
21 déc. 2023 · 16 min
Gilles Cohen : pourquoi a-t-il misé sur les jeux ?
Dans ce podcast, suivez son parcours du bridge à Tangente et découvrez comment revues, concours et salons ont prolongé son pari pour partager les maths.
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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente. On est vraiment ravis d'ouvrir cette nouvelle exploration aujourd'hui. Un grand merci à ceux qui nous écoutent.
Intervenant 2
Salut Sam. Oui, bienvenue tout le monde. On a un programme super intense et je crois qu'on a tous hâte d'y plonger.
Intervenant 1
Absolument. Et on va commencer tout de suite avec une anecdote qui, franchement, m'a laissé sans voix quand on a préparé ce sujet. Imagine la scène. On est en 2008.
Intervenant 2
Ouais, une année charnière pour le coup.
Intervenant 1
C'est ça. Un dossier arrive sur un bureau, au ministère de la Culture. C'est une demande de subvention pour un projet assez novateur, un truc autour des mathématiques.
Intervenant 2
Jusqu'ici tout va bien.
Intervenant 1
Sauf que quelques semaines plus tard, la réponse officielle tombe. Implacable. La subvention est refusée. Mais le pire, c'est le motif, un fait. Le ministère affirme de noir sur blanc que les mathématiques, ça ne relève pas de la culture, que ça appartient exclusivement au domaine de la recherche scientifique. Ils ont carrément redirigé le porteur du projet vers le ministère de la Recherche.
Intervenant 2
C'est fou, ils ont juste balayé d'un revers de main l'idée que manier les nombres, ça puisse avoir sa place à côté de la littérature ou de la musique quoi.
Intervenant 1
Mais exactement ! Et cette décision bureaucratique, elle est d'ailleurs consignée dans l'éditorial du livre Culture Maths, publié cette même année. Et ça illustre un mal super profond, tu trouves pas ?
Intervenant 2
Complètement, c'est un mal très ancré dans notre perception contemporaine des maths. D'ailleurs, l'auteur de cet éditorial c'est Gilles Cohen. Et lui, il décortiquait très bien les conséquences vraiment désastreuses de cette ségrégation.
Intervenant 1
Il parlait d'un double préjudice, c'est ça ?
Intervenant 2
Oui, c'est ça. D'un côté, tu enfermes les mathématiciens dans une espèce de ghetto stérilisant.
Intervenant 1
Une tour d'ivoire quoi.
Intervenant 2
Voilà, où le dialogue se limite juste à des publications entre pairs. Et d'un autre côté, et c'est peut-être le plus grave, on ampute la culture générale du grand public d'un outil d'analyse qui est juste fondamental.
Intervenant 1
Ben oui, parce que sans une culture mathématique de base, sans comprendre un minimum la logique ou les probabilités,
Intervenant 2
l'esprit critique vacille tout simplement face aux statistiques, aux sondages qu'on voit tous les jours ou même aux algorithmes qui régissent nos vies maintenant.
Intervenant 1
C'est une véritable amputation intellectuelle. Et justement, notre mission aujourd'hui, c'est de comprendre comment cette aberration a été combattue de l'intérieur. On s'est plongé dans une montagne d'archives, de revues, d'éditoriaux qui retracent la vie de ce même Gilles Cohen.
Intervenant 2
Un homme qui a vraiment consacré sa vie entière à dynamiter cette frontière complètement artificielle.
Intervenant 1
Exactement. Et en analysant ces documents, on découvre une stratégie fascinante. On est super loin des approches académiques ennuyeuses. L'idée, c'était vraiment de prouver que les mathématiques, c'est la culture par excellence.
Intervenant 2
Et pour bien comprendre la mécanique de sa stratégie, faut vraiment regarder ses premières armes. On a affaire à un esprit super véloce. Le gars, il intègre l'école normale de Saint-Cloud à seulement 18 ans.
Intervenant 1
Ah ouais, 18 ans, c'est pas rien.
Intervenant 2
Pas du tout. Et dès 1974, il publie ses premiers recueils de problèmes chez Hattier avec Gérard Cornouez-Jols. Des trucs destinés aux terminales scientifiques, aux jeunes universitaires.
Intervenant 1
Donc là, on est encore dans un schéma assez classique, on va dire. Le bon élève qui fait des manuels.
