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2 déc. 2020 · 17 min

Science ouverte : des revues coûteuses aux archives libres

L’épisode remonte de l’ancien circuit des revues au combat de Tim Gowers, puis à ArXiv et HAL, pour suivre un chantier encore inachevé.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est vraiment un immense plaisir d'accueillir toutes les personnes qui écoutent cette nouvelle exploration. Aujourd'hui, on va parler d'un truc, enfin d'une situation qui paraît presque irréale quand on y pense.

  2. Intervenant 2

    Ah bah c'est clair que le monde de l'édition scientifique c'est un univers à part. Bonjour à tout le monde d'ailleurs.

  3. Intervenant 1

    Ouais parce que imaginez une seconde une industrie mondiale dont les marges de profit rivalisent direct avec les géants de la tech genre Apple ou Google tu

  4. Intervenant 2

    vois.

  5. Intervenant 1

    Et dans cette industrie, la matière première elle est fournie totalement gratuitement par les clients eux-mêmes. Le contrôle qualité est fait bénévolement par ces mêmes clients. Et à la fin, ce riffle sur le gâteau, on oblige ses créateurs à payer des fortunes absolues pour racheter leur propre travail.

  6. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Et le pire, c'est que ce n'est pas un scénario de science-fiction dystopique ou un truc inventé. C'est vraiment le modèle économique réel et historique de l'édition scientifique.

  7. Intervenant 1

    C'est dingue. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, on plonge dans un article vraiment fascinant qui s'intitule « Vers une science ouverte ». On y découvre comment les mathématiciens ont carrément décidé de tout faire exploser.

  8. Intervenant 2

    Et le terme d'explosion est même plutôt mesuré au vu des événements, je dirais. L'enjeu de notre discussion aujourd'hui, c'est vraiment de comprendre comment les esprits les plus brillants de notre époque, des chercheurs qui sont quand même habitués à une rigueur extrême, comment ils se rebellent.

  9. Intervenant 1

    Ouais, ils ont trouvé la faille, quoi.

  10. Intervenant 2

    Exactement. Ils ont identifié une faille massive dans ce système établi pour rendre le savoir accessible à tous, sans aucune barrière financière.

  11. Intervenant 1

    Ok. Décortiquons tout ça. Parce qu'avant de comprendre comment on partage la science aujourd'hui et surtout pourquoi il y a eu une telle fronde, il faut d'abord saisir qui sont ces personnes. On a souvent, tu sais, cette image un peu cliché du mathématicien isolé devant son tableau noir avec ses équations que personne ne comprend.

  12. Intervenant 2

    C'est le gros stéréotype,

  13. Intervenant 1

    ouais. Voilà. Mais du coup, comment pensent réellement ceux qui font cette science ?

  14. Intervenant 2

    En fait, l'article nous offre une clé de lecture super intéressante en s'appuyant sur un mathématicien qui s'appelle Tim Gowers. C'est un professeur à l'université de Cambridge, un chercheur vraiment d'une envergure exceptionnelle. Et Gowers, en s'inspirant d'autres légendes comme Paul Erdos ou Sir Michael Francis Attia, il a théorisé un truc. Il explique qu'il y a en fait deux grandes cultures chez les mathématiciens.

  15. Intervenant 1

    Attends donc, la communauté, ce n'est pas juste un gros bloc homogène. Il y aurait deux camps rivaux.

  16. Intervenant 2

    Alors, ce n'est pas vraiment une question de rivalité. C'est plutôt une question d'objectif cognitif, si on veut. D'un côté, tu as ce qu'on appelle les bâtisseurs de théorie.

  17. Intervenant 1

    D'accord.

  18. Intervenant 2

    Eux, leur but, c'est de s'intéresser aux grandes structures, aux fondations, en fait. Ils veulent créer un cadre global pour comprendre les lois universelles de tout un domaine.

  19. Intervenant 1

    Ouais, c'est les architectes, quoi.

  20. Intervenant 2

    C'est ça. Et de l'autre côté, t'as ceux dont l'objectif premier, c'est de résoudre des problèmes ultra spécifiques. On leur donne une énigme complexe, un nœud mathématique bien précis, et ils vont inventer l'outil sur mesure pour le dénouer.

  21. Intervenant 1

    Ah, je vois. C'est un peu comme si, pour l'analogie, on avait d'un côté des détectives qui sont complètement obsédés par la résolution d'une affaire criminelle très très précise, et de l'autre côté, des urbanistes qui dessinent carrément le plan de toute une ville.

  22. Intervenant 2

    C'est une super métaphore. Et évidemment, chaque chercheur navigue un peu entre les deux eaux, mais on a souvent une prédisposition naturelle pour l'un ou pour l'autre.

  23. Intervenant 1

    Et soudain, on a Gowers. Il fait quoi, lui, là-dedans ?

  24. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est que Gowers, à l'origine, c'est plutôt notre détective. Il travaillait sur des problèmes hyper spécifiques en combinatoire.

  25. Intervenant 1

    La combinatoire, c'est l'art de compter des trucs discrets, c'est ça ?

  26. Intervenant 2

    Voilà. Pour faire très simple, c'est l'étude des structures discrètes et finies. Arranger des graphes, combiner des éléments de manière optimale. On est dans le monde du fini. Mais pour résoudre une de ces affaires criminelles en combinatoire, il a fait un truc impensable.

  27. Intervenant 1

    Quoi donc ?

  28. Intervenant 2

    Il a utilisé ces techniques de détective du fini pour percer les mystères d'un domaine qui est fondamentalement opposé, la théorie des espaces de Banache.

  29. Intervenant 1

    Oula, les espaces de Banache, ça sonne compliqué.

  30. Intervenant 2

    Ça relève de l'analyse fonctionnelle en fait. Contrairement à la combinatoire, là on étudie des espaces à dimensions infinies. C'est continu, c'est abstrait, ça touche à la géométrie profonde. Historiquement, c'était vraiment deux langages qui ne se parlaient pas du tout.

  31. Intervenant 1

    Mais du coup, pour reprendre mon analogie, c'est comme si Gowers, le détective, se rendait compte que pour attraper son coupable, il devait redessiner tout le plan de la ville des urbanistes.

  32. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Le rapprochement paraissait totalement contre nature à l'époque. Prouver des théorèmes sur des espaces continus, infinis, avec des outils de combinatoire, c'est un véritable tour de force intellectuelle.

  33. Intervenant 1

    J'imagine que la communauté a dû halluciner ?

  34. Intervenant 2

    Ouais, ce pont qu'il a créé a permis de répondre à des questions qui bloquaient tout le monde depuis des décennies. Et c'est pour cet exploit improbable qu'il a reçu la médaille Fields en 1998. La récompense suprême en maths.

  35. Intervenant 1

    Wow. Mais tu sais, en y repensant, si ce génie avait juste gardé sa méthode pour lui, s'il avait publié que le résultat final, tout propre, personne d'autre n'aurait pu utiliser ce pont entre le fini et l'infini.

  36. Intervenant 2

    C'est tout le cœur du problème.

  37. Intervenant 1

    D'où ce besoin viscéral de partager la méthode, le brouillon.

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