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15 oct. 2024 · 5 min

Pierre Cartier, le passeur de maths sans frontières

Dans ce podcast, suivez son parcours de Bourbaki à l’IHÉS et découvrez comment ce passeur reliait les domaines et partageait ses idées.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans cette nouvelle exploration, le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on plonge dans une histoire assez incroyable. Fin août 2024, le journal Le Monde publie une nécrologie et elle est signée par un fantôme. Ouais, c'est

  2. Intervenant 2

    exactement le mot, un fantôme.

  3. Intervenant 1

    En fait, c'est le collectif secret Nicolas Bourbaki qui annonce le décès du grand mathématicien français Pierre Cartier, disparu à 92 ans.

  4. Intervenant 2

    Et l'ironie de cette annonce, elle est vraiment frappante. Parce que Pierre Cartier, qui était connu pour son côté très volubile et disons son esprit facétieux, il avait lui-même proclamé la mort de ce même groupe Bourbaki, il y a quoi, plus de 40 ans.

  5. Intervenant 1

    C'est un retour de flamme posthume assez savoureux.

  6. Intervenant 2

    Carrément.

  7. Intervenant 1

    Et c'est précisément ce paradoxe qui motive notre analyse aujourd'hui. D'un côté, on a ce mathématicien qui agit à visage découvert, un véritable ambassadeur mondial des maths. Et de l'autre, il a été la voix, la cheville ouvrière d'un groupe ultra secret. Imaginons un instant un grand chef cuisinier.

  8. Intervenant 2

    Un chef cuisinier, comment ça ?

  9. Intervenant 1

    Un chef qui écrirait l'encyclopédie culinaire ultime, de manière totalement anonyme, mais qui en même temps voyagerait partout pour distribuer ses propres ingrédients secrets.

  10. Intervenant 2

    Ah oui, c'est une excellente analogie ! Ce collectif, formé en 1935, ne se contentait pas de chercher des nouvelles équations. Leur but était titanesque.

  11. Intervenant 1

    Il voulait tout refonder,

  12. Intervenant 2

    non ? Exactement, refonder l'intégralité des mathématiques sur des bases d'une rigueur absolue. Pour reprendre ton image du dictionnaire, c'était comme réécrire le dictionnaire de l'univers en utilisant qu'une poignée de lettres fondamentales. Et Pierre Cartier, en fait, en a été le rédacteur acharné de 1955 à 1983.

  13. Intervenant 1

    Mais du coup, si on passe presque 30 ans à s'effacer derrière un pseudonyme collectif pour dicter toutes ces règles, comment on parvient à laisser sa propre trace ? Parce qu'en géométrie algébrique, son nom a survécu à l'anonymat.

  14. Intervenant 2

    C'est là qu'on voit son génie. La rigueur de Bourbaki ne l'a pas du tout empêché d'avoir ses propres percées individuelles. On lui doit notamment les fameux diviseurs de quartier.

  15. Intervenant 1

    Ah oui, on en entend souvent parler. C'est quoi exactement, en termes simples ?

  16. Intervenant 2

    Pour faire simple, si on étudie une forme géométrique hyper complexe, genre une surface multidimensionnelle, un diviseur de Cartier c'est un outil mathématique qui permet de repérer les failles ou les pôles d'une fonction sur cette surface.

  17. Intervenant 1

    D'accord, ça donne une sorte de carte topologique précise, quoi.

  18. Intervenant 2

    C'est ça. Ça révèle la structure profonde de l'objet, plutôt que de s'arrêter à son apparence globale.

  19. Intervenant 1

    Donc, au lieu de juste observer la forme de l'extérieur, il a carrément créé la boussole pour cartographier ses anomalies, pour comprendre comment elle tient debout.

  20. Intervenant 2

    Précisément. Et ce qui est vraiment marquable, c'est la façon dont il diffusait ce genre d'outils. Bon, il a eu un parcours dingue, Strasbourg, le CNRS, Polytechnique, le NS, mais c'est vraiment à l'Institut des Hautes Études Scientifiques, l'IHES.

  21. Intervenant 1

    Dans les années 70 ?

  22. Intervenant 2

    Ouais, dans les années 70, que sa méthode prend tout son sens. C'est là qu'il côtoie le légendaire Alexandre Grotundiek, qu'il avait d'ailleurs rencontré à l'origine chez Bourbaki.

  23. Intervenant 1

    Il y a une devise de Cartier qui ressort tout le temps, c'est « les frontières, elles sont faites pour être transgressées ». Et ça se prend au pied de la lettre. Concrètement, comment ça s'appliquait à sa recherche ? Parce que là, on n'est plus seulement dans la géométrie pure.

  24. Intervenant 2

    Non, justement. Il refusait totalement de s'enfermer. Il n'avait pas peur de ce qu'il appelait les « idées folles ».

  25. Intervenant 1

    Les idées folles, j'aime beaucoup le terme.

  26. Intervenant 2

    C'est génial. Il prenait une théorie développée pour la géométrie et il cherchait comment l'appliquer à la physique quantique ou à la combinatoire. Si deux domaines semblaient n'avoir aucun lien, hop, il cherchait le pont caché entre eux.

  27. Intervenant 1

    C'est un peu le principe de l'abeille pollinisatrice. Il butine une idée folle dans un champ mathématique et au lieu de garder le miel pour lui, il le transporte dans un tout autre domaine pour créer une discipline hybride.

  28. Intervenant 2

    C'est le mécanisme même de sa pensée. Une grande partie de son influence, en fait, elle ne se mesure pas au nombre d'articles où il est en premier auteur. Ça se mesure aux graines qu'il a plantées lors de simples conversations de couloir.

  29. Intervenant 1

    C'est fou !

  30. Intervenant 2

    De nombreux concepts majeurs, développés plus tard par d'autres mathématiciens reconnus, sont nés juste d'une intuition que Cartier leur avait généreusement glissée.

  31. Intervenant 1

    Il l'a d'ailleurs fait géographiquement aussi en voyageant énormément avec le CIMPA et l'UNESCO pour développer la recherche dans les pays du Sud. Ce qui nous amène à son véritable statut, celui de passeur. Le progrès scientifique ne repose pas uniquement sur le mythe du génie isolé devant son tableau noir.

  32. Intervenant 2

    Derrière un collectif comme Bourbaki ou derrière les collègues qu'on inspire, c'est essentiel pour laisser les idées prospérer.

  33. Intervenant 1

    C'est clair. Et ce parcours fascinant soulève une vraie question sur le fonctionnement de la science d'aujourd'hui, à une époque où la recherche est devenue hyper compétitive, de plus en plus cloisonnée et vraiment dominée par l'obsession de la publication individuelle.

  34. Intervenant 2

    Ah ça, publier ou périr, ouais !

  35. Intervenant 1

    Voilà, on peut vraiment se demander, l'ère du mathématicien universel et généreux, capable d'offrir sa meilleure idée folle le temps d'une simple conversation, est-elle définitivement révolue ?

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