
17 janv. 2019 · 28 min
Fluxions de Newton : des planètes au calcul moins commode
Dans cet épisode, suivez pas à pas la fluxion — vitesse de variation d’une grandeur — jusqu’aux trajectoires planétaires, puis à la comparaison avec Leibniz.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente pour une nouvelle exploration de nos sources scientifiques. Et aujourd'hui, je suis vraiment ravie parce qu'on s'attaque à un sujet qui est complètement vertigineux.
Intervenant 2
Salut Evelyne. Oui, enfin bonjour tout le monde. C'est clair que c'est un sujet assez massif.
Intervenant 1
En fait, il y a quelque chose d'assez ironique quand on observe le ciel étoilé par une nuit totalement dégagée. L'esprit humain, on s'imagine tout de suite des sphères parfaites, des trajectoires divines, une sorte d'horlogerie cosmique avec une symétrie absolue.
Intervenant 2
C'est la vision classique. Une perfection géométrique qui est presque intimidante.
Intervenant 1
Exactement. Et pourtant, le moment précis où l'humanité a vraiment réussi à décoder ce balai cosmique, c'est le moment où cette belle image de perfection divine s'est complètement effritée. Ça
Intervenant 2
a volé en éclats, oui.
Intervenant 1
C'est ça. On quitte un peu les cieux immaculés pour se retrouver littéralement les mains dans la terre, au milieu d'un banal parterre de fleurs avec de simples piquets en bois et un bout de corne un peu lâche.
Intervenant 2
C'est une image tellement inattendue pour de l'astrophysique.
Intervenant 1
Grave ! Et c'est justement ce grand basculement qu'on va explorer aujourd'hui. On plonge dans un article fascinant qui s'intitule « Les fluxions de Newton ». L'objectif de notre immersion, du coup, c'est de comprendre comment des concepts géométriques d'une simplicité enfantine ont permis à Isaac Newton de forger un tout nouveau langage mathématique.
Intervenant 2
Un langage qui va carrément lier la physique aux mathématiques pour enfin révéler les lois fondamentales de l'univers en fait.
Intervenant 1
Voilà, c'est notre mission du jour.
Intervenant 2
Et c'est une histoire qui démontre de manière magistrale que les mathématiques, ce n'est pas qu'une simple boîte à outils abstraite. Ce n'est pas une discipline isolée de la réalité dans une tour d'ivoire. Sans ce langage spécifique, les observations astronomiques les plus pointues restaient totalement muettes. Il a vraiment fallu inventer une nouvelle grammaire pour que la nature accepte enfin de nous parler.
Intervenant 1
Pour bien saisir l'ampleur de cette révolution, je pense qu'il faut d'abord se pencher sur le problème colossal dont Newton a hérité.
Intervenant 2
Ah oui, le fameux bourbier astronomique.
Intervenant 1
C'est un peu ça. On est au début du XVIIe siècle et la communauté scientifique croule littéralement sous des montagnes de données. Il y a un astronome du nom de Tycho Brache qui a passé des décennies à scruter le ciel à l'œil nu toutes les nuits.
Intervenant 2
Un travail de titan, quoi.
Intervenant 1
Et du coup, il a accumulé des relevés de positions planétaires d'une précision hallucinante pour l'époque. Mais accumuler des chiffres, ça ne suffit pas à comprendre l'univers, n'est-ce pas ?
Intervenant 2
Bah non, clairement pas. Les données brutes, ça ne forme pas une théorie. Tycho Brahe était un observateur obsessionnel, un compilateur de génie, mais il lui manquait le cadre conceptuel pour unifier tout ça. Le
Intervenant 1
sens caché derrière les chiffres, en gros.
Intervenant 2
Exactement. Le flambeau est donc passé à Johannes Kepler. Kepler récupère toutes ses archives astronomiques et il s'acharne, mais vraiment pendant des années, à faire correspondre le mouvement des planètes avec la forme géométrique reine, à savoir le cercle. Ah
Intervenant 1
oui, le cercle,
Intervenant 2
l'obsession ultime. Depuis l'Antiquité, le cercle était perçu comme la forme ultime. Les mouvements célestes se devaient être strictement circulaires parce que le cercle représentait une sorte d'idéal abstrait, un truc impossible à remettre en question.
Intervenant 1
Sauf que la réalité refusait de se plier à ce dogme. En fait, les calculs de Kepler montraient systématiquement un léger décalage avec les observations de Brahe. Ça ne rentrait pas dans les cases.
Intervenant 2
C'était le petit grain de sable qui bloquait toute la machine.
Intervenant 1
Et c'est en osant briser cette obsession du cercle parfait que Kepler finit par formuler sa première grande loi. Et là, c'est le choc. Les planètes ne tournent pas en rond, leurs trajectoires sont des ellipses.
Intervenant 2
Et oui, des ellipses.
Intervenant 1
Le Soleil n'est pas au centre exact, il occupe ce qu'on appelle l'un des foyers de cette ellipse. D'ailleurs, d'accord, décortiquons ça un instant, l'article de Tangente utilise une analogie assez surprenante pour visualiser cette forme.
Intervenant 2
Ah, l'analogie du jardinier, je suppose.
Intervenant 1
C'est ça. Tracer l'orbite d'une planète, à la base, c'est utiliser exactement la même technique que celle d'un jardinier qui trace un parterre de fleurs. Ça paraît fou, non ?
Intervenant 2
C'est brillant, en fait. Cette fameuse méthode du jardinier, ça démystifie complètement cette forme géométrique, une forme qui était pourtant étudiée depuis les Grecs anciens comme l'intersection entre un cône et un plant, un truc assez abstrait.
Intervenant 1
Un peu lourd à imaginer, oui.
Intervenant 2
Alors que là, mathématiquement, une ellipse, c'est juste défini comme l'ensemble des points, dont la somme des distances à deux points fixes qu'on appelle les foyers, et bien cette somme reste toujours constante.
Intervenant 1
Du coup, si on imagine la méthode concrète des trois piquets, c'est d'une simplicité redoutable. On plante deux piquets fixes dans la Terre, ceux-là, ils représentent nos deux foyers.
Intervenant 2
D'accord.
Intervenant 1
Ensuite, on attache une corde entre ces deux piquets, mais attention en s'assurant qu'elle est plus longue que la distance qui les sépare. Il faut qu'elle reste lâche, un peu molle.
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