Intervenant 2
Voilà. Mais la bascule, elle s'opère très vite. Il refuse de s'enfermer dans la recherche fondamentale pure et dure. À la place, il va s'immerger totalement dans l'univers des jeux de l'esprit.
Intervenant 1
Le bridge, notamment.
Intervenant 2
Surtout le bridgeway. Jusqu'à coordonner le livre des jeux chez Bordas en 86. Et ça, c'est un pivot méthodologique majeur.
Intervenant 1
Moi, en lisant ça, j'ai tout de suite pensé à la stratégie du cheval de Troie.
Intervenant 2
Ah, c'est une super image.
Intervenant 1
Bah oui, imagine. T'es face à une forteresse impénétrable. Les maths, avec tout ce que ça implique pour beaucoup de gens, les mauvais souvenirs de l'école, les tables noires, l'angoisse de l'équation.
Intervenant 2
Les sueurs froides devant la copie blanche.
Intervenant 1
C'est ça. Du coup, l'approche frontale, elle marche pas. Si tu dis aux gens « allez, on s'assoit et on fait de l'algèbre », c'est le rejet immédiat.
Intervenant 2
C'est clair.
Intervenant 1
Alors, qu'est-ce qu'on fait ? On construit une belle structure en bois, un truc séduisant, ludique, une partie de carte, un casse-tête, une petite énigme de logique.
Intervenant 2
Le public abaisse le pont-levis de lui-même.
Intervenant 1
Exactement. Il laisse entrer l'amusement. Et une fois que c'est à l'intérieur, boum. Les véritables concepts mathématiques déploient toute leur force. Sans même s'en rendre compte, les gens font de la combinatoire, de la théorie des graphes.
Intervenant 2
Et c'est redoutablement efficace d'un point de vue cognitif. En psychologie de l'apprentissage, on sait très bien que l'anxiété liée au maths, ça bloque littéralement la mémoire de travail.
Intervenant 1
Le cerveau freeze en fait.
Intervenant 2
Totalement. Mais si tu remplaces le contexte stressant de l'évaluation par celui du jeu, tu contournes l'amygdale.
Intervenant 1
Le centre de la peur dans le cerveau.
Intervenant 2
Exactement. Le joueur ne voit plus la menace d'une mauvaise note. Il voit juste un mystère hyper cool à résoudre. Prends une main de bridge, par exemple.
Intervenant 1
Vas-y.
Intervenant 2
Quand tu dois évaluer les probabilités de répartition des cartes chez tes adversaires ou anticiper les levées en fonction des enchères d'avant, c'est purement de la théorie des probabilités.
Intervenant 1
De l'optimisation sous contrainte même.
Intervenant 2
Ouais, de la modélisation mathématique appliquée. Mais l'habillage ludique, il la rend complètement invisible.
Intervenant 1
C'est du génie. Et cette infiltration, elle trouve vraiment son apothéose en 97, en plein cœur de la presse grand public.
Intervenant 2
Ah oui, avec Le Monde.
Intervenant 1
C'est ça. Le lecteur lambda, il ouvre son journal le matin pour lire les actus politiques ou économiques. Et là, bam ! Au détour d'une page, il tombe sur la rubrique hebdomadaire « affaires de logique ».
Intervenant 2
Tenu par Gilles Cohen et Elisabeth Busser.
Intervenant 1
Rejoint plus tard par Jean-Louis Legrand, d'ailleurs. Ils ont littéralement posé les équations sur la table du petit déjeuner.
Intervenant 2
C'est un détournement d'attention monumental. Et l'intelligence de cette rubrique, c'est sa forme. C'est jamais un exercice avec des X et des Y.
Intervenant 1
Jamais de jargon.
Intervenant 2
Jamais. L'énigme, c'est souvent un petit récit, une situation absurde.
Intervenant 1
Ou un paradoxe visuel de géométrie, genre trouver le chemin le plus court sur un cube. Oh, tu te souviens du problème d'héritage avec les chameaux ?
Intervenant 2
Ah oui, les fractions complexes cachées dans une histoire de bédouin incroyable.
Intervenant 1
Le lecteur, il se prend au jeu dans le métro. Le raisonnement déductif, il se met aux marches tout seul. C'est une désacralisation totale. On passe du labo universitaire à la machine à café.
Intervenant 2
Mais là, il y a quand même un truc qui me chiffonne, un genre d'angle mort dans cette approche.
