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18 févr. 2021 · 5 min

Tatouages numériques : que peut cacher une image ?

Dans cet épisode audio, suivez le passage du crédit visible au message dissimulé dans les bits, puis distinguez stéganographie et cryptographie.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est un vrai plaisir de démarrer cette émission aujourd'hui.

  2. Intervenant 2

    Ouais, un grand bonjour tout le monde.

  3. Intervenant 1

    Il suffit parfois de passer des heures à tracer la géométrie parfaite d'un Sangaku, ces fameuses énigmes mathématiques japonaises, pour voir l'œuvre voler en ligne le lendemain, réattribuée à un parfait inconnu quoi.

  4. Intervenant 2

    C'est super frustrant, en fait.

  5. Intervenant 1

    Totalement. Donc aujourd'hui, on plonge dans les dossiers du magazine, particulièrement le numéro 26 sur la cryptographie, et on s'appuie aussi sur la Bible des codes secrets d'Hervé Léning. L'idée, c'est de comprendre un paradoxe assez fou.

  6. Intervenant 2

    C'est-à-dire ?

  7. Intervenant 1

    Comment le simple besoin de protéger une création numérique, ça nous ramène à des techniques de dissimulation qui datent de l'Antiquité.

  8. Intervenant 2

    C'est un vrai gros casse-tête. Tu sais, face au vol d'images sur les réseaux, la réaction basique, c'est d'ajouter un crédit en légende.

  9. Intervenant 1

    Ouais, bien sûr.

  10. Intervenant 2

    Sauf qu'avec un simple copier-coller, paf, cette légende s'évapore complètement.

  11. Intervenant 1

    La solution de force brute, du coup, c'est d'incruster le texte directement dans l'image. Le fameux tatouage numérique visible, ou le filigrane.

  12. Intervenant 2

    Voilà, sauf que...

  13. Intervenant 1

    Sauf que c'est un peu comme enchaîner une peinture de maître avec un énorme cadenas rouillé en plein milieu du musée, quoi.

  14. Intervenant 2

    Exactement. Ça dissuade le vol, certes, mais l'esthétique de l'œuvre est complètement flinguée. Donc le grand défi, c'est de savoir comment les créateurs peuvent protéger leur travail sans le détruire visuellement.

  15. Intervenant 1

    Et comment on fait ça, du coup ?

  16. Intervenant 2

    C'est là que l'analyse d'Hervé Leuning devient super intéressante. Pour protéger sans détruire, il faut changer d'échelle et plonger dans l'anatomie même du fichier. Un JPEG, par exemple.

  17. Intervenant 1

    D'accord.

  18. Intervenant 2

    À la base, une image numérique, c'est juste une grille de pixels. Et chaque pixel, il est défini par des suites de bits, des 0 et des

  19. Intervenant 1

    1. Mais attends, si on commence à bidouiller les bits d'une image pour y glisser, je ne sais pas, une revendication de droit d'auteur, l'image va forcément se déformer, non ? Les couleurs risquent de baver.

  20. Intervenant 2

    Bah non, pas si on utilise une astuce mathématique très précise basée sur le bit de poids faible.

  21. Intervenant 1

    Le bit de poids faible ?

  22. Intervenant 2

    Ouais. Concrètement, la couleur d'un pixel est codée par des nombres. Prenons le canal rouge, par exemple. Un rouge pur, il atteint la valeur de 255. Ok. Si on modifie uniquement le tout dernier bit de ce code, pour y cacher un fragment de notre texte en format ASCII, bah la valeur de ce rouge, elle passe à 254.

  23. Intervenant 1

    Donc techniquement, on modifie vraiment la couleur d'origine ?

  24. Intervenant 2

    Mathématiquement oui, mais physiologiquement parlant, l'œil humain est absolument incapable de percevoir la

  25. Intervenant 1

    différence. Ah ouais, entre un rouge à 255 et 254, c'est pareil pour nous.

  26. Intervenant 2

    C'est la même nuance, exactement. En altérant 1 pixel sur 50 de cette façon, d'une manière vraiment microscopique, l'image devient un transporteur aveugle.

  27. Intervenant 1

    C'est fascinant ça. L'image agit comme un coffre-fort. C'est de la cryptographie pure et simple en fait.

  28. Intervenant 2

    Alors attention, il y a une distinction conceptuelle primordiale ici.

  29. Intervenant 1

    Ah

  30. Intervenant 2

    bon ? Ouais. La cryptographie, ça sert à cacher le sens d'un message, à le rendre illisible. Mais ce dont on parle avec nos pixels, c'est de la stéganographie.

  31. Intervenant 1

    D'accord.

  32. Intervenant 2

    C'est une technique ancestrale qui date de l'Antiquité et dont le seul but est de cacher l'existence même du message.

  33. Intervenant 1

    Un « je vois ». Pour bien saisir la nuance, la cryptographie, c'est rédiger une lettre dans une langue extraterrestre et la stéganographie, c'est prendre une lettre écrite normalement et la cacher dans la pâte d'un gâteau avant la cuisson.

  34. Intervenant 2

    C'est ça.

  35. Intervenant 1

    Personne ne se doute qu'il y a un secret à l'intérieur.

  36. Intervenant 2

    L'idée est là, mais ta métaphore du gâteau est là ses limites,

  37. Intervenant 1

    pour le coup. Comment ça ?

  38. Intervenant 2

    Bah si quelqu'un coupe le gâteau, il tombe forcément sur la lettre. Avec notre image numérique, même si un curieux zoome à fond sur les pixels altérés, il verra rien d'autre qu'une couleur tout à fait normale.

  39. Intervenant 1

    Ah oui, le secret ressemble juste à un banal pigment.

  40. Intervenant 2

    Absolument. Sans un algorithme informatique bien précis pour extraire ces bits de poids faible, l'information reste complètement indétectable.

  41. Intervenant 1

    Mais attends, que se passe-t-il si un pirate a des doutes et passe l'image dans un logiciel d'analyse steganographique ? Dès que le message est extrait, la protection tombe, non ? Se reposer juste sur la discrétion, ça me semble être une grosse faille.

  42. Intervenant 2

    Et c'est exactement pour ça que les sources du dossier recommandent la convergence des disciplines.

  43. Intervenant 1

    On ne choisit pas entre les deux ?

  44. Intervenant 2

    Voilà, on les fusionne. D'abord, le message est chiffré grâce à la cryptographie. Ensuite, ce texte qui est devenu mathématiquement illisible, on le cache dans les pixels via la stéganographie.

  45. Intervenant 1

    La double serrure parfaite, quoi. Même si l'algorithme d'un pirate arrive à extraire l'ingrédient secret de l'image,

  46. Intervenant 2

    il se retrouve face à un charabia incompréhensible, ouais.

  47. Intervenant 1

    C'est brillant.

  48. Intervenant 2

    Cette convergence, elle garantit la propriété intellectuelle sans jamais toucher au visuel. Et ça transforme fondamentalement la nature des fichiers numériques qu'on croise tous les jours. Chaque image, c'est potentiellement une coquille mathématique porteuse d'infos cachées.

  49. Intervenant 1

    C'est vrai que ça laisse songeur. Sachant qu'une modification imperceptible d'une poignée de pixels peut abriter des pages entières de textes cryptés, il y a une question qui

  50. Intervenant 2

    s'impose.

  51. Intervenant 1

    Combien de messages secrets indétectables ont silencieusement défilé sur les écrans aujourd'hui même, tranquillement dissimulés sous les traits du mème ou de la photo la plus banale des réseaux sociaux ?

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