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14 mars 2016 · 24 min

Pourquoi l’astrologie est-elle moins ancienne qu’on le croit ?

Dans cet épisode, suivez le passage des présages babyloniens aux horoscopes calculés des Grecs, puis leur diffusion jusqu’à la Renaissance.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Très heureux de vous retrouver pour une exploration qui risque fort de bousculer un peu tout ce que vous pensiez savoir.

  2. Intervenant 2

    Oui, on va dire que ça va dépoussiérer quelques clichés, c'est

  3. Intervenant 1

    sûr. C'est ça, oui. Bonjour à vous et merci de m'accompagner pour cette plongée dans nos sources du jour. Parce que si vous imaginez, et je m'adresse à ceux qui nous écoutent, que l'astrologie est une sorte de vieille magie brumeuse, très intuitive, un truc hérité de l'aube des temps avec des chamanes autour d'un feu, eh bien, détrompez-vous.

  4. Intervenant 2

    Totalement. En fait, c'est l'inverse.

  5. Intervenant 1

    Voilà. D'après l'article que nous allons décortiquer aujourd'hui, un article fascinant intitulé « Les débuts de l'astrologie », cette pratique, elle ressemble en réalité beaucoup plus à un gigantesque tableur Excel antique. Un très gros

  6. Intervenant 2

    tableur Excel, oui.

  7. Intervenant 1

    Avec beaucoup, beaucoup de variables. Donc, notre mission aujourd'hui, c'est de comprendre comment une pratique que nous classons, de nos jours en tout cas, dans les pseudosciences, a paradoxalement été le grand moteur des mathématiques de pointe. Rien que ça.

  8. Intervenant 2

    Rien que ça, oui. Et pour comprendre ce paradoxe, il faut opérer un vrai grand nettoyage historique dès le départ. La naissance de l'astrologie, enfin telle qu'on la conçoit aujourd'hui, dans les magazines, avec ses calculs, ses maisons, ses ascendants, tout ça, ça n'a absolument rien d'un savoir primitif.

  9. Intervenant 1

    D'accord.

  10. Intervenant 2

    C'est une technologie intellectuelle qui a été façonnée de manière assez tardive au final, principalement par les Grecs. Surtout pendant la période hélénistique et romaine.

  11. Intervenant 1

    Mais attendez, avant d'en arriver aux grecs, parce que nos documents, eux, ils remontent d'abord aux babyloniens.

  12. Intervenant 2

    Oui, tout à fait.

  13. Intervenant 1

    Vers le 7e siècle avant notre ère, environ. Mais la démarche à cette époque, elle n'a visiblement rien à voir. J'essaie de me représenter un astronome babylonien. Bon, il regarde le ciel à l'œil nu, mais il ne cherche pas à savoir si, je ne sais pas moi, si le petit citoyen du coin va rencontrer l'amour mardi prochain, on est d'accord.

  14. Intervenant 2

    Ah non, on en est très très loin. L'astronomie babylonienne de cette époque, c'est ce qu'on pourrait appeler de l'observation d'État. En fait, la voûte céleste, elle est perçue comme un gigantesque tableau d'affichage divin.

  15. Intervenant 1

    Un panneau d'affichage, oui.

  16. Intervenant 2

    Voilà. Mais attention, les messages qui y sont inscrits ne s'adressent qu'à la nation ou au souverain directement. On scrute le ciel à l'œil nu pour y chercher des présages macroscopiques, quoi.

  17. Intervenant 1

    Macroscopique, c'est-à-dire pour l'Empire entier ?

  18. Intervenant 2

    Exactement. Une éclipse, par exemple, ce n'est pas un signe pour un individu. C'est une alerte rouge concernant une menace militaire potentielle pour l'Empire ou un risque d'effondrement des récoltes. Le zodiaque tel qu'on le découpe aujourd'hui avec ses douze signes bien réguliers, il n'existe pas encore.

  19. Intervenant 1

    D'accord.

  20. Intervenant 2

    Et l'idée même qu'un astre s'intéresse ou prenne la peine de s'intéresser au destin d'un simple individu, d'un paysan babylonien, ça n'effleure personne.

  21. Intervenant 1

    Donc on est plutôt face à des observateurs de disons de météo-géopolitique en quelque sorte.

  22. Intervenant 2

    C'est une très bonne image, oui.

  23. Intervenant 1

    Ils regardent les nuages cosmiques pour voir si une tempête va s'abattre sur la capitale.

  24. Intervenant 2

    Ouais, c'est ça.

  25. Intervenant 1

    Mais alors comment est-ce qu'on passe de ce système global très macro à l'horoscope individuel qui lui est hyper centré sur la personne, sur le moment de sa naissance ?

  26. Intervenant 2

    La bascule conceptuelle, elle se fait progressivement, mais elle devient vraiment visible vers la fin du 5e siècle avant notre ère. Et c'est ce qu'on appelle l'apparition de l'astrologie horoscopique. Et l'idée révolutionnaire à ce moment-là, c'est de figer le ciel.

  27. Intervenant 1

    Figer le ciel ?

  28. Intervenant 2

    Oui. Au lieu de regarder les astres bouger, de les observer évoluer au fil des mois pour y lire des alertes, on fait une espèce de capture d'écran du ciel.

  29. Intervenant 1

    Ah oui, on prend une photo quoi.

  30. Intervenant 2

    Voilà, on note la position du soleil, de la lune et des cinq planètes visibles. Et on fait ça à un instant d'une précision absolue, à savoir l'heure exacte de la naissance d'un individu.

  31. Intervenant 1

    Et c'est là que les Grecs entrent en scène, si je comprends bien l'article, au IIIe et IIe siècle avant notre ère. Ils prennent cette idée babylonienne de capture d'écran et en fait ils en font une véritable machine de guerre mathématique.

  32. Intervenant 2

    De l'empirisme, de la simple observation à la modélisation pure.

  33. Intervenant 1

    Donc l'observation directe la nuit, dans le froid, c'est remplacé par le calcul sur un bureau.

  34. Intervenant 2

    Oui. Les Grecs, ce qu'ils font, c'est qu'ils structurent le Zodiac géométriquement. Et à partir de là, pour savoir ce qui va se passer ou ce qui s'est passé, vous n'avez même plus besoin de regarder le ciel physique.

  35. Intervenant 1

    D'accord.

  36. Intervenant 2

    Vous avez juste besoin de tables astronomiques et de formules pour calculer où se trouvaient les planètes à un instant précis. Et ça, même si la personne est née il y a 40 ans.

  37. Intervenant 1

    C'est fou de se dire qu'ils avaient déjà cette approche-là. Et l'article cite d'ailleurs le philologue André-Jean Festugière qui résume cette invention grecque par une phrase qui mérite vraiment qu'on s'y arrête, je trouve.

  38. Intervenant 2

    Oh oui, elle est parfaite cette citation.

  39. Intervenant 1

    Alors je la lis. Il dit « L'astrologie hélénistique est l'amalgame d'une doctrine philosophique séduisante, d'une mythologie absurde et de méthodes savantes employées à contre-temps. »

  40. Intervenant 2

    C'est brillant, mais c'est très dense.

  41. Intervenant 1

    Oui, très dense. J'aimerais bien qu'on s'attarde là-dessus et qu'on la décortique ensemble.

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