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3 déc. 2024 · 19 min

Heptadécagone à 17 côtés : exact ou approché ?

Cet épisode audio part du défi des dix-sept côtés, suit la construction exacte, puis déroule les étapes d’un tracé approché plus simple.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Salut !

  3. Intervenant 1

    Et on a un sujet incroyable aujourd'hui.

  4. Intervenant 2

    Ah ouais, carrément ?

  5. Intervenant 1

    Alors, il faut s'imaginer une seconde enfermée dans une pièce.

  6. Intervenant 2

    D'accord.

  7. Intervenant 1

    Sur la table, une feuille blanche, un bout de bois sans aucune graduation et une pointe sèche pour faire des ronds.

  8. Intervenant 2

    Le matériel de base, quoi.

  9. Intervenant 1

    C'est ça. Et la mission pour sortir de cette pfesse, c'est de dessiner un polygone régulier parfait à 17 côtés.

  10. Intervenant 2

    Oula !

  11. Intervenant 1

    Et si on échoue, on y reste.

  12. Intervenant 2

    Super angoissant comme concept.

  13. Intervenant 1

    Ce jeu de survie intellectuelle n'est pas une fiction en fait. Pendant plus de 2000 ans, les plus grands génies de l'humanité s'y sont cassés les dents.

  14. Intervenant 2

    Jusqu'à ce qu'un ado trouve la faille.

  15. Intervenant 1

    Exactement, un adolescent de 19 ans. Le sujet de notre plongée d'aujourd'hui, c'est l'heptadécagone, cette espèce de figure géométrique mythique qui a vraiment poussé la pensée humaine dans ses retranchements.

  16. Intervenant 2

    Ouais, parce que derrière ce simple tracé à 17 côtés, il se cache une véritable révolution mathématique.

  17. Intervenant 1

    Carrément.

  18. Intervenant 2

    C'est l'histoire d'un mur intellectuel inenfranchissable, d'une tricherie de génie utilisant l'algèbre pour contourner la géométrie, et enfin d'un affrontement spectaculaire entre la pureté de la théorie et le pragmatisme du monde réel.

  19. Intervenant 1

    Bon, décortiquons tout ça.

  20. Intervenant 2

    Allons-y.

  21. Intervenant 1

    Parce que pour vraiment saisir pourquoi ce chiffre 17 a rendu fous les mathématiciens, il faut revenir aux règles du jeu.

  22. Intervenant 2

    Les fameuses règles.

  23. Intervenant 1

    Des règles fixées dans le marbre il y a plus de deux millénaires, par Euclide. La géométrie antique, elle repose sur un dogme tyrannique.

  24. Intervenant 2

    L'interdiction d'utiliser autre chose qu'un compas et une règle vierge.

  25. Intervenant 1

    Voilà, une règle non graduée. Mais soyons honnêtes une seconde, pourquoi cette obsession historique pour une règle sans marque visible ?

  26. Intervenant 2

    C'est vrai que ça paraît étrange.

  27. Intervenant 1

    Même dans l'Antiquité, on savait fabriquer des outils de mesure pour construire des temples ou des pyramides. S'imposer ça, c'est du pur masochisme intellectuel, non ?

  28. Intervenant 2

    Vraiment pas, non. En fait, c'est une question de philosophie fondamentale. Ah

  29. Intervenant 1

    bon ?

  30. Intervenant 2

    Ouais. Pour les Grecs anciens, la géométrie n'avait rien à voir avec l'artisanat ou l'ingénierie. Il s'agissait d'accéder à la vérité absolue.

  31. Intervenant 1

    D'accord, je vois l'idée.

  32. Intervenant 2

    Une ligne droite infinie ou un cercle parfait, ce sont des concepts immatériels. Ce sont les briques élémentaires de la logique de l'univers. Dès l'instant où l'on grave une encoche sur une règle pour mesurer genre 1 cm, on introduit l'impression humaine.

  33. Intervenant 1

    L'erreur

  34. Intervenant 2

    quoi. C'est ça. La vue baisse, le trait de couteau bave, le bois travaille avec l'humidité.

  35. Intervenant 1

    D'accord. Donc, l'idée, c'est qu'une graduation est une approximation empirique alors qu'une intersection entre deux lignes est une vérité absolue dictée par la logique pure.

