
5 mai 2025 · 8 min
Paul Erdős : quand « exister » voulait dire faire des maths
Dans cet épisode audio, découvrez expression après expression le drôle de lexique de Paul Erdős, de « cerveau ouvert » à sa façon de parler de l’existence.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on va faire une plongée un peu spéciale. Imaginez passer, je ne sais pas, 19 heures par jour, chaque jour de votre vie, à ne faire absolument que des maths. Exactement. Absolument rien d'autre. Au point d'en oublier presque comment parler,
Intervenant 2
normalement.
Intervenant 1
Ouais, et au point de classifier toute personne qui ne fait pas de maths comme un être trivisal.
Intervenant 2
Un être trivial, voilà. Donc on s'immerge aujourd'hui dans l'esprit assez insaisissable du mathématicien hongrois Paul Erdős.
Intervenant 1
Qui est, il faut quand même le rappeler, un vrai prodige. Il est entré à l'université de Budapest en 1930, il avait 17 ans à peine. Ah ouais, 17 ans ! Mais le truc, c'est que ce qui ressort vraiment de nos sources aujourd'hui, ce n'est pas tant ces équations. C'est plus sa façon assez unique de communiquer avec le reste de l'humanité. Moi, j'ai vraiment cette image d'Erdős comme une sorte d'ordinateur qui tournerait sur un système d'exploitation hyper exclusif. Un Moës qui
Intervenant 2
ne lirait qu'un seul code.
Intervenant 1
Oui, le code des mathématiques. Et si ce n'est pas écrit dans ce code-là, c'est ignoré ou reformaté de force pour que ça rentre dans le logiciel.
Intervenant 2
Pour filer ta métaphore, on peut dire que son matériel de base était déjà paramétré de façon très bizarre.
Intervenant 1
Comment ça ?
Intervenant 2
Par exemple, son accent anglais. Il est resté catastrophique toute sa vie.
Intervenant 1
Ah bon ?
Intervenant 2
Ouais, parce qu'en fait, il ne l'a pas du tout appris à l'école. C'est son père qui lui a appris.
Intervenant 1
Ok.
Intervenant 2
Sauf que son père, il avait appris l'anglais tout seul, mais alors qu'il était prisonnier de guerre dans un camp en Sibérie.
Intervenant 1
Oh la vache !
Intervenant 2
Ouais, entre 1914 et 1920, donc imagine l'accent.
Intervenant 1
Toutes les plus grandes universités du monde.
Intervenant 2
C'est ça.
Intervenant 1
Mais bon, cet isolement originel, ça explique peut-être son rythme de travail qui était franchement terrifiant.
Intervenant 2
Ah bah c'est le mot.
Intervenant 1
On parle de 19 heures par jour. Enfin, je suis sûr que ceux qui nous écoutent et qui luttent parfois pour finir une petite journée de 8 heures, ça doit leur donner des sueurs froides d'entendre ce chiffre.
Intervenant 2
19h, oui. Il ne s'arrêtait jamais.
Intervenant 1
Jamais ?
Intervenant 2
Non, en fait, quand il débarquait chez des collègues, parfois en plein milieu de la nuit.
Intervenant 1
Sympa.
Intervenant 2
Bah, il annonçait juste, genre, il ouvrait la porte et il disait « mon cerveau est ouvert ». «
Intervenant 1
Mon cerveau est ouvert », d'accord. Alors ça, je dois avouer que ça me pose un petit problème. Enfin, prêter les non-mathématiciens d'être « triviaux », comme on le disait au début, ça sonne quand même comme de l'élitisme pur et dur.
Intervenant 2
Oui, on peut le voir comme ça.
Intervenant 1
Est-ce qu'il était juste un snob un peu insupportable ?
Intervenant 2
On pourrait vraiment le croire. Mais en fait, il faut le voir à travers le prisme de ce fameux code mathématique dont on
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