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31 juil. 2026 · 12 min

Grothendieck : pourquoi deux mille pages sur la mémoire ?

Dans ce podcast, entrez dans Récoltes et Semailles et suivez les détours de la mémoire par lesquels Grothendieck examine les noms, les relations et lui-même.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Bonjour à toutes et à tous. Bonjour. Aujourd'hui, on entame une nouvelle plongée documentaire autour d'une figure monumentale, Alexandre Grothendieck. Ah

  2. Intervenant 2

    oui, un nom

  3. Intervenant 1

    incontournable. Complètement, mais alors on a souvent l'habitude de croiser son nom sous l'angle du cliché, le génie mathématique incompris ou l'ermite qui tourne le dos à la société. C'est l'image d'Épinel. Voilà. Et notre mission aujourd'hui, avec toutes les sources qu'on a rassemblées, c'est de l'aborder sous un jour très différent. On va essayer de comprendre comment, chez cet homme, la pratique mathématique était intimement liée à une esthétique du langage.

  4. Intervenant 2

    Et c'est vraiment le cœur de son œuvre. L'objectif de Grothendieck, au fond, ce n'était pas juste de résoudre des problèmes pour résoudre des problèmes.

  5. Intervenant 1

    D'accord.

  6. Intervenant 2

    Il y avait un besoin viscéral de parvenir à dire le non-dit. Et ça passait par une exigence du mot juste, la définition absolue, celle qui ne laisse plus aucune zone d'ombre.

  7. Intervenant 1

    Une quête de clarté totale, quoi.

  8. Intervenant 2

    Exactement. Que ce soit dans l'abstraction athématique la plus totale ou même dans les relations humaines.

  9. Intervenant 1

    Et c'est un point de départ saisissant parce que, avant même de chercher à nommer les structures invisibles de l'univers, Grothendieck a dû d'abord chercher son propre nom.

  10. Intervenant 2

    Ce qui n'est pas une mince affaire dans son cas.

  11. Intervenant 1

    C'est le moins qu'on puisse dire. Le chaos identitaire de ses premières années, c'est vertigineux. Il naît à Berlin en 1928 sous le nom d'Alexander Radatz.

  12. Intervenant 2

    Oui, qui s'avère être le nom du compagnon de sa mère, Johanna, et pas celui de son père.

  13. Intervenant 1

    C'est ça. Ensuite, il devient Alexander Grothendieck Radatz pour finalement garder le nom de jeune fille de sa mère, donc Alexander Grothendieck. Et il y a une béance tragique là-dedans, c'est qu'il ne porte pas le nom de son père biologique.

  14. Intervenant 2

    Alexandre Chapirot.

  15. Intervenant 1

    Voilà. Un nom d'origine juive qu'il n'a évidemment jamais pu porter sous l'Allemagne nazie. Son père, qui est un militant anarchiste, finira assassiné à Auschwitz vers la fin de 1942.

  16. Intervenant 2

    C'est une fondation extrêmement douloureuse. D'ailleurs, sa mère a écrit une vaste autobiographie qui s'appelle « Eine Frau », « Une femme ». Et ce texte, bien qu'inachevé, va servir de contre-modèle, mais aussi d'encouragement à écrire pour lui plus tard.

  17. Intervenant 1

    C'est fascinant de voir cette fondation si mouvante. Comment on peut bâtir un édifice logique et mathématique rigoureux Ce qui est fascinant ici,

  18. Intervenant 2

    c'est le lien entre ce chaos et son besoin viscéral de trouver un ordre. Nos sources relatent un détail incroyable sur sa période dans les camps d'internement français avec sa mère.

  19. Intervenant 1

    Ah oui, cette citation.

  20. Intervenant 2

    Oui, il dit, je cite de mémoire, qu'il y avait la magie des nombres et des mots, et aussi des rythmes. Il écrit même « fut un temps où je ne parlais qu'en rythme ».

  21. Intervenant 1

    C'est poétique, mais concrètement comment on parle en rythme quand on est enfant dans un camp d'internement ?

  22. Intervenant 2

    Bah le rythme, c'est la toute première manifestation d'un ordre dans le chaos. Avant que le langage n'ait un sens, avant que les mots ne soient porteurs de deuil ou d'absence, le rythme c'est une structure.

  23. Intervenant 1

    Une structure pure en fait.

  24. Intervenant 2

    Voilà. Le jeune Alexandre, au milieu de cet effondrement total, où même le nom de son père est effacé, s'accroche au symbole pur, à la répétition logique. Le mystère des rythmes, pour lui, ça allait bien au-delà des mots.

  25. Intervenant 1

    Donc le besoin de mathématiques naîtrait presque d'un instinct de survie psychologique pour trouver un ancrage.

  26. Intervenant 2

    Totalement. C'est le refuge prélinguistique par excellence.

  27. Intervenant 1

    Bon, décortiquons tout ça.

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