
12 oct. 2021 · 15 min
Arithmétique modulaire : de l’horloge aux codes
Suivez le parcours des restes, des problèmes antiques aux congruences de Gauss, puis découvrez leur rôle dans la cryptographie et les codes correcteurs.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment ravie de vous retrouver aujourd'hui pour une nouvelle plongée au cœur de nos sources.
Intervenant 2
Salut Evie ! Quelle plongée aujourd'hui ? On s'attaque à un vrai paradoxe en fait.
Intervenant 1
Mais carrément ! Pour nos auditeurs, imaginez un peu les mathématiques de pointe qui sécurisent les milliards de transactions bancaires d'aujourd'hui ou le cryptage de nos communications.
Intervenant 2
Ou même l'intégrité de toutes les bases de données mondiales.
Intervenant 1
Tout ça, ça repose très exactement sur la même logique que celle qui consiste à lire l'heure sur une horloge à aiguille.
Intervenant 2
C'est fou quand on y pense.
Intervenant 1
Ou même, tu sais, à faire boucler un personnage de jeu vidéo, genre Pac-Man, d'un bord à l'autre de l'écran.
Intervenant 2
Ah bah oui, le fameux effet Pac-Man. D'un côté, on a une infrastructure technologique hyper complexe, critique pour l'économie mondiale, et de l'autre, une intuition humaine primordiale, presque enfantine. L'intuition des cycles et des boucles.
Intervenant 1
Exactement ! Et donc, notre mission pour cette exploration de nos sources, c'est de décortiquer cette logique, ce qu'on appelle en mathématiques l'arithmétique modulaire.
Intervenant 2
Un nom qui peut faire un peu peur, mais qui est fascinant.
Intervenant 1
Totalement. On va voir comment cet art mathématique de s'intéresser uniquement au reste arrive à relier de très antiques énigmes d'astronomes chinois au système de cartes de crédit contemporaines.
Intervenant 2
C'est un super programme. Et pour bien saisir la portée de cette arithmétique modulaire, il faut vraiment commencer par déconstruire la vision linéaire qu'on a généralement des nombres.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Le côté ligne droite vers l'infini. Voilà, c'est ça. Notre esprit aime tracer des lignes droites, d'un point A à un point B. On additionne des quantités qui grandissent indéfiniment. Mais l'arithmétique modulaire, elle impose un tout nouveau paradigme. Un espace
Intervenant 1
fini en gras.
Intervenant 2
Ouais, un espace géométrique fini où l'on compte en cercles.
Intervenant 1
Et avant d'aborder les structures algébriques pures, le lien le plus évident avec notre quotidien, c'est le fonctionnement d'une horloge. Le Calran, c'est vraiment l'outil modulaire par excellence.
Intervenant 2
Ah oui, complètement.
Intervenant 1
À 14 heures, notre lecture spontanée, c'est 2 heures de l'après-midi. Le cerveau, il ne s'encombre pas du nombre 14, en fait. Il le remplace par sa position équivalente sur un cycle de 12 heures.
Intervenant 2
Et l'opération mentale sous-jacente, là, c'est ni plus ni moins qu'une division avec reste.
Intervenant 1
C'est vrai, on ne s'en rend même pas compte.
Intervenant 2
Bah non. Si on planifie un voyage de 15 heures et qu'on part à 14 heures, l'addition linéaire classique donne 29. Mais on donne jamais rendez-vous à 29 heures, tu vois.
Intervenant 1
Bah non, ce serait bizarre. On divise 29 par 12, du coup.
Intervenant 2
Exact. Le quotient est de 2, ça représente 2 tours de cadran complet, et le reste, c'est 5.
Intervenant 1
Et donc l'information temporelle pertinente, elle est entièrement contenue dans ce reste de 5 heures du matin.
Intervenant 2
Exactement ! La notion de tour complet, on la met purement et simplement à la poubelle.
Intervenant 1
Et cette mise au rebut du quotient pour ne garder que le reste, c'est vraiment la clé du sujet d'aujourd'hui. D'ailleurs, on la retrouve dans des automatismes enseignés à l'école primaire.
Intervenant 2
Ah, tu penses à la fameuse preuve par neuf ?
Intervenant 1
Mais oui ! Pour vérifier le résultat d'une grosse multiplication, on manipule pas la totalité des grands nombres, on se contente de faire la somme de leurs chiffres.
Intervenant 2
Et faire la somme des chiffres d'un nombre en base 10, ça revient très exactement à calculer son reste dans la division par neuf.
Intervenant 1
C'est un truc de fou ce raccourci.
Intervenant 2
Ouais, c'est super économique. Si tu multiplies deux grands entiers, tu peux juste extraire le reste du premier, le reste du second et les multiplier entre eux. L'arithmétique modulaire te garantit que ce produit des restes correspondra toujours au reste du produit final.
Intervenant 1
Donc ça permet de détecter une erreur de calcul super vite, sans tout refaire.
Intervenant 2
Voilà.
Intervenant 1
Et cette intuition, elle dépasse l'arithmétique pour investir la géométrie aussi. Je pense au cercle trigonométrique. Un angle de π sur 3, ça indique la même position spatiale qu'un angle de π sur 3 auquel on ajoute un tour complet. Exact. Ou même 10 tours complets. Les étiquettes numériques changent, elles s'allongent vers l'infini. Mais la réalité spatiale, elle, reste obstinément bloquée sur un seul point.
Intervenant 2
Parce que tous ces exemples partagent le même principe fondamental. On substitue une valeur par son reste par rapport à un module de référence. Que ce soit 12 pour l’horloge, 9 pour l’arithmétique ou 2π pour le cercle.
Intervenant 1
Sachant que cette gymnastique affleure si naturellement dans des trucs rudimentaires, je me dis que l'utilisation délibérée de ces cycles doit remonter hyper loin dans l'histoire des sciences.
Intervenant 2
Ah bah oui, les sources pointent vers une origine très précise en Chine.
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