tangenteAudio

7 mai 2024 · 20 min

Philippe Leblanc : peut-on lire les nombres dans ses œuvres ?

Dans cet épisode, partez d’une question : comment lire un nombre dans une œuvre ? Des couleurs aux parcours géométriques, découvrez les réponses de l’artiste.

Premium
Collections de cet épisode (8)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue à tous dans le podcast du magazine Tangente. Imaginons un instant une scène toute bête. On prend un simple lacet de chaussures, on le tient mollement par les deux bouts et on le laisse

  2. Intervenant 2

    pendre. Juste le laisser pendre, sans forcer.

  3. Intervenant 1

    Exactement. Eh bien, sans le savoir, juste par le fait de laisser la gravité faire son boulot, ce lacet est en train de résoudre en une fraction de seconde une des équations différentielles les plus complexes de l'univers physique.

  4. Intervenant 2

    C'est ça, c'est instantané, c'est mathématiquement parfait et ça demande zéro effort de calcul.

  5. Intervenant 1

    Et c'est précisément ce qui nous intéresse aujourd'hui. Notre exploration nous plonge au cœur de cette collision frontale entre la froideur terrifiante des mathématiques et la beauté viscérale de notre monde matériel.

  6. Intervenant 2

    Absolument. Et pour nous guider dans ce monde où les équations deviennent tangibles, notre fil d'Ariane aujourd'hui, c'est Philippe Leblanc.

  7. Intervenant 1

    Un artiste

  8. Intervenant 2

    fascinant. Ah oui, un plasticien belge né en 64, mais qui a une particularité. Il cache un détail crucial dans son parcours, c'est qu'il ait une formation d'ingénieur architecte. Et

  9. Intervenant 1

    ça, ce n'est pas du tout un détail.

  10. Intervenant 2

    Ben non, parce que du coup, la structure, le calcul des forces, la géométrie dans l'espace,

  11. Intervenant 1

    Tout ça, c'est son vocabulaire de base.

  12. Intervenant 2

    Voilà. Ce n'est pas juste des concepts abstraits qu'on gribouille sur un câble noir. Pour lui, ce sont de vrais outils de construction. Il s'inscrit vraiment dans ce grand courant de l'abstraction géométrique.

  13. Intervenant 1

    Très inspiré par Loparthe, l'art optique des années 60 et 70, non ?

  14. Intervenant 2

    Carrément. Mais pour que tous ceux qui nous écoutent puissent bien visualiser, attention, on ne parle pas du tout de toile peinte avec un petit pinceau. Ah

  15. Intervenant 1

    non, non, pas du tout. On est sur des structures en trois dimensions.

  16. Intervenant 2

    Oui, du bois poli, du métal industriel, du plexiglas translucide qui va vraiment accrocher la lumière.

  17. Intervenant 1

    Mais là où sa démarche devient complètement folle, c'est que Leblanc ne se lève pas le matin en attendant que la muse de l'inspiration lui dicte une jolie petite forme géométrique.

  18. Intervenant 2

    Ah bah ça non, il obéit à ce qu'il appelle un protocole, un protocole mathématique implacable. En fait, il prend les nombres les plus fondamentaux de notre univers et il a inventé un système pour les traduire plastiquement.

  19. Intervenant 1

    Concrètement, si on a bien compris ses œuvres, il remplace chaque chiffre par une couleur ou une nuance de gris et il imbrique tout ça dans des espèces de puzzles géants, c'est bien ça ?

  20. Intervenant 2

    C'est exactement ça.

  21. Intervenant 1

    Moi, la logique qui m'est venue, c'est une forme de synesthésie mathématique. C'est comme si on prenait un manuel d'algèbre ultra aride qui donne des sueurs froides à n'importe qui et qu'on le traduisait en un vitrail flamboyant.

  22. Intervenant 2

    C'est une super image. C'est vraiment la donnée pure qui est rendue sensible, palpable.

  23. Intervenant 1

    Mais bon, pour bien saisir la folie de son système, on ne va peut-être pas commencer tout de suite par les équations les plus obscures.

  24. Intervenant 2

    Non, vaut mieux commencer par le nombre le plus célèbre de l'histoire de l'art.

  25. Intervenant 1

    Le point d'entrée idéal, celui qui relie déjà naturellement la géométrie et l'esthétique.

  26. Intervenant 2

    Ouais, l'orgueil de la géométrie classique.

  27. Intervenant 1

    Le fameux nombre d'or, le fameux

  28. Intervenant 2

    Φ. Voilà, Φ, qui vaut environ 1,618, ou si on veut la formule exacte, c'est 1 plus la racine carrée de 5, le tout divisé par 2.

  29. Intervenant 1

    Et Leblanc, il ne choisit pas ses supports au hasard pour représenter ce nombre d'or ?

  30. Intervenant 2

    Sûrement pas. Il s'appuie sur les deux formes géométriques qui l'abritent naturellement. Donc le rectangle d'or, évidemment.

  31. Intervenant 1

    Dont les proportions longueur sur largeur donnent ce nombre.

  32. Intervenant 2

    Exact. Et la deuxième forme, c'est le pentagone régulier.

  33. Intervenant 1

    Oui. Alors là, notre public passionné de maths sait très bien que si on trace une diagonale dans un pentagone régulier, sa longueur est pile poil égale au côté multiplié par le nombre d'or.

  34. Intervenant 2

    C'est ça, la proportion est littéralement encodée dans le squelette de la forme.

  35. Intervenant 1

    Mais alors, regardons comment l'artiste s'empare de ça. Il y a cette œuvre, le Gold Puzzle 127 Bayer, et c'est un assemblage vertigineux de bois et d'acrylique.

  36. Intervenant 2

    Oui, visuellement, ça commence avec sept rectangles d'or imbriqués. Et la particularité, c'est qu'ils partagent tous exactement le même sommet.

  37. Intervenant 1

    Le sommet en bas à gauche de la structure, c'est ça ?

  38. Intervenant 2

    C'est ça. Et à partir de ce point d'ancrage commun, il fait rayonner des lignes de fuite. Ça vient découper ces rectangles en de multiples zones.

  39. Intervenant 1

    Et ça crée une sorte de maillage ?

  40. Intervenant 2

    Voilà. Et à l'intérieur de ce maillage, il fabrique des dizaines de pièces en forme de trapèze. Et c'est là, vraiment là, que l'ingénieur architecte prend le pas sur le plasticien. Pourquoi ? Parce que toutes ces pièces trapézoïdales ont des dimensions complètement différentes, les angles varient, les longueurs ne correspondent absolument

  41. Intervenant 1

    pas. D'accord.

  42. Intervenant 2

    Et pourtant, elles sont construites pour avoir mathématiquement, à la décimale près, exactement la même surface. L'air est rigoureusement identique pour chaque pièce.

  43. Intervenant 1

    Attends, non, j'arrête tout. Parce que cette contrainte technique, c'est de la folie pure.

  44. Intervenant 2

    Ah oui, c'est un casse-tête infernal.

  45. Intervenant 1

    C'est comme si on demandait à un chef cuisinier de découper une énorme pizza géométrique, mais en dessinant des parts totalement biscornues. Genre certaines parts seraient hyper longues, mais toutes fines. D'autres seraient toutes petites, trapues, très larges. Et à la fin du service, chaque invité aurait reçu au gramme de pâte près exactement la même quantité à manger, sans utiliser de balance.

  46. Intervenant 2

    C'est la meilleure façon de le décrire.

  47. Intervenant 1

    Mais comment c'est humainement possible de concevoir un truc pareil sur un plan ?

  48. Intervenant 2

    Eh bien, c'est un tour de force qui repose sur la triangulation. Il exploite les proportions propres au rectangle d'or en utilisant un système de grille invisible qui est basé sur la suite de Fibonacci.

  49. Intervenant 1

    Ah, l'astuce est là !

  50. Intervenant 2

    Ouais. En ajustant très précisément l'inclinaison des droites sécantes, il compense la perte de hauteur d'un trapèze par un élargissement millimétré de sa base. Tout ça selon le ratio imposé par le nombre d'or.

  51. Intervenant 1

    C'est bluffant.

  52. Intervenant 2

    Et le plus beau, c'est qu'il ne fait pas que nous montrer une belle sculpture. Il lance un véritable défi formel aux mathématiciens.

  53. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  54. Intervenant 2

    Prouver que ces aires sont égales sur le papier, c'est un exercice de démonstration géométrique de très très haut vol. En fait, l'œuvre est en soi un théorème matériel.

  55. Intervenant 1

    Et puis, il y a ce deuxième puzzle, le pentapuzzle Phi 1221 Gray. Ah oui, magnifique celui-là.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.