  36. Intervenant 2

    Exactement. Le compas et la règle vierge garantissent qu'on ne fait que déduire étape par étape sans jamais faire confiance à nos sens faillibles.

  37. Intervenant 1

    Ouais, c'est super élégant comme approche.

  38. Intervenant 2

    Et avec ces deux seuls outils, Euclide était convaincu qu'on pouvait, en théorie, construire n'importe quelle proportion.

  39. Intervenant 1

    Sauf que... Spoiler.

  40. Intervenant 2

    Sauf que l'histoire a mis énormément de temps à prouver le contraire. La liste définitive des polygones qu'il est physiquement possible de dessiner de cette façon pure, elle n'a été verrouillée qu'au XIXe siècle.

  41. Intervenant 1

    Avec le fameux théorème de Gauss-Wansell.

  42. Intervenant 2

    C'est ça.

  43. Intervenant 1

    Moi je vois ça comme le videur à l'entrée de la boîte de nuit des polygones.

  44. Intervenant 2

    C'est une super métaphore.

  45. Intervenant 1

    Ce théorème, il fournit une formule magique qui dit de manière binaire oui ou non à la construction.

  46. Intervenant 2

    Ouais, la porte s'ouvre ou elle reste fermée.

  47. Intervenant 1

    Pour qu'un polygone à n côtés soit constructible, il faut que ce nombre n soit composé de puissance de 2 et de ce qu'on appelle des nombres de Fermat.

  48. Intervenant 2

    Les fameux nombres premiers de Fermat.

  49. Intervenant 1

    Voilà. On ne va pas faire un cours magistral sur la formule complète pour notre audience, mais l'idée c'est qu'on a le droit de construire des figures simples, comme le triangle équilatéral à trois côtés.

  50. Intervenant 2

    Bien sûr.

  51. Intervenant 1

    Ou le pentagone à cinq côtés.

  52. Intervenant 2

    Et l'astuce géométrique connue depuis toujours, c'est que dès qu'on a une figure de base, on peut facilement doubler son nombre de côtés.

  53. Intervenant 1

    En coupant en deux, c'est ça ?

  54. Intervenant 2

    Ouais, en traçant des médiatrices à la règle et au compas. On a un triangle, on coupe les angles, on obtient un hexagone à six côtés.

  55. Intervenant 1

    Puis à 12, à 24.

  56. Intervenant 2

    Exact. On a le pentagone à 5 côtés. On passe à 10, puis 20. On arrive ainsi à construire des polygones réguliers à 3, 4, 5, 6, 8, 10, 12, 15, 16 côtés.

  57. Intervenant 1

    Et bim ! Le mur se dresse juste après le chiffre 16.

  58. Intervenant 2

    Le fameux mur.

  59. Intervenant 1

    La théorie affirmait brutalement que le prochain sur la liste des candidats valides, le prochain nombre de fermats disponibles, c'était le chiffre 17.

  60. Intervenant 2

    Donc le polygone à 17 côtés.

  61. Intervenant 1

    Le fameux

  62. Intervenant 2

    heptadécagone. Il est sur la liste VIP. Le théorème dit qu'il a le droit d'entrer. Ce qui est fascinant ici, c'est l'abîme qui sépare l'existence théorique de la mise en pratique. Le théorème prouve, de façon irréfutable, que le polygone à 17 côtés appartient à la famille des figures constructibles. Le problème ? La démonstration mathématique ne donnait absolument aucun mode

  63. Intervenant 1

    d'emploi.

  64. Intervenant 2

    Elle certifiait que c'était possible, mais elle laissait le monde totalement aveugle sur la manière de manipuler concrètement ce bout de bois et cette pointe pour trouver les sommets sur le papier.

  65. Intervenant 1

    Donc la géométrie pure pataugée dans la semoule, quoi.

  66. Intervenant 2

    Complètement.

  67. Intervenant 1

    Et c'est là qu'intervient Karl Friedrich Gauss. En 1796, il n'a que 19 ans. Un gamin littéralement Au lieu de s'épuiser à tracer des cercles au hasard comme tout le monde, il fait un pas de côté monumental.

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