Intervenant 1
Ah bon ? Lequel ? On vient de dire que le but ultime, c'est de fuir le traumatisme de l'école, de contourner l'angoisse de la feuille d'examen.
Intervenant 2
Oui.
Intervenant 1
Et pourtant, en 87, il crée le championnat de France des jeux mathématiques et logiques avec des chronomètres, des sélections, des classements.
Intervenant 2
Ah, je vois où tu veux en venir.
Intervenant 1
C'est la réplique exacte de la pression scolaire, non ? On remet les gens dans l'arène avec du stress, de la compète. Ça risque pas de recréer l'angoisse qu'on essaye de fuir.
Intervenant 2
C'est une super question et la confusion est super naturelle. Parce que oui, la forme se ressemble. Mais la différence psychologique, elle est gigantesque.
Intervenant 1
Gilles Cohen entre l'école et le championnat, tu veux dire ?
Intervenant 2
Ouais. L'évaluation scolaire, tu l'as subie. Elle te classe, elle sanctionne, elle peut même déterminer toute ton orientation pro. L'enjeu, il est terrifiant quand tu y penses.
Intervenant 1
C'est clair.
Intervenant 2
Alors que la compétition, le DIC, ça repose sur 100% de volontariat. C'est l'esprit du dépassement de soi, comme dans le sport en fait. L'adrénaline que tu ressens avec un chronomètre dans un championnat, ça n'a absolument rien à voir avec la peur du prof de maths sévère.
Intervenant 1
C'est le bon stress quoi.
Intervenant 2
Exactement. Et franchement, l'engouement massif pour ces championnats, c'est la meilleure preuve que ça marche.
Intervenant 1
Les chiffres sont délirants, près de 50 000 participants. On parle de dizaines de milliers de personnes qui se disent, allez ce week-end, au lieu de regarder la télé, je vais m'asseoir et résoudre des problèmes de logique.
Intervenant 2
De leur plein gré.
Intervenant 1
C'est ça. Et je pense que la clé, c'est que c'était ouvert à tous. Il y avait des catégories pour les collégiens, les lycéens, mais surtout une catégorie open pour le grand public, le décloisonnement total.
Intervenant 2
Et ce décloisonnement entre les générations, ça a été un vrai accélérateur. Très vite, ça a dépassé la France.
Intervenant 1
La Belgique, la Suisse, l'Italie,
Intervenant 2
le Maghreb aussi. Des fédérations entières se sont montées et pour canaliser toute cette énergie dingue, il y a des structures inédites qui sont apparues. Moi, il y a un truc qui m'a marqué, c'est l'UME, l'université mathématique d'été.
Intervenant 1
De 91 à 2003, c'est ça ? Oui.
Intervenant 2
Sur le papier, tu dis proposer à des ados de passer une semaine de leurs vacances d'été enfermés pour faire des maths.
Intervenant 1
C'est une punition.
Intervenant 2
Bah ouais, ça semble voué à l'échec total. Et pourtant, c'était complet à chaque fois. Parce que la dynamique collective, le fait d'être entre passionnés sans aucune pression de programme officiel, ça a transformé ses séjours en vrais incubateurs de vocation.
Intervenant 1
C'est tout un écosystème qui se met en branle. Et ça devient institutionnel en 93 avec la création du CIJM, le Comité international des jeux mathématiques.
Intervenant 2
Avec une devise parfaite.
Intervenant 1
Ensemble, nous sommes plus forts pour faire aimer les mathématiques. Il n'y a pas d'ambiguïté.
Intervenant 2
Et la vitrine de tout ça, c'est le grand salon culture et jeux mathématiques à Paris.
Intervenant 1
Oh, l'ambiance de ce salon !
Intervenant 2
Mais c'est un contraste visuel de dingue. T'es en plein air, place Saint-Sulpice, t'as jusqu'à 10 000 visiteurs qui se baladent.
Intervenant 1
Au milieu des pavages géants.
Intervenant 2
Des concours de calcul mental, des objets en 3D à manipuler dans tous les sens. On est à des années-lumière du silence de mort d'une bibliothèque universitaire. C'est une vraie fête foraine de la réflexion. C'est l'aboutissement parfait de cette fameuse stratégie de l'espace public. Sauf que, un événement annuel, même hyper populaire, ça ne suffit pas à créer une culture au quotidien.
Intervenant 1
Il faut entretenir la flamme le reste de l'année.
