
25 août 2023 · 17 min
Maths en ville : comment attirer les réticents aux maths ?
Dans cet épisode, suivez la réponse de Terraquée aux préjugés : une fête populaire mêlant théâtre, jeux et lieux familiers à Saint-Denis.
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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue dans cette nouvelle exploration, le podcast du magazine Tangente. Un immense plaisir d'accueillir ceux qui nous écoutent aujourd'hui pour une plongée fascinante. Bonjour
Intervenant 2
à tous, très heureux d'être
Intervenant 1
là. Alors, pour commencer, il faut juste imaginer un instant un défi complètement absurde, genre vouloir vendre de la glace aux brocolis sur une place de marché bondée.
Intervenant 2
Ah ben, sur le papier, tout le monde grimace et passe en chemin, c'est clair.
Intervenant 1
Exactement. Et en fait, c'est exactement ce paradoxe, ce défi monumental, qu'a relevé la compagnie Teraké avec son festival annuel. Le fameux festival Maths en ville.
Intervenant 2
Oui, dont la septième édition s'est tenue en octobre 2023, principalement à Saint-Denis.
Intervenant 1
Voilà. Et l'idée de base, c'est de fusionner les deux plus grandes angoisses scolaires et sociales pour beaucoup de gens, les mathématiques et le théâtre.
Intervenant 2
C'est fou, mais c'est un point de départ d'une richesse absolue. D'un côté, on a cette erreur de la page blanche, de l'équation irrésoluble face au tableau noir qui sanctionne notre intelligence.
Intervenant 1
Le fameux traumatisme du tableau noir.
Intervenant 2
C'est ça. Et de l'autre côté, il y a la peur viscérale de monter sur scène, de s'exposer au regard public, de trébucher sur son texte.
Intervenant 1
Oui. Statistiquement, la majorité des gens préfèrent fuir l'un ou l'autre à toute vitesse.
Intervenant 2
Absolument. Ou même carrément les deux. Mais ce qui est super captivant dans la démarche de Terakeh, c'est que ce double préjugé n'est pas du tout vu comme un obstacle. C'est littéralement le carburant de leur projet.
Intervenant 1
Bah oui, c'est l'art d'utiliser l'inertie de l'adversaire en quelque sorte. Et derrière cette compagnie, on rappelle qu'il y a François Perrin.
Intervenant 2
Oui, qui cultive la rareté d'être à la fois comédien, metteur en scène et mathématicien.
Intervenant 1
C'est quand même pas banal. Et il y a aussi Meryem Zoghlami, qui est créatrice de formes culturelles très atypiques. Ensemble, ça fait plus de dix ans qu'ils animent un laboratoire expérimental, le Labo Mathéâtre.
Intervenant 2
Et c'est un vrai travail de fond, oui.
Intervenant 1
Sauf que créer un laboratoire expérimental au début, c'est concevoir pour une niche. La question qui se pose naturellement en lisant nos sources, c'est par quel miracle cognitif on passe d'un concept aussi pointu à un événement populaire. Un événement qui fait carrément descendre la géométrie dans la rue.
Intervenant 2
Eh bien, il faut revenir à une anecdote fondatrice que raconte Meryem autour de 2017, aux prémices du festival en fait.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Quand elle évoquait publiquement la création d'une compagnie qui liait théâtre et mathématiques, les réactions fusaient. Des réactions presque épidermiques.
Intervenant 1
Genre les gens la rejetaient ?
Intervenant 2
Ouais, les gens l'arrêtaient pour dire à quel point ils détestaient ces matières, à quel point ça leur rappelait de très mauvais souvenirs.
Intervenant 1
Ah, la fameuse anxiété des maths qui remonte à la surface.
Intervenant 2
Exactement. Mais là où la psychologie humaine est merveilleusement contradictoire, c'est que ces mêmes personnes qui clamaient leur rejet, elles restaient pour en parler.
Intervenant 1
Ah ouais ? La discussion ne s'éteignait pas ?
Intervenant 2
Au contraire, elle s'embrasait. Il y a une forme de dissonance cognitive super fascinante. On déteste, mais on est intrigué. Et Meriem a perçu cette petite étincelle.
Intervenant 1
C'est malin. Et c'est là qu'est née l'idée d'aller distribuer des prospectus directement dans les rues, les marchés, les cafés de Saint-Denis, c'est ça ?
Intervenant 2
Tout à fait. Et la réaction des passants face à un tract annonçant des animations mathématiques en plein air ?
Intervenant 1
J'imagine que c'était pas gagné d'avance.
