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13 mai 2025 · 21 min

Des nombres parfaits à Riemann : la piste des diviseurs

Dans cet épisode, suivez la somme des diviseurs : elle classe les entiers en familles, des nombres parfaits aux rares nombres colossalement abondants.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Imaginez une seconde, sur l'infinité absolue des nombres entiers qui s'étirent dans l'univers de 1 jusqu'à la fin des temps, il existe une catégorie tellement élitiste, tellement spécifique, qu'elle ne compte que 449 membres.

  2. Intervenant 2

    Pas un de plus, c'est vraiment fascinant.

  3. Intervenant 1

    Oui, pas un de plus. Aujourd'hui, on embarque pour une exploration vertigineuse au cœur des mathématiques. D'habitude, la suite des nombres entiers, ça nous semble être une longue ligne droite, bien sage, un peu mécanique. Alors

  4. Intervenant 2

    qu'en fait, c'est tout

  5. Intervenant 1

    l'inverse. Exactement. En réalité, c'est une jungle touffue, sauvage, remplie d'espèces numériques étranges, avec des créatures colossales qui se cachent sous la surface de nos opérations les plus primaires. Je suis vraiment fascinée par ce sujet.

  6. Intervenant 2

    Et vous avez bien raison, parce que cette faune mathématique, elle a passionné les plus grands esprits de l'Histoire. Le but de notre voyage aujourd'hui, c'est de comprendre comment des savants de l'Antiquité ou même des génies plus récents comme Léonard Deler, Paul Erdős, ou encore l'incroyable mathématicien indien Srinivasa Ramanujan,

  7. Intervenant 1

    Des monstres sacrés quoi.

  8. Intervenant 2

    Voilà, des géants absolus. On va voir comment ils ont réussi à classifier ces nombres sauvages. Et la méthode qu'ils ont utilisée pour trier ces espèces, elle est redoutable d'élégance. Ils ne se sont pas focalisés sur les nombres eux-mêmes en fait.

  9. Intervenant 1

    D'accord, ils ont regardé quoi alors ?

  10. Intervenant 2

    Ils ont regardé leurs diviseurs. C'est en analysant ce qui compose un nombre qu'on révèle sa véritable nature.

  11. Intervenant 1

    L'approche est brillante. On va donc partir de concepts très simples, des bases posées dans la Grèce antique pour s'enfoncer de plus en plus profondément dans cette jungle. Pour ceux qui nous écoutent, on va croiser des nombres gigantesques, découvrir des paradoxes sémantiques assez comiques et surtout comprendre pourquoi ces bizarreries existent.

  12. Intervenant 2

    Tout un programme ?

  13. Intervenant 1

    N'est-ce pas ? Bon, pour commencer, il faut poser la règle du jeu. Le mathématicien grec Nicomac de Gérase a divisé les nombres en trois grandes familles en utilisant la notion de diviseur propre.

  14. Intervenant 2

    C'est la base de tout ça ?

  15. Intervenant 1

    Oui. Et pour que tout le monde ait bien l'image en tête, un diviseur propre, c'est tout simplement un nombre entier qui peut diviser un nombre de départ de façon parfaite, sans aucun reste, mais attention, en excluant le nombre lui-même, tout en incluant toujours le chiffre 1.

  16. Intervenant 2

    Prenons un exemple simple, le nombre 6. Si on le divise, on trouve qu'il est divisible par 1, par 2, par 3 et par 6. Ces diviseurs propres, ce sont donc 1, 2 et 3. On met le 6 de côté.

  17. Intervenant 1

    D'accord, on l'exclut.

  18. Intervenant 2

    C'est ça. La classification qui en découle repose sur une opération vraiment rudimentaire. On additionne ces diviseurs propres et on compare le résultat au nombre de départs.

  19. Intervenant 1

    En fait, c'est un peu comme si les diviseurs propres représentaient l'entourage direct d'un nombre. Les amis, proches, en quelque sorte. On va calculer la richesse totale de cet entourage en additionnant ce qu'il pèse.

  20. Intervenant 2

    J'aime beaucoup l'analogie.

  21. Intervenant 1

    Et du coup, si on reprend le nombre 6, son entourage c'est 1, 2 et 3. 1 plus 2 plus 3, eh bien cela donne 6. C'est l'équilibre absolu, non ?