Intervenant 2
Exactement. Il faut s'immiscer dans les habitudes des gens. Et c'est là que l'année 87 revient en force dans notre chronologie. C'est le lancement du magazine Tangente.
Intervenant 1
Au sein des éditions Archimède au départ, avec Jean-Pierre Boudine comme rédacteur en chef et le soutien direct de la Fédération de Gilles Cohen.
Intervenant 2
Qui est d'ailleurs dans l'équipe éditoriale dès le numéro 1.
Intervenant 1
Et au début, le magazine y trouve son public, mais dans un cadre assez protégé. Il est vendu sur abonnement, surtout dans les écoles, lu par des profs et des élèves qui aiment déjà les maths.
Intervenant 2
Un terrain super sécurisant
Intervenant 1
en gros. Voilà. Mais en 96, quand Gilles Cohen devient rédacteur en chef, il fait un truc, mais d'une brutalité stratégique. Il décide d'arracher le magazine de ce petit cocon et de le jeter dans l'arène.
Intervenant 2
Les kiosques grand public.
Intervenant 1
Mais oui, il veut imposer une revue de maths au milieu des magazines People, des revues de voitures, de la presse actu.
Intervenant 2
Et financièrement parlant, c'est un saut dans le vide absolu. L'écosystème des kiosques, c'est impitoyable.
Intervenant 1
C'est clair.
Intervenant 2
Pour être visible, tu dois imprimer beaucoup plus que ce que tu vends. Donc ça implique des coûts de pilonnage, la destruction des invendus, qui sont astronomiques.
Intervenant 1
Et ses partenaires de l'époque, ils flippent, non ?
Intervenant 2
Ah bah, ils refusent catégoriquement de le suivre. Le projet est jugé beaucoup trop risqué pour une revue de niche. Mais face à ce blocage, qu'est-ce qu'il fait ? En 2001, il rachète carrément le titre lui-même.
Intervenant 1
Avec sa boîte, les Éditions POLE, qu'il avait fondée en 90. Exact. D'ailleurs, quand tu vois P-O-L-E, tu te dis, ça doit être un acronyme hyper pointu, un truc sur la géométrie spatiale, les coordonnées polaires de l'analyse complexe.
Intervenant 2
Ah, la blague.
Intervenant 1
Ben pas du tout. Rien à voir avec les coniques. Ça veut dire production et organisation du loisir éducatif.
Intervenant 2
Ça sonne comme le nom d'une usine.
Intervenant 1
Mais c'est exactement ce que ça va devenir.
Intervenant 2
Une véritable usine à contenu, avec une diversification juste fulgurante.
Intervenant 1
Il sortait quoi,
Intervenant 2
concrètement ? Des dizaines de livres d'énigmes, des manuels de bridge, des jeux d'échecs et puis du multisupport. Dès 90, ils font de la télé.
Intervenant 1
La télé ?
Intervenant 2
Ouais, 7 épisodes de l'émission Tangente sur FR3, puis de la radio avec Épreuves par neuf sur France Culture. Et la presse écrite, ça explose. Le rachat de Tangente Jeux et Stratégies, de Jouets Bridge, la création de Tangente et Sup en 98.
Intervenant 1
Et même Enigma X pourrait pré-ado plus tard.
Intervenant 2
Sans oublier la fameuse bibliothèque Tangente dans toutes les bonnes librairies.
Intervenant 1
Une cadence phénoménale. Mais bon, faut quand même nuancer. Tout n'a pas été un triomphe magique. Il y a eu des murs, notamment face à l'institution scolaire.
Intervenant 2
Ouais, la collection Aventure Maths.
Intervenant 1
C'est ça. Ces manuels scolaires conçus avec son équipe, ça n'a pas du tout percé. Et je trouve ça super intéressant parce que ça montre bien les limites du modèle.
Intervenant 2
C'est-à-dire ?
Intervenant 1
La méthode, elle marchait justement parce qu'elle était subversive, parce qu'elle fuyait l'école. Dès qu'ils ont essayé de se plier aux règles super rigides d'un manuel classique de l'éducation nationale, ils ont perdu cette aura de rébellion.
Intervenant 2
La trait du jeu disparaît sous la contrainte, c'est logique. Et puis, au-delà de cet échec-là, la survie même des Éditions POLE, ça a été un chemin de croix face aux crises extérieures.