Intervenant 2
Ça défie complètement toutes les lois du marketing classique. Au lieu d'une indifférence polie, des bras se tendaient spontanément, les habitants s'exclamaient carrément « c'est le truc autour des maths, je le veux ».
Intervenant 1
Incroyable, « je le veux ». Mais comment on explique un tel revirement ?
Intervenant 2
En fait, ça s'explique par un mécanisme social très précis. La désacralisation par la familiarité.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Bah, Meryem ne débarquait pas qu'en une institution académique, un peu froide ou condescendante. Elle s'est appuyée sur un maillage ultra solide qu'elle avait tissé lors de ses emplois précédents.
Intervenant 1
Ah, avec le tissu associatif local, les commerçants, les profs du coin ?
Intervenant 2
Voilà, le fameux contrat social dont on parle souvent.
Intervenant 1
Je vois. Si l'équation n'est plus synonyme d'évaluation punitive mais devient, je ne sais pas, une énigme à résoudre en famille ou avec le boulanger du quartier, la dynamique s'inverse.
Intervenant 2
Complètement. On passe de l'isolement et de la honte face au problème à la cohésion sociale par le jeu.
Intervenant 1
C'est brillant. Mais pour que cette rupture psychologique fonctionne vraiment, il fallait physiquement briser le cadre, non ?
Intervenant 2
Absolument. L'objectif, c'était d'éliminer la barrière mentale de la salle de classe. Et pour ça, il faut en abattre les murs. Ce qui explique cette scène assez surréaliste décrite dans nos sources le 30 septembre 2023. Ah oui ?
Intervenant 1
Sur la place du 8 mai 1945 ? Une
Intervenant 2
vraie métamorphose de l'espace public avec leur événement « les maths sont dans la place ».
Intervenant 1
C'est exactement ça. Ils ont déployé des tapis, installé des gros fauteuils moelleux en plein air.
Intervenant 2
C'est un peu comme transformer un labo de recherche un peu austère en un salon de thé géant. Ouais, l'image est bonne. Et autour de ces canapés, le programme était effarant de densité. Il y avait la construction de polyèdres juants avec l'association Science Ouverte.
Intervenant 1
Wow ! Et même de la cryptographie, non ?
Intervenant 2
Oui, de la crypto avec l'Arxie, l'association des réservistes du chiffre et de la sécurité de l'information, et même un planétaire humain dirigé par Emmanuel Rollind.
Intervenant 1
Un planétaire humain, c'est génial ! Et François Perrin insiste beaucoup là-dessus. Il voulait vraiment un équilibre. Offrir un espace gratuit, ouvert, où le curieux terrorisé par les fractions côtoie tranquillement le passionné d'algèbre.
Intervenant 2
Et on touche là au cœur de la mécanique d'apprentissage. L'installation de tapis et de coussins, c'est pas juste une coquetterie de mise en scène, c'est une application ultra directe des sciences cognitives.
Intervenant 1
Alors, je veux bien l'admettre, mais poussons un peu la contradiction.
Intervenant 2
Vas-y.
Intervenant 1
On peut légitimement se demander, pour ceux qui nous écoutent et qui aiment la rigueur, si on ne dilue pas l'exigence scientifique. Est-ce qu'on fait vraiment de la mathématique fondamentale quand on est confortablement affalé sur un fauteuil au milieu des pigeons et du bruit de la rue ?
Intervenant 2
C'est une objection super courante et elle est légitime. Mais en fait, elle ignore complètement le fonctionnement neurologique de l'anxiété mathématique.
Intervenant 1
Comment ça ?
Intervenant 2
Le stress bloque littéralement le cerveau.
Intervenant 1
Exactement. Ce phénomène est très bien documenté. L'angoisse déclenche la production de cortisol, l'hormone du stress. Et ce cortisol vient saturer ce qu'on appelle la mémoire de travail. La mémoire de travail, c'est l'espace mental disponible pour manipuler des infos complexes en temps réel, c'est ça ?
Intervenant 2
Voilà. C'est exactement comme la mémoire vive, la RAM d'un ordinateur.
Intervenant 1
1. J'adore cette métaphore. Donc si le stress agit comme un virus ou un logiciel lourd qui tourne en toile de fond et pompe toute la rame, il ne reste plus aucune ressource pour ouvrir le fichier de l'équation mathématique.
Intervenant 2
C'est exactement ça. La fameuse boule au ventre devant le tableau noir, c'est juste notre cerveau qui plante par manque de mémoire disponible.
