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14 mars 2016 · 22 min

Pourquoi tant de savants pratiquaient-ils l’astrologie ?

Dans cet épisode, suivez l’histoire qui mène des calculs babyloniens aux savants de la Renaissance, puis à l’exclusion scientifique de l’astrologie.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bonjour et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment très heureux d'ouvrir cette nouvelle émission.

  2. Intervenant 2

    Bonjour, moi aussi je suis ravie d'être là.

  3. Intervenant 1

    Alors pour commencer cette plongée dans nos sources d'aujourd'hui, on va se pencher sur un événement historique qui est complètement vertigineux.

  4. Intervenant 2

    Oh oui, le mot est

  5. Intervenant 1

    faible. On est en septembre 1576 et il y a l'un des plus grands mathématiciens d'Europe, un homme dont les équations ont littéralement révolutionné l'algèbre, qui s'enferme chez lui.

  6. Intervenant 2

    C'est ça. Et il arrête volontairement de s'alimenter.

  7. Intervenant 1

    Exactement. Il choisit de mourir de faim. Et la question, c'est pourquoi ? Parce qu'il avait calculé, à l'aide d'équations et de relevés planétaires, que c'était le jour exact de sa mort.

  8. Intervenant 2

    Ouais, c'est glaçant.

  9. Intervenant 1

    Et pour cet esprit brillant, il était absolument hors de question que les mathématiques puissent avoir tort.

  10. Intervenant 2

    C'est une porte d'entrée saisissante. Effectivement, ça pose d'emblée le paradoxe qu'on va explorer aujourd'hui. D'ordinaire, quand on pense à l'histoire des sciences, on imagine une espèce de lente marche triomphale de la rationalité.

  11. Intervenant 1

    C'est clair, on se dit que les mathématiques, la logique pure, ce sont les antidotes naturelles contre la superstition.

  12. Intervenant 2

    Voilà, on imagine une belle ligne droite bien nette.

  13. Intervenant 1

    Mais bon, lorsqu'on épluche la documentation, cette belle ligne droite, elle vole complètement en éclats.

  14. Intervenant 2

    Elle n'existe pas du tout en fait.

  15. Intervenant 1

    Non, c'est clair. Et la mission de notre analyse d'aujourd'hui, c'est de comprendre pourquoi les esprits les plus rationnels, les esprits les plus rigoureux de l'histoire des sciences, ont été non seulement tentés, mais souvent totalement obsédés par l'astrologie. Réussis à s'en extraire.

  16. Intervenant 2

    C'est un sujet d'une richesse épistémologique vraiment formidable parce que c'est très facile avec le confort de notre regard contemporain de sourire en lisant que, je ne sais pas, de grands astronomes faisaient des horoscopes.

  17. Intervenant 1

    Oui, on se dit qu'ils étaient un peu naïfs.

  18. Intervenant 2

    C'est ça. Mais pour comprendre, il faut accepter que pendant des millénaires, la frontière entre l'astronomie balbutiante et l'astrologie prédictive, elle n'était pas seulement poreuse. En fait, elle n'existait tout simplement

  19. Intervenant 1

    pas. Pour ne pas juger de manière anachronique, il faut vraiment revenir aux origines géométriques de cette pratique. Parce que, d'après nos textes, l'astrologie, elle ne commence pas avec des charlatans dans des foires.

  20. Intervenant 2

    Non, pas du tout.

  21. Intervenant 1

    Elle naît d'un impératif de calcul extrêmement pointu.

  22. Intervenant 2

    Absolument. Il faut remonter environ 3000 ans avant notre ère, en Mésopotamie. Et là, le ciel de Babylone, ce n'est pas vu comme un espace physique tel qu'on le conçoit aujourd'hui.

  23. Intervenant 1

    C'est plutôt quoi alors ?

  24. Intervenant 2

    C'est perçu comme un immense tableau d'affichage divin.

  25. Intervenant 1

    Ah oui, d'accord.

  26. Intervenant 2

    Les prêtres ont une vraie fonction d'État. Ils doivent surveiller ce tableau pour prévenir le souverain de tout ce qui pourrait menacer le royaume, genre de mauvaises récoltes ou des guerres. Et c'est là que l'exigence de la mesure intervient. Parce qu'à force de scruter la voûte céleste, ils se rendent compte que les phénomènes ne sont pas aléatoires.

  27. Intervenant 1

    Il y a des cycles quoi.

  28. Intervenant 2

    Exactement, il y a des

  29. Intervenant 1

    cycles. Et pour mesurer un cycle sur une voûte céleste qui est sphérique, il faut forcément inventer des outils mathématiques spécifiques.

  30. Intervenant 2

    C'est la naissance de la géométrie angulaire, tout simplement. Les babyloniens y mettent en place un système sexagésimal.

  31. Intervenant 1

    C'est-à-dire en basse 60 ?

  32. Intervenant 2

    C'est ça, en basse 60. Et c'est d'ailleurs grâce à eux que quiconque écoute ce podcast aujourd'hui divise un cercle en 360 degrés ou une heure en 60 minutes.

  33. Intervenant 1

    C'est fou de se dire que ça vient de là quand

  34. Intervenant 2

    même. Mais oui.

  35. Intervenant 1

    Ils devaient calculer les angles entre les planètes, le soleil, la lune, avec une précision redoutable pour réussir à prévoir, par exemple, le cycle extrêmement complexe des éclipses.

  36. Intervenant 2

    Donc l'outil mathématique, il s'est vraiment forgé sur cette nécessité de repérer un ordre caché du cosmos.

  37. Intervenant 1

    Et après, il y a un transfert culturel qui est fascinant vers la Grèce antique, parce que les Grecs qui reprennent toute cette ingénierie mathématique babylonienne, Mais ils la fusionnent avec leur propre panthéon, leur propre mythologie.

  38. Intervenant 2

    Oui, ils s'approprient vraiment le truc.

  39. Intervenant 1

    Voilà. Et surtout, la focale, elle change. On passe d'une astrologie d'État, qui est destinée au roi, à une astrologie individuelle avec l'invention de l'horoscope de naissance. Et tout ce corpus-là, tous ces calculs et ces mythes, ça va être synthétisé au deuxième siècle de notre ère par un homme fondamental, Claude Ptolémée.

  40. Intervenant 2

    Ah, Ptolémée, c'est un géant de l'Antiquité, c'est sûr. Son œuvre majeure sur le sujet, ça s'appelle le Tétrabible. Et ce qui est brillant chez lui, c'est qu'il fait un véritable travail de rationalisation. Il compile les données, il trie et surtout, il opère une séparation qui va durer des siècles.

  41. Intervenant 1

    La fameuse séparation entre deux types d'astrologie.

  42. Intervenant 2

    C'est ça. D'un côté, ce qu'il nomme l'astrologie naturelle, qui correspond en gros à la description cinématique des astres.

  43. Intervenant 1

    Donc notre astronomie moderne en fait.

  44. Intervenant 2

    Voilà. Et de l'autre, l'astrologie judiciaire, celle qui prétend utiliser ses positions pour émettre un jugement sur l'avenir des hommes.

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