Intervenant 1
Maintenir une presse indépendante en vie pendant 20 ans, c'est un miracle, surtout avec la faillite de Prestalis.
Intervenant 2
Ah oui, le grand distributeur de presse, un vrai séisme financier. Ça a avalé la trésorerie de plein d'éditeurs, plein de magazines ont mis la clé sous la porte.
Intervenant 1
Et après ça, bim, la pandémie de Covid.
Intervenant 2
Les points de vente fermés et juste derrière, l'explosion historique du prix du papier. Les marges dans la presse papier, c'est déjà ridicule, mais là, elles ont été pulvérisées.
Intervenant 1
Mais alors, comment ils ont survécu à tout ça ? Parce qu'on ne parle pas de montage financier obscur pour les sauver.
Intervenant 2
Non, le salut, il est venu de la sociologie de leur lectorat. C'est la fidélité. Ils avaient un socle d'abonnés d'une loyauté absolue. Des gens qui, mois après mois, décennie après décennie, ont soutenu la revue.
Intervenant 1
Pas juste comme des consommateurs, mais comme une vraie communauté.
Intervenant 2
Une communauté soudée par le frisson de l'énigme, oui. Et ça, c'est le résultat de 40 ans d'interactions dans les salons, de courriers échangés pour résoudre des problèmes impossibles.
Intervenant 1
C'est ce tissu social qui a fait tampon, ce qui nous amène à la période plus récente. En 2018, Gilles Cohen prend sa retraite opérationnelle de la rédaction. Il laisse la place à Martine Briot, mais il reste actif.
Intervenant 2
Très actif. Il se rencentre sur le terrain avec l'association du club Tangente, les trophées, les concours et surtout la fameuse journée Tangente.
Intervenant 1
Il n'a jamais lâché la plume non plus.
Intervenant 2
Non, il a dirigé des hors-séries pointues jusqu'au bout. Celui sur la recherche opérationnelle en 2021 ou celui de 2023 sur les maths et les jeux de société qui ressemble presque à un manifeste de toute sa vie.
Intervenant 1
Une application totale, littéralement jusqu'au dernier souffle. Puisque le 19 novembre dernier, la nouvelle de sa disparition est tombée en plein préparatif de la journée Tangente au musée des arts et métiers.
Intervenant 2
C'est bouleversant, mais ses amis et collaborateurs ont décidé de maintenir l'événement.
Intervenant 1
C'était la meilleure chose à faire.
Intervenant 2
C'était la compréhension parfaite à sa démarche. Faire vivre la discipline coûte que coûte. Et quand on regarde ce parcours monumental, on a vraiment la réfutation ultime de ce que disait le ministère en 2008.
Intervenant 1
Les preuves sont là. Les mathématiques, c'est pas le monopole de mec en blouse blanche enfermé dans un labo. Ça descend dans la rue, ça remplit des places entières, ça crée des liens indéfectibles.
Intervenant 2
Ça affûte notre regard sur le monde. C'est l'essence même de la vitalité culturelle en fait. Le ministère y réduisait la culture à la seule contemplation d'un tableau ou l'écoute d'un concert.
Intervenant 1
Alors que l'acte de chercher, de résoudre, de modéliser,
Intervenant 2
C'est une forme de création intellectuelle tout aussi puissante et engageante.
Intervenant 1
Complètement. Et ça amène d'ailleurs une réflexion assez vertigineuse pour clore notre analyse. On a vu à quel point une simple grille logique pouvait générer de la passion et de l'adrénaline, juste parce qu'elle est présentée comme un jeu.
Intervenant 2
Oui, le fameux cheval de Troie.
Intervenant 1
Voilà. Eh bien, quand on y pense, si les maths ont cette capacité innée à créer de l'engagement ludique, est-ce que l'intégralité du corpus scientifique, de l'algèbre à la topologie, ce ne serait pas tout simplement les règles du jeu multijoueur le plus complexe et le plus universel jamais inventé par l'humanité ?
Intervenant 2
Un univers entier où l'équation remplace le lancer de dés. C'est une perspective géniale. Ça ouvre des horizons infinis pour repenser la façon dont on transmet le
Intervenant 1
savoir, ça c'est
Intervenant 2
sûr. Une belle idée à garder en tête.
Intervenant 1
Absolument. Un immense merci d'avoir suivi cette analyse détaillée des sources avec nous aujourd'hui et à très bientôt pour une nouvelle exploration chez l'art.
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