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12 févr. 2026 · 19 min

Mary Somerville : l’autodidacte qui calculait encore à 92 ans

Suivez son parcours, des études menées presque sans soutien aux honneurs européens, jusqu’à sa passion intacte pour l’algèbre à 92 ans.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Un immense plaisir de retrouver nos auditeurs aujourd'hui pour une exploration absolument fascinante.

  2. Intervenant 2

    Salut Sam. Oui, je suis ravie d'être là. Et franchement, l'histoire qu'on va aborder aujourd'hui, elle est juste incroyable.

  3. Intervenant 1

    Oui, incroyable, c'est le mot. Alors, imagine un peu la scène. On est au XIXe siècle, il y a une personne qui a quand même l'âge vénérable de 92 ans. Ah oui, 92

  4. Intervenant 2

    ans à l'époque, c'est pas rien.

  5. Intervenant 1

    C'est ça, et elle souffre d'une surdité sévère, elle a besoin d'aide pour marcher, bref, le corps lâche un peu. Mais chaque matin, elle s'assoit à son bureau. Et là, pendant 4 à 5 heures, elle ne lit pas le journal, elle ne lit pas des romans, elle résout des problèmes d'algèbre supérieur ultra-complexe.

  6. Intervenant 2

    C'est complètement faux.

  7. Intervenant 1

    Il ne sait pas tout. Cette personne, elle est célébrée par les plus grands esprits scientifiques de toute l'Europe. Mais le vrai détail, le truc qui bouscule complètement toutes les idées reçues qu'on pourrait avoir sur l'apprentissage, c'est qu'elle a commencé de manière 100% autodidacte.

  8. Intervenant 2

    Zéro école quoi.

  9. Intervenant 1

    Voilà. Sans école, sans mentor au début, et même, on verra, presque en cachette.

  10. Intervenant 2

    C'est un point de départ qui défie totalement l'entendement. En fait, notre plongée d'aujourd'hui, elle se base sur un dossier vraiment passionnant qui est paru dans le numéro 97 du magazine Tangente.

  11. Intervenant 1

    Écrit par Antoine Oulu Garcia, il faut le préciser.

  12. Intervenant 2

    Tout à fait. Et ce qui est génial avec ce travail, c'est qu'il s'appuie sur une source primaire d'une valeur inestimable, à savoir les personal recollections. Ce sont les mémoires intimes qui ont été publiées par la fille de notre protagoniste.

  13. Intervenant 1

    Et cette protagoniste, disons son nom, c'est Mary Somerville, née Mairier Fairfax en 1780 et donc décédée en 1872. Et notre mission aujourd'hui pour cette analyse, le vrai fil rouge de notre discussion, ça va être de décortiquer L’anatomie de sa rigueur intellectuelle.

  14. Intervenant 2

    Exactement. Comment une démarche purement autodidacte, vraiment forgée dans un isolement le plus total, a pu produire ça ?

  15. Intervenant 1

    Ouais. Comment ça a pu surpasser les cursus académiques classiques de l'époque ? Parce que pour quiconque cherche à apprendre des concepts difficiles aujourd'hui, c'est une source d'inspiration

  16. Intervenant 2

    monumentale. C'est une étude de cas parfaite.

  17. Intervenant 1

    Mais pour bien comprendre, il faut vraiment qu'on garde son point de départ. Parce que ça ne ressemble pas du tout à un environnement de l'apprentissage. Ça ressemble plutôt à une punition en fait.

  18. Intervenant 2

    C'est clair. Les sources décrivent une situation qu'on pourrait techniquement qualifier de « privation cognitive et environnementale sévère ».

  19. Intervenant 1

    Carrément.

  20. Intervenant 2

    Dès l'enfance, Mary a une soif de lecture énorme, ce qui heurte déjà les conventions de sa famille à l'époque. Mais le vrai verrouillage, le moment où tout se ferme, c'est son premier mariage. Elle épouse un homme qui l'emmène vivre à Londres, dans son ancienne maison de garçons.