Intervenant 1
C'est dingue. Donc en créant cet environnement douillet sur la place du marché, la compagnie agit comme un antivirus.
Intervenant 2
Oui, on abaisse la garde cognitive. La rame est libérée. Et c'est là que la magie opère. Parce que les structures conceptuelles qui sont abordées en jouant sont en réalité extrêmement pointues.
Intervenant 1
Tu parlais de la cryptographie avec le RSI tout à l'heure.
Intervenant 2
Bah justement. Sous couvert d'un petit jeu d'espionnage en famille, on demande au public de manipuler de l'arithmétique modulaire, de comprendre les clés asymétriques, les facteurs premiers.
Intervenant 1
Mais c'est de la théorie des nombres de haut vol, ça.
Intervenant 2
Absolument.
Intervenant 1
Et pour le planétaire humain dont on parlait ?
Intervenant 2
L'idée est brillante. Au lieu d'apprendre bêtement des formules de physique céleste, les participants deviennent eux-mêmes les planètes.
Intervenant 1
Ouais, pour comprendre les lois de Kepler, notamment la deuxième loi, tu sais, celle qui dit qu'une planète accélère quand elle se rapproche de son étoile ?
Intervenant 2
Oui, et au lieu de tracer une courbe sur une feuille de paquets, on demande aux gens d'adapter physiquement leur vitesse de marche selon leur position sur l'orbite elliptique dessinée au sol.
Intervenant 1
C'est la quintessence de la pédagogie incarnée. On inscrit la conservation du moment cinétique directement dans la mémoire musculaire, donc non, l'exigence scientifique n'est pas du tout diluée. Elle est juste traduite dans un langage sensoriel et social. C'est bluffant ! Mais cette stratégie de réappropriation de l'espace, elle ne s'arrête pas au bitume de la place publique. Ce qui est remarquable dans le festival, c'est la façon dont il s'infiltre dans des lieux historiques et institutionnels.
Intervenant 2
Une vraie stratégie de chevelle de Troie architecturale.
Intervenant 1
Complètement. Amener les théorèmes là où on s'y attend le moins. Et le cas le plus emblématique, c'est sans doute la collaboration avec la basilique Saint-Denis.
Intervenant 2
Ah oui, c'est un endroit magnifique.
Intervenant 1
On parle quand même de la Nécropole des Rois de France, l'un des joyaux fondateurs de l'art gothique. Et qu'est-ce qu'ils y font ? Des initiations à la géométrie médiévale et à la taille de pierre.
Intervenant 2
Avec l'unité d'archéologie de la ville et l'association Suivez la Flèche, oui.
Intervenant 1
Ils vont même jusqu'à créer une pièce d'archéo-mathéâtre, avec les jeunes du coin. Une pièce inspirée des techniques de mesure de la célèbre foire médiévale du Lendi.
Intervenant 2
Il y a une profondeur historique fascinante là-dedans. Parce que quand on observe une voûte surcroisée d'ogives, en fait, on ne regarde pas juste de la belle architecture.
Intervenant 1
On regarde des maths.
Intervenant 2
On contemple un vrai traité de mathématiques gravé dans le calcaire. Les bâtisseurs de cathédrales n'avaient pas de calculatrices, évidemment. Ils utilisaient des outils empiriques, mais d'une rigueur implacable.
Intervenant 1
Comme la fameuse corde à 13 nœuds.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Un simple bout de corde qui permettait de tracer des angles droits parfaits sur les chantiers, juste en appliquant le théorème de Pythagore, le fameux triangle de dimensions 3, 4 et 5.
Intervenant 2
Et le fait de permettre aux habitants d'aujourd'hui de manipuler ces mêmes outils, ça leur fait toucher du doigt que les équations sont les fondations invisibles de leur propre patrimoine.
Intervenant 1
C'est très poétique. Et la foire du lundi, ça rajoute une dimension économique, non ?
Intervenant 2
Oui, c'était l'un des plus grands rassemblements commerciaux du Moyen Âge. Ça exigeait des algorithmes mentaux super complexes pour convertir des dizaines de monnaies différentes, calculer des proportions, peser des marchandises.
Intervenant 1
Des marchandises dont les unités variaient d'une seigneurie à l'autre en plus.
Intervenant 2
C'est ça. En jouant cette pièce, les jeunes découvrent que la survie commerciale dépendait entièrement de l'agilité mathématique de l'époque.
Intervenant 1
Ce pont entre la pierre brute et l'abstraction est vraiment sublime. Mais le décloisonnement va encore plus loin. Le 10 octobre est eu la journée « les maths sont dans la fac ». Ah oui,
Intervenant 2
à l'université Paris 8
Intervenant 1
à Saint-Denis. Et pour ceux qui connaissent un peu le paysage universitaire francilien, c'est un choix délicieusement ironique. Paris 8, c'est le temple historique des sciences sociales, de l'art, de la socio, de la philosophie.
Intervenant 2
Pas vraiment le report naturel des équations différentielles quoi.
Intervenant 1
Pas du tout. Et pourtant, ils y installent des jeux, dans le grand hall. Dont un qui attire particulièrement l'attention, qui s'appelle « Qui veut gagner des élections ?
Intervenant 2
». C'est un choix éditorial super puissant de la part de Teraké. Organiser un jeu sur les systèmes électoraux dans le berceau de la sociologie politique.
Intervenant 1
Ça démontre une vérité souvent oubliée, que les mathématiques appliquées régissent nos structures sociales.
Intervenant 2
Absolument. On plonge directement dans la théorie des choix sociaux. Les maths électoraux regorgent de paradoxes vertigineux.
Intervenant 1
On pense direct au paradoxe de Condorcet.
Intervenant 2
Voilà, où l'on découvre mathématiquement qu'une population peut préférer le candidat A au candidat B et le candidat B au candidat C. Donc
Intervenant 1
en toute logique, on devrait préférer A à C.
Intervenant 2
Eh ben non ! Le paradoxe montre que la population peut très bien préférer le candidat C au candidat A. C'est une boucle logique complètement insoluble.
Intervenant 1
Il y a aussi le théorème d'impossibilité d'haro, je crois.
Intervenant 2
Oui, qui prouve qu'il n'existe aucun système de vote démocratique parfait. Aucun système qui traduise de manière totalement rationnelle les préférences individuelles en une décision collective.
Intervenant 1
C'est fascinant de voir ça. En jouant à ce jeu, les étudiants en sociologie réalisent que derrière les grands débats idéologiques, il y a une mécanique probabiliste implacable qui détermine la répartition du pouvoir.
Intervenant 2
Les maths sont vraiment le langage caché de l'organisation humaine.
Intervenant 1
Du coup, s'infiltrer dans ces lieux symboliques envoie un message très clair. Les mathématiques n'appartiennent pas qu'aux chercheurs en blouse blanche.
Intervenant 2
Elles appartiennent à tout le monde.
Intervenant 1
Seulement voilà, organiser des événements spectaculaires, des polyèdres sur une place, c'est génial sur le moment. Mais la grande question de ce genre d'événement, c'est la pérennité.
Intervenant 2
Bien sûr.
Intervenant 1
Une fois que les fauteuils sont rangés, que reste-t-il de cette ferveur ? Comment on garantit un effet ricochet à long
Intervenant 2
terme ? La réponse de l'organisation réside dans un maillage au long cours. Le festival ne veut pas être un truc éphémère. Il colonise carrément le tissu culturel permanent de la ville. Les librairies, les cinémas, les médiathèques,
Intervenant 1
Ce n'est pas un circuit fermé du tout. Et le casting mobilisé pour cette infiltration est ouf. D'ailleurs, le magazine Tangente y figure en bonne place, à la fois comme partenaire et exposant pour la première fois.
Intervenant 2
C'est un signal fort pour le monde des passionnels.
Intervenant 1
On y croise aussi des lauréats des prestigieux prix Tangente. Carole Trébord, Avener Barhain, Quentin Lazzarotto.
Intervenant 2
Et il y a même la compagnie de clowns Lille Logique qui manie l'absurde pour expliquer la logique formelle.
Intervenant 1
Génial. Sans parler de l'avant-première nationale du film Le théorème de Marguerite, avec la présence d'Ariane Mézard, la mathématicienne qui a conseillé la réalisation pour s'assurer que les équations écrites à l'écran étaient exactes.
Intervenant 2
Un vrai sommet de la vulgarisation scientifique.
Intervenant 1
Oui, mais avec une spécificité cruciale. Toute cette armada d'experts n'est pas là pour faire des conférences soporifiques devant un public déjà acquis à la cause.
Intervenant 2
Non, l'objectif de Meryem Zoghlami, c'est de générer ce qu'elle appelle des rencontres accidentelles.
Intervenant 1
J'adore ce terme, des rencontres accidentelles, une sorte d'embuscade intellectuelle bienveillante.
Intervenant 2
Exactement, l'exemple de la médiathèque Flora Tristan à Pierrefitte-sur-Seine illustre ça parfaitement. Ils y ont programmé un spectacle de la conteuse mathématique Marie Luissier.
Intervenant 1
Et la composition du public ce jour-là est super intéressante sociologiquement. D'un côté, on a les initiés, les lecteurs assidus du magazine Tangente, venus pour la rigueur scientifique.
Intervenant 2
Et juste à côté, sur la même rangée de chaises, on trouve des habitants venus juste chercher un joli conte. Ou des personnes qui flannaient par hasard entre les rayons de BD et qui se sont assis là.
Intervenant 1
Et c'est à cet instant précis que la magie de la transmission opère. L'art de la conteuse, c'est de tisser la notion mathématique directement dans l'histoire.
Intervenant 2
Mais oui, les pavages fractaux, l'infini, la symétrie, tout ça devient les clés pour résoudre la quête du héros. C'est plus du tout un chapitre de manuel scolaire.
Intervenant 1
Du coup, le public accidentel repart avec un concept super abstrait, mais solidement ancré dans sa mémoire émotionnelle.
Intervenant 2
Et l'impact de ces petites embuscades ne se limite pas au public. Ça transforme carrément les institutions de l'intérieur.
Intervenant 1
Ah oui, l'exemple du cinéma local, l'écran. Suite au succès de l'avant-première pendant le festival, le directeur n'a pas juste fermé le dossier en se disant que c'était fini.
Intervenant 2
Non, il a décidé de maintenir une véritable veille mathématique toute l'année.
Intervenant 1
Incroyable, gardez les radars allumés pour capter de nouveaux documentaires sur les sciences exactes.
Intervenant 2
C'est la preuve d'un vrai changement de paradigme. La réussite globale de François Perrin, de Meryem Zoghlami et de tout cet écosystème, c'est d'avoir co-construit ça sur la durée, en travaillant avec les écoles, les ludothèques, les directeurs de cinéma.
Intervenant 1
Les maths perdent leur statut scolaire pour intégrer le patrimoine culturel de la ville, au même titre qu'un concert ou une expo ?
Intervenant 2
C'est
Intervenant 1
ça. Ça donne le vertige quand on observe le chemin parcouru. Partir du rejet viscéral, de la peur panique de l'équation pour aboutir à une vraie liesse populaire. Voir des citoyens de tous horizons taillés du pierre selon la géométrie du XIIe siècle.
Intervenant 2
Ou s'approprier les lois de l'univers en marchant sur une orbite imaginaire en plein centre-ville.
Intervenant 1
Ou débattre des probabilités électorales à la fac de lettres. C'est la démonstration éclatante qu'aucune discipline de l'esprit n'est intrinsèquement repoussante. La complexité ne fait pas peur, c'est juste l'emballage de l'évaluation qui paralyse.
Intervenant 2
Tout est question de médiation en fait, de confort cognitif, de connexion au réel. Quand le contexte donne du sens à l'effort, la curiosité fait le reste.
Intervenant 1
Ce constat soulève d'ailleurs une pensée délicieusement provocatrice pour terminer cette plongée.
Intervenant 2
Je t'écoute.
Intervenant 1
S'il a suffi d'un changement de décor, d'un bon réseau local, de quelques fauteuils et d'une mise en scène astucieuse pour métamorphoser cette phobie en passion festive, quelles autres grandes disciplines fondamentales, que notre société semble fuir ou détester avec ferveur, n'attendent finalement que la bonne étincelle ? Ah
Intervenant 2
oui, c'est une excellente question !
Intervenant 1
Que ce soit la macroéconomie, souvent jugée trop austère, la grammaire pointue ou même l'engagement civique et institutionnel. N'attendent-ils pas, eux aussi, leurs propres metteurs en scène pour descendre sur la place publique ?
Intervenant 2
Et révéler toute leur magie ? Il y a clairement matière à repenser totalement notre rapport au savoir.
Intervenant 1
Absolument. Un immense merci d'avoir suivi cette plongée vertigineuse au cœur de l'initiative Maths en ville. On espère que cette exploration approfondie proposée par le podcast du magazine Tangente aura ouvert de nouvelles portes sur la façon dont on peut percevoir les sciences.
Intervenant 2
Merci à tous de nous avoir écoutés.
Intervenant 1
Gardons toujours cette soif inextinguible de découverte, cette envie de questionner les idées reçues. Et laissons l'inattendu nous surprendre, que ce soit au coin d'une rue, sous les voûtes d'une basilique ou entre les rayons d'une médiathèque. À très bientôt pour de nouvelles explorations.
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