
10 oct. 2019 · 15 min
Triangles de Heilbronn : le défi simple qui résiste encore
Dans cet épisode audio, suivez les placements connus dans le carré, le triangle et le disque, puis découvrez où ce problème géométrique résiste encore.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment ravie d'accueillir tous ceux qui nous écoutent aujourd'hui pour une nouvelle analyse géométrique. Et d'habitude, quand on parle d'un problème mathématique réputé insoluble, on s'attend un peu à des équations à rallonge, pas vrai Sam ?
Intervenant 2
Ouais, c'est clair. On imagine tout de suite des trucs obscurs, des espaces vectoriels, le genre de choses qui demandent des années d'études supérieures juste pour en comprendre l'énoncé.
Intervenant 1
Exactement. Mais l'exploration du jour, elle repose sur un principe tellement rudimentaire qu'on pourrait très bien le dessiner à la craie dans une cour de récréation.
Intervenant 2
Et c'est bien ça qui rend cette question aussi captivante. En fait, on est face à une règle géométrique qui tient en une seule petite phrase. Et pourtant, ça constitue un mur absolu pour la communauté mathématique depuis des décennies.
Intervenant 1
Ouais, c'est fou. Alors pour planter le décor, on va se pencher sur le problème posé par Hans-Arnold Heilbronn. C'était un mathématicien germano-canadien brillant, spécialiste de la théorie des nombres, qui a vécu de 1908 à 1975. Tout à fait.
Intervenant 2
Et il a laissé son nom à ce qu'on appelle aujourd'hui les triangles de Heilbronn. La règle du jeu, elle est d'une simplicité vraiment limpide. On prend une forme géométrique basique, par exemple un carré, et on doit y placer un certain nombre de points, disons n points.
Intervenant 1
D'accord, donc j'ai mon carré, j'ai mes n points et ensuite ?
Intervenant 2
Ensuite, la machinerie géométrique démarre. Si tu relis ces n points, peu importe comment tu les as disposés, tu vas obligatoirement former des triangles. Et le but du problème de Heilbronn, c'est de placer ces points de façon à ce que l'aire du plus petit triangle formé par trois de ces points soit la plus grande possible.
Intervenant 1
Attends, il faut qu'on s'arrête une seconde là-dessus parce que c'est vraiment le cœur de tout. On cherche à maximiser la pire situation.
Intervenant 2
C'est exactement ça.
Intervenant 1
Pour ceux qui essaient de visualiser, c'est un peu comme organiser un dîner dans une grande pièce carrée, avec des invités qui, disons, se détestent tous cordialement. On veut placer ces invités, de sorte que le groupe de trois personnes le plus proche soit le plus éloigné possible.
Intervenant 2
Ah, c'est une excellente image, ouais. Et l'air optimal qu'on finit par trouver, c'est ce qu'on appelle le nombre de Heilbronn, qu'on note H de N. Et toute la complexité réside dans l'interaction entre ces invités, je veux dire, ces points.
Intervenant 1
Bien sûr. Et si on décortique un peu tout ça, on veut comprendre pourquoi cet énoncé si simple n'a toujours pas de solution générale et comment ce casse-tête impacte concrètement l'informatique d'aujourd'hui.
Intervenant 2
Oui, car ça a de vraies répercussions. Mais pour saisir ça, il faut commencer par son terrain de jeu originel, le carré-unité. Donc un carré parfait dont l'air vaut exactement 1.
Intervenant 1
Bon, au début, ça a l'air facile, non ? Placer 3 ou 4 points dans un carré, on peut presque le faire de tête.
Intervenant 2
Le calcul théorique confirme cette impression, mais il faut voir le nombre de triangles que ça génère. La formule pour n points, c'est n multiplié par n-1 multiplié par n-2 et on divise le tout par 6.
Intervenant 1
Ok, faisons le test pour que ce soit bien clair. Pour 3 points, ça fait 3 x 2 x 1 divisé par 6, ça fait un seul triangle. C'est logique. C'est ça. Et pour 4 points, 4 x 3 x 2 divisé par 6, on a 4 triangles. L'aire du plus petit triangle pour 3 points donc, H , elle est de 0,5. C'est la moitié du carré.
Intervenant 2
Voilà. Et ce qui est amusant, c'est que si tu ajoutes un quatrième point dans le dernier coin du carré, l'air ne diminue même pas. H24 reste à 0,5.
Intervenant 1
Ah. Donc là, on pourrait se dire que tout est sous contrôle. On a de la place.
Intervenant 2
C'est l'illusion des petits nombres, malheureusement. Parce que la croissance est fulgurante. Dès qu'on passe à 5 points, on n'a plus 4 triangles, on passe soudainement à 10 triangles interconnectés.
Intervenant 1
Dix triangles, ouais, on sent que l'espace commence à se réduire. Mais bon, ça ne justifie pas encore de parler d'un blocage scientifique.
Intervenant 2
En fait, le problème, ce n'est pas juste de compter les triangles. C'est la contrainte qu'ils s'imposent mutuellement. Si tu bouges un point d'un seul millimètre pour agrandir un triangle, tu modifies direct la surface de six autres triangles à côté.
Intervenant 1
Ah mais, l'effet domino !
Intervenant 2
Exactement. Tu risques de créer un triangle encore plus petit par accident. Donc pour n égale 5, la stratégie, c'est d'éloigner les points au maximum. On les place tous sur le périmètre du carré.
Intervenant 1
D'accord. Donc si je place un point A dans le coin en bas à gauche, aux coordonnées , il me reste quatre points B, C, D et E à répartir sur les bords.
Intervenant 2
C'est ça. Et pour éviter de créer un mini-triangle, l'optimum exige une symétrie parfaite sur la diagonale. En calculant tout ça, on tombe sur une valeur très précise, 1 sur racine carrée de 3.
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