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28 janv. 2018 · 24 min

Risque : votre choix change-t-il si le pari se répète ?

Dans cet épisode, choisissez entre 1 000 euros certains et deux chances sur dix de gagner 10 000 euros, puis suivez ce que change la répétition.

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  1. Intervenant 1

    Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on commence tout de suite par un dilemme. Ouais,

  2. Intervenant 2

    un dilemme très classique.

  3. Intervenant 1

    Voilà, une petite expérience de pensée que je vous propose à vous qui nous écoutez de faire en direct avec nous. Imaginez qu'on vous offre deux options, là, maintenant. D'accord. L'option numéro une, on vous donne 1000 euros en cash.

  4. Intervenant 2

    Ok.

  5. Intervenant 1

    C'est garanti, vous les mettez dans votre poche, fin de l'histoire.

  6. Intervenant 2

    Plutôt sympa comme début de journée.

  7. Intervenant 1

    On est d'accord, mais attendez, il y a l'option numéro 2. On vous propose de jouer à un jeu. Vous avez 2 chances sur 10 de gagner 10 000 euros. Ce qui veut dire, logiquement, que vous avez 8 chances sur 10 de repartir sans le moindre centime. Donc le choix est entre vos mains. Que faites-vous ?

  8. Intervenant 2

    C'est l'un des dilemmes les plus révélateurs de la théorie de la décision et la réponse varie énormément d'une personne à

  9. Intervenant 1

    l'autre. Pour être totalement transparente, moi je ne réfléchis pas une demi-seconde. Je prends les 1000 euros.

  10. Intervenant 2

    Sans hésiter.

  11. Intervenant 1

    Sans hésiter, je sais que le gain potentiel de l'option 2 est énorme, gagner 10 000 euros c'est pas rien, mais l'idée d'avoir 80% de chance de tout perdre et de me retrouver avec zéro, je sais pas, psychologiquement ça bloque.

  12. Intervenant 2

    Ouais, c'est

  13. Intervenant 1

    sûr. Je préfère la sécurité d'un gain certain quoi.

  14. Intervenant 2

    Et c'est une réaction profondément humaine. La majorité des gens feront exactement le même choix que vous. Mais ce qui est fascinant, ce n'est pas tant le choix en lui-même, c'est la façon dont on va le justifier. Le débat sur ce qui pousse un individu à choisir la sécurité absolue plutôt qu'un gain potentiel beaucoup plus élevé, c'est un sujet qui déchire littéralement les mathématiciens et les économistes depuis le XVIIIe siècle.

  15. Intervenant 1

    Attendez, depuis le 18ème siècle ?

  16. Intervenant 2

    Ouais.

  17. Intervenant 1

    On se pose des questions sur des loteries depuis tout ce temps dans cette plongée ?

  18. Intervenant 2

    Absolument. Parce que, au-delà du simple jeu, c'est la définition même de la rationalité qui est en jeu ici. Depuis des siècles, la science essaie de faire quelque chose de très ambitieux.

  19. Intervenant 1

    Quoi

  20. Intervenant 2

    donc ? Transformer nos désirs humains, nos pulsions, notre besoin de sécurité ou même notre appât du gain en équations mathématiques pures.

  21. Intervenant 1

    Ah oui, carrément !

  22. Intervenant 2

    Le but, c'était de créer un modèle parfait du comportement rationnel.

  23. Intervenant 1

    Essayer de mettre une équation sur une émotion humaine comme la peur de perdre, ça me paraît être un sacré défi, non ?

  24. Intervenant 2

    C'est le moins qu'on puisse dire.

  25. Intervenant 1

    Comment est-ce qu'on s'y prend concrètement ? Parce que dans nos sources pour cette émission, on mentionne les travaux d'un certain Daniel Bernoulli, un mathématicien suisse du XVIIIe siècle. C'est lui qui a posé les premières briques, c'est ça ?

  26. Intervenant 2

    Tout à fait. Bernoulli s'est attaqué à ce problème en introduisant un concept qu'il a appelé l'espérance morale.

  27. Intervenant 1

    L'espérance morale.

  28. Intervenant 2

    Voilà. Avant lui, les mathématiciens regardaient les probabilités de manière très très froide. Un sou est un sou.

  29. Intervenant 1

    Un euro est un euro.

  30. Intervenant 2

    Exactement. Mais Bernoulli a eu cette intuition géniale. Il a compris que la valeur de l'argent, en fait, elle est subjective. L'utilité d'une somme d'argent ne dépend pas de son montant absolu, mais plutôt de ce qu'elle représente pour la personne qui la reçoit.

  31. Intervenant 1

    Bon, décortiquons tout ça.

  32. Intervenant 2

    Allez-y.

  33. Intervenant 1

    C'est ce qu'on appelle l'utilité, avec un grand U dans les documents.

  34. Intervenant 2

    C'est ça.

  35. Intervenant 1

    Pour bien visualiser, reprenons mon dilemme du début.

  36. Intervenant 2

    Ok.

  37. Intervenant 1

    Les 1000 euros garantis, pour moi, mettons que c'est suffisant pour m'acheter le dernier gadget électronique qui me fait envie.

  38. Intervenant 2

    Très bien.

  39. Intervenant 1

    Disons que sur une échelle imaginaire du bonheur, ce gadget m'apporte 70 unités de satisfaction.

  40. Intervenant 2

    Ok, donc on a une utilité de 70.

  41. Intervenant 1

    Voilà. En revanche, si je gagne les 10 000 euros, là je peux carrément changer de voiture.

  42. Intervenant 2

    C'est un changement de vie beaucoup plus significatif.

  43. Intervenant 1

    C'est ça. On pourrait dire que pour la voiture, l'utilité est de 300. Et

  44. Intervenant 2

    ben voilà, vous venez tout simplement de modéliser votre propre fonction d'utilité.

  45. Intervenant 1

    C'était pas si dur.

  46. Intervenant 2

    Non. Et c'est là que Bernoulli applique son concept d'espérance morale. Au lieu de calculer l'espérance financière purement monétaire, il va pondérer votre satisfaction par les probabilités.

  47. Intervenant 1

    D'accord, je vous suis.

  48. Intervenant 2

    Donc, pour votre option 1, les 1000 euros. Le gain est certain. La probabilité, c'est 100%, soit 1 en mathématiques.

  49. Intervenant 1

    Ouais.

  50. Intervenant 2

    Vous avez donc 70 unités de satisfaction multipliées par 1.

  51. Intervenant 1

    Donc, mon espérance morale reste de 70.

  52. Intervenant 2

    Exactement, 70.

  53. Intervenant 1

    D'accord. Un score de 70 pour la sécurité. Et pour le pari risqué de l'option 2, comment on fait le calcul ?

  54. Intervenant 2

    Pour l'option 2, on a dit que vous aviez 20% de chance d'obtenir la voiture.

  55. Intervenant 1

    Oui, les fameuses 2 chances sur 10.

  56. Intervenant 2

    Voilà. Cette voiture vaut 300 unités de satisfaction pour vous. On multiplie donc 300 par 0,2.

  57. Intervenant 1

    Ok. Ce qui nous donne 60.

  58. Intervenant 2

    Et ensuite, il faut ajouter les 80% de chances de ne rien gagner. Ce néant apporte logiquement une utilité de 0.

  59. Intervenant 1

    Donc 0 fois 0,8, ça fait toujours 0.

  60. Intervenant 2

    C'est ça. Donc l'espérance morale totale de cette option risquée plafonne à 60. Ah.

  61. Intervenant 1

    Si je compare les deux. Mon espérance morale pour les 1 000 euros garantis est de 60. Ouais.

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