui reste entier.

  51. Intervenant 1

    C'est fou. Il suffit donc de s'armer d'une paire de ciseaux et d'une bonne dose de patience.

  52. Intervenant 2

    Totalement.

  53. Intervenant 1

    Cette histoire d'un amateur qui renverse un problème réputé insoluble, ça amène naturellement à repenser la façon dont la science gère ses propres certitudes.

  54. Intervenant 2

    C'est un vrai sujet.

  55. Intervenant 1

    Parce que c'est pas la première fois que la géométrie se fait donner une leçon par une personne non diplômée. Faisons un saut dans les années 70.

  56. Intervenant 2

    Une affaire qui montre à quel point l'argument d'autorité peut aveugler la recherche.

  57. Intervenant 1

    Exactement. On pose le décor, le pentagone, régulier. Celui avec ses cinq côtés égaux, on sait qu'il ne peut pas paver le plan.

  58. Intervenant 2

    Non, ses angles ne s'emboîtent pas pour faire 360 degrés.

  59. Intervenant 1

    Voilà. Cependant, si on déforme ce pentagone en changeant la longueur de ses côtés et ses angles, certains pavages deviennent possibles.

  60. Intervenant 2

    Oui, et en 1918, le mathématicien allemand Karl August Reinhardt avait classifié cinq types de pentagones capables de paver le plan.

  61. Intervenant 1

    Et un demi-sècle plus tard, en 68, un certain Richard Brandon Kirchner annonce en avoir trouvé trois de plus.

  62. Intervenant 2

    On arrive donc à un total de huit.

  63. Intervenant 1

    Sauf que Kirchner ne s'arrête pas là. Il publie une déclaration affirmant de manière hyper catégorique que la liste est définitivement close.

  64. Intervenant 2

    Ah oui, l'arrogance académique classique.

  65. Intervenant 1

    Absolue qu'aucun autre pentagone ne peut paver le plan. Et il précise au passage que sa démonstration est tellement complexe qu'il ne va même pas prendre la peine de la publier dans l'immédiat.

  66. Intervenant 2

    C'est terrible de faire ça. C'est l'équivalent académique d'un mur de briques érigé sur la route du savoir. Et le pire, c'est que le monde scientifique l'a cru, simplement à cause de son statut.

  67. Intervenant 1

    Personne n'a vérifié.

  68. Intervenant 2

    Personne. Sauf qu'en 1975, le célèbre chroniqueur Martin Gardner écrit un article sur cette prétendue limite définitive dans la revue scientifique américaine.

  69. Intervenant 1

    Et c'est ce magazine précis qui atterrit sur la table de cuisine d'une femme au foyer californienne, Marjorie Rice.

  70. Intervenant 2

    Ah, Marjorie Rice !

  71. Intervenant 1

    C'est là que ça devient vraiment intéressant. Marjorie Rice, elle n'a aucune formation universitaire. Zéro.

  72. Intervenant 2

    Elle gérait ses cinq enfants à la maison, c'est ça ?

  73. Intervenant 1

    Ouais, mère de famille nombreuse.

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