  21. Intervenant 1

    Et le texte est super glaçant là-dessus. Elle décrit elle-même cette maison comme minuscule, c'est mal ventilé, c'est presque suffocant.

  22. Intervenant 2

    Une prison quoi.

  23. Intervenant 1

    Une vraie prison. Son seul espace de liberté, c'est un petit square juste à côté où elle a la clé pour aller marcher un peu. Elle est livrée à elle-même toute la journée. Son mari, il faut qu'on en parle de lui, les mémoires disent qu'il a une opinion très dédaigneuse des capacités intellectuelles des femmes.

  24. Intervenant 2

    Ah oui, le cliché de l'époque, puissance 1000.

  25. Intervenant 1

    C'est ça. Il ignore tout des sciences et le pire, c'est qu'il s'en désintéresse totalement. Donc elle ne peut même pas avoir un dialogue avec lui sur ce qui la passionne.

  26. Intervenant 2

    D'un point de vue psychologique, c'est terrible. C'est le genre de situation où le manque total de validation extérieure aurait dû juste éteindre sa curiosité. L'être humain, on est des animaux sociaux. Notre apprentissage, en général, il est boosté par le regard de l'autre, par un prof, des récompenses, une émulation.

  27. Intervenant 1

    Ouais, on a besoin d'encouragement.

  28. Intervenant 2

    Bah là, zéro. Il n'y a aucun renforcement positif. La résilience de Mary Somerville, à ce moment-là, elle n'est pas juste émotionnelle, elle est vraiment structurelle. Elle doit générer sa propre motivation, à partir de rien, pour s'attaquer à des sujets ultra abstraits.

  29. Intervenant 1

    Et elle le fait d'une façon hyper spectaculaire. Les sources racontent qu'elle profite de son isolement, vu qu'elle n'a pas d'obligation mondaine, pour se lever super tôt, aux aurores. Et là, elle étudie.

  30. Intervenant 2

    Et c'est pas des petits romans à l'eau de rose ?

  31. Intervenant 1

    Ah non, pas du tout. La liste de ses lectures, c'est du lourd. De la trigonométrie planesphérique, les sections coniques, l'astronomie de Ferguson. Mais il y a un détail précis dans les mémoires qui m'a sauté aux yeux. Elle prend des leçons de français en secret.

  32. Intervenant 2

    Ah, le français !

  33. Intervenant 1

    Ben oui, on pourrait se dire chouette, c'est pour lire de la poésie, pour s'évader un peu. Mais vu le contexte scientifique, je me dis qu'il y a une toute autre stratégie derrière ça.

  34. Intervenant 2

    Absolument. Et c'est d'une lucidité incroyable. À cette époque, si tu es une Britannique qui veut faire de la science, apprendre le français, ce n'est pas pour briller dans les salons. C'est vraiment la langue de la pointe de la recherche scientifique.

  35. Intervenant 1

    Ah, c'était la lingua franca des maths, quoi.

  36. Intervenant 2

    Exactement. L'Europe continentale, et la France en particulier, est en pleine ébullition mathématique. Sans le français, elle est coupée de toutes les publications avancées. C'est sa méthode, en fait. Elle identifie l'outil qui lui manque et paf, elle l'acquiert seule.

  37. Intervenant 1

    C'est fou quand on y pense. Pour donner une analogie aux auditeurs, c'est un peu comme essayer de, je ne sais pas, pirater un ordinateur central depuis un placard, mais avec un clavier cassé. Tu n'as pas de mode d'emploi, tu as juste une vague idée du but, et tu dois fabriquer tes propres outils avant même de commencer.

  38. Intervenant 2

    Oui, l'image est parfaite. Et forcément, apprendre comme ça en solitaire, ça a ses limites. Le texte mentionne d'ailleurs une confrontation qui restait mémorable avec une œuvre mythique, les fameux Principia d'Isaac Newton.

  39. Intervenant 1

    Ah, les Principia, le truc bien costaud.

  40. Intervenant 2

    C'est le moins qu'on puisse dire.

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