tangenteAudio

25 avr. 2023 · 23 min

Projection stéréographique : l’enquête de la Bourse

Cet épisode suit les indices d’une carte en deux disques, des cercles aux angles conservés, pour révéler la projection utilisée à la Bourse de commerce.

Premium
Collections de cet épisode (7)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Merci, je suis vraiment ravi d'être là.

  3. Intervenant 1

    Alors, pour commencer cette nouvelle exploration, imaginons un instant une petite mission complètement impossible.

  4. Intervenant 2

    J'adore les missions impossibles en géométrie.

  5. Intervenant 1

    Prendre une orange, l'éplucher pour récupérer sa peau en un seul morceau et ensuite essayer de l'aplatir parfaitement sur une table sans la déchirer ni la froisser.

  6. Intervenant 2

    C'est physiquement et surtout géométriquement absolument impossible.

  7. Intervenant 1

    Totalement impossible, oui. Et pourtant, depuis des siècles, des esprits super brillants tentent de faire très exactement ça avec notre planète.

  8. Intervenant 2

    C'est le grand drame de la cartographie,

  9. Intervenant 1

    en fait. C'est ça. Bienvenue à l'écoute de cette nouvelle plongée au cœur des mathématiques où on prouve, une fois de plus, que la géométrie se cache vraiment dans les endroits les plus inattendus pour tenter de résoudre l'irrésoluble.

  10. Intervenant 2

    Absolument.

  11. Intervenant 1

    Et aujourd'hui, l'aventure commence en plein cœur de Paris pour se terminer carrément dans les lois fondamentales de la cour dure spatiale.

  12. Intervenant 2

    Un sacré voyage.

  13. Intervenant 1

    Ouais, le point de départ, alors, c'est la bourse de commerce.

  14. Intervenant 2

    Ah, un lieu fascinant pour démarrer une telle enquête mathématique. Depuis sa rénovation par l'architecte Tadao Ando, on y trouve ce gigantesque cylindre de béton brut qui s'élève sous une immense verrière du XIXe siècle. La lumière est

  15. Intervenant 1

    incroyable d'ailleurs.

  16. Intervenant 2

    Magnifique, oui. Et sous la coupole, il y a une fresque monumentale qui célèbre le commerce mondial.

  17. Intervenant 1

    Sauf que, attention, notre regard ne va absolument pas s'attarder sur cette coupole vertigineuse.

  18. Intervenant 2

    Non, pas du tout.

  19. Intervenant 1

    L'œil mathématique va plutôt se poser dans une pièce beaucoup plus discrète, au rez-de-chaussée, qui abrite la collection Pinot.

  20. Intervenant 2

    Voilà.

  21. Intervenant 1

    Et au milieu de toutes ces œuvres contemporaines, il y a un tableau très étrange. Un tableau inachevé qui date de 1865.

  22. Intervenant 2

    Exactement. C'est une carte du monde peinte en deux immenses disques par un artiste qui, ce jour, reste complètement anonyme.

  23. Intervenant 1

    Et le vrai mystère, c'est pas vraiment l'anonymat du peintre, c'est son tracé.

  24. Intervenant 2

    C'est là que ça devient intrigant. Quand on a l'habitude des planisphères classiques, ces grands rectangles souvent basés sur la projection de Mercator.

  25. Intervenant 1

    Où le Groenland a l'air presque aussi gigantesque que toute l'Afrique, genre.

  26. Intervenant 2

    C'est ça, une aberration visuelle totale. Eh bien, cette peinture de la Bourse de commerce frappe tout de suite par sa différence.

  27. Intervenant 1

    Ah oui, clairement.

  28. Intervenant 2

    Ici, le Groenland conserve une proportion beaucoup plus proche de la réalité. Le pôle Nord, ce n'est pas une longue ligne étirée sur toute la largeur supérieure du tableau, il est représenté par un point unique.

  29. Intervenant 1

    Ok, décortiquons un peu tout ça. Parce que la toute première pensée qui vient d'à l'esprit quand on voit la Terre représentée dans un cercle parfait comme ça, c'est de se dire, c'est visuel, c'est intuitif.

  30. Intervenant 2

    Une sorte de vue de l'esprit, oui.

  31. Intervenant 1

    Genre comme si on prenait un simple selfie de la Terre depuis l'espace quoi. Si un satellite prend une photo, bim, on obtient un beau disque bleu. On pourrait se dire que l'artiste de 1865 a simplement imaginé cette vue spatiale bien avant l'invention des fusées.

  32. Intervenant 2

    L'intuition de la photographie spatiale est super séduisante. En géométrie, ça porte même un nom, c'est la projection centrale ou projection conique.

  33. Intervenant 1

    D'accord.

  34. Intervenant 2

    Le mécanisme est d'ailleurs assez simple à modéliser. Le centre de la projection, on va dire que c'est l'objectif de notre appareil photo. Il est situé à une distance finie de la Terre.

  35. Intervenant 1

    Dans le vide ?

  36. Intervenant 2

    En orbite ? Voilà. Les rayons lumineux rebondissent sur la surface de la planète, voyagent dans le vide et convergent vers cet objectif en formant un immense cône.

  37. Intervenant 1

    D'où le terme « conique ».

  38. Intervenant 2

    Exactement. L'image est ensuite captée sur une surface plane, perpendiculaire à l'axe de vision.

  39. Intervenant 1

    Mais, et c'est là que j'ai un doute, est-ce qu'une simple photo comme ça permet vraiment d'obtenir un hémisphère complet tel qu'il est dessiné sur notre tableau parisien ? Ah ! Parce que si je tiens, disons, une orange ou une sphère dans ma main et que je la regarde de près, j'ai vraiment l'impression que les bords fuient, je ne vois pas la moitié parfaite.

  40. Intervenant 2

    Et c'est la première grande faille de cette hypothève. L'observateur, s'il est situé dans l'espace à une distance définie, il ne verra jamais la moitié exacte de la planète. C'est une pure impossibilité physique à cause de l'horizon de courbure.

  41. Intervenant 1

    Donc le fameux selfie spatial ne marche pas.

  42. Intervenant 2

    Non, car plus on s'approche des bords apparents de la sphère, plus la surface fuit vers l'arrière, comme vous le disiez. L'image capturée représentera toujours moins de 50% du globe.

  43. Intervenant 1

    Ah ouais, logique.

  44. Intervenant 2

    Mais il y a un argument encore plus destructeur pour cette théorie de la photo. C'est la forme que prendraient les lignes imaginaires de la Terre sur le plan.

  45. Intervenant 1

    Vous parlez des méridiens et des parallèles.

  46. Intervenant 2

    Oui. Que leur arriverait-il au moment de traverser l'objectif photographique ?

  47. Intervenant 1

    Ils seraient déformés.

  48. Intervenant 2

    Les mathématiques des sections coniques sont impitoyables. Si l'on projette une grille sphérique vers un point central, puis sur un plan, on réalise ce qu'on appelle la section bornée d'un cône par un plan incliné.

  49. Intervenant 1

    D'accord. Et visuellement, ça donne quoi ?

  50. Intervenant 2

    Eh bien, le résultat visuel de cette intersection, c'est pas un cercle, c'est obligatoirement une ellipse. Les lignes de notre belle grille géographique, elles s'étireraient, elles s'aplatiraient, inévitablement.

  51. Intervenant 1

    Et c'est là que le mystère s'épaissit grave, et que l'observation fine prend tout son sens.

  52. Intervenant 2

    Oui, quand on regarde l'œuvre de près.

  53. Intervenant 1

    Voilà, quand on s'approche vraiment de cette double toile inachevée et qu'on scrute les lignes rouges et bleues de la grille, particulièrement près des pôles, figurez-vous qu'on ne trouve aucune ellipse.

  54. Intervenant 2

    Aucune. Zéro.

  55. Intervenant 1

    Les méridiens et les parallèles dessinés par notre artiste mystère sont des cercles absolument parfaits.

  56. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ?

  57. Intervenant 1

    On pourrait se dire, c'est juste une facilité artistique, genre il a pris un compas parce que c'est plus joli sur la toile.

  58. Intervenant 2

    Mais l'espacement rigoureux de ces lignes prouve complètement le contraire. Il ne s'agit pas d'un dessin fait à main levée ou au feeling, c'est une construction mathématique d'une grande pureté.

  59. Intervenant 1

    Ce n'est donc absolument pas une photo de l'espace. La théorie tombe à l'eau.

  60. Intervenant 2

    Totalement. La présence formelle de ces cercles change la donne. Puisque ce réseau géométrique exclut l'idée d'un point de vue extérieur éloigné, la géométrie nous dicte qu'il faut changer radicalement la position de notre observateur. Où est-ce

  61. Intervenant 1

    qu'on le met

  62. Intervenant 2

    alors ? Pour que ce croisement super complexe de la sphère se transforme en une symphonie de cercles sur un plan, il n'y a qu'une seule solution. Et elle est d'une élégance rare.

  63. Intervenant 1

    Le suspense est insoutenable.

  64. Intervenant 2

    Le centre de projection, donc notre fameux œil virtuel, ne doit pas flotter au loin dans l'espace. Il doit se trouver, attention, sur la surface même de la sphère.

  65. Intervenant 1

    Sur la Terre ?

  66. Intervenant 2

    Dessus. C'est le principe fondateur de la projection stéréographique.

  67. Intervenant 1

    Oh là là, c'est là que ça devient vraiment intéressant. Ok, pour qu'on puisse bien visualiser la scène, on va s'y prendre avec une image mentale.

  68. Intervenant 2

    Allez-y.

  69. Intervenant 1

    Imaginons que notre Terre soit un immense globe en verre, un globe totalement creux et super transparent. D'accord. Les continents sont peints sur la paroi, mais à l'extérieur. Maintenant, on vient coller notre œil très précisément contre la paroi intérieure de ce globe en verre.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.