
18 mai 2021 · 20 min
Une droite, deux partages : l’énigme du triangle tri-méd
Dans cet épisode audio, suivez la construction d’une droite qui partage un angle en trois et le côté opposé en deux, puis ses conséquences géométriques.
Collections de cet épisode (3)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
Transcription
Afficher la transcriptionMasquer la transcription
Transcription automatique
Intervenant 1
Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle exploration mathée. C'est le podcast du magazine Tangente et je suis ravi d'accueillir tout notre auditoire aujourd'hui. On va commencer par imaginer une petite scène. Bonjour à tout
Intervenant 2
le monde. Alors, quelle est cette scène ? Je suis curieuse.
Intervenant 1
Eh bien, il s'agit de couper une part de tarte en trois portions. Mais attention, des portions rigoureusement et je dis bien millimétriquement identiques.
Intervenant 2
Ah, ça demande de la précision, ça.
Intervenant 1
Complètement. Sauf que la seule règle du jeu, c'est l'interdiction absolue d'utiliser un rapporteur.
Intervenant 2
Ah oui d'accord, ça se corse.
Intervenant 1
Eh oui. Les seuls outils autorisés sur la table, ce sont une règle non graduée et un simple compas.
Intervenant 2
C'est le fameux problème de la règle et du compas de l'Antiquité en fait.
Intervenant 1
Exactement. Ce qui ressemble à première vue à un petit casse-tête de fin de repas, a littéralement rendu fous les plus brillants esprits mathématiques pendant des millénaires.
Intervenant 2
Et c'est tout à fait justifié.
Intervenant 1
C'est le sujet de notre plongée du jour. Aujourd'hui, on s'immerge au cœur de la trisection de l'angle, un mystère grec antique qui finit par engendrer des constantes numériques totalement inédites et des illusions géométriques capables de tromper le cerveau humain. C'est un programme chargé.
Intervenant 2
C'est un parcours hyper fascinant. Ça illustre parfaitement comment une contrainte en apparence arbitraire peut forcer l'esprit humain à innover.
Intervenant 1
Et on s'appuie d'ailleurs sur un article passionnant qui explore les triangles dits tri-médas. Mais on y reviendra.
Intervenant 2
Oui, parce que la trisection de l'angle, ça fait partie des trois grands problèmes géométriques de l'Antiquité. Et pour comprendre les propriétés surprenantes des figures qui en découlent aujourd'hui, il