  22. Intervenant 2

    Tout à fait. La richesse de l'entourage correspond exactement à la valeur du nombre. Et ce point d'équilibre parfait donne son nom à la première grande famille, ce qu'on appelle les nombres parfaits. Ils portent bien leur nom, ceux-là. Et ils sont d'une rareté extrême. Après 6, il faut chercher jusqu'à 28. Ces diviseurs propres sont 1, 2, 4, 7 et 14, dont la somme fait bien 28. Ensuite, le suivant, c'est 486, puis carrément 8128. Ça grimpe vite. Ah oui, très vite. Historiquement, c'est Léonard Euler qui a mis en lugaire la mécanique derrière ces nombreux paires. Au XVIIIe siècle, il a prouvé que tout nombre pair-pair est obligatoirement lié au fameux nombre premier de Mersenne. Vous savez, cette forme si spécifique, deux à la puissance d'un nombre premier moins un.

  23. Intervenant 1

    Une vraie mécanique de précision. Mais attendez, puisqu'on mentionne spécifiquement les nombres parfaits pairs, une question s'impose pour notre audience. Si certains nombres trouvent cet équilibre parfait en étant pairs, qu'en est-il des impairs ? La jungle doit bien cacher un nombre parfait impair quelque part, non ?

  24. Intervenant 2

    Eh bien figurez-vous que la traque de ce fantôme numérique, c'est l'un des plus grands mystères des mathématiques. La conjecture actuelle stipule qu'il n'y en a absolument aucun. Pas un seul dans toute l'infinité des entiers. Waouh.

  25. Intervenant 1

    Pas un seul.

  26. Intervenant 2

    C'est ce qu'on pense. Mais l'aspect vertigineux, c'est que les mathématiciens ont quand même réussi à dresser le portrait robot de cette créature, au cas où elle existerait. Si un nombre parfait impair se cache quelque part, on a pu prouver mathématiquement qu'il doit obligatoirement être supérieur à 10 puissance 1500.

  27. Intervenant 1

    Pardon, un suivi de 1500 zéros ?

  28. Intervenant 2

    Exactement ! Et ce n'est pas tout. Pour que l'addition de ces diviseurs tombe juste, sans l'aide du chiffre 2, ce nombre titanesque devrait posséder plus de 100 facteurs premiers différents.

  29. Intervenant 1

    C'est complètement fou ! Les mathématiques nous permettent de définir les contraintes physiques d'un objet dont on doute fortement de l'existence.

  30. Intervenant 2

    C'est toute la puissance de la pensée abstraite. Mais bon, ça, c'était l'élite absolue. Logiquement, si certains nombres ont un entourage parfaitement équilibré, la grande majorité doit pencher d'un côté ou de l'autre de la balance.

  31. Intervenant 1

    Oui, il doit y avoir des nombres dont l'entourage est bien plus pauvre qu'eux.

  32. Intervenant 2

    Voilà, ça, c'est la deuxième famille. Les nombres déficients. La somme de leurs diviseurs propres est strictement inférieure aux nombres. D'ailleurs, tous les nombres premiers entrent immédiatement dans cette catégorie puisque leur seul diviseur propre, c'est 1.

  33. Intervenant 1

    Oui, forcément. Mais l'erreur, ce serait de croire que seuls les nombres premiers sont déficients en ensemble.

  34. Intervenant 2

    Exactement. Les nombres 4, 8, 9, 10 ou 14 le sont aussi. Et en observant leur répartition à grand dégel, le mathématicien français Marc Delégis a prouvé en 1998 que la densité globale des nombres déficients dépasse les 75%.

  35. Intervenant 1

    Plus des trois quarts des nombres vivent avec un entourage plus pauvre qu'eux.

  36. Intervenant 2

    C'est ça.

  37. Intervenant 1

    Ce qui nous laisse une dernière part du gâteau, un peu moins de 25%. Pour la troisième famille, logiquement, ce sont les nombres abondants. Ceux dont l'entourage est plus riche.

  38. Intervenant 2

    Oui, les flambeurs de la jungle, en

  39. Intervenant 1

    quelque sorte. C'est ça. Si on liste les premiers représentants, on tombe sur 12, 18, 20, 24, 30... Et là, l'intuition crie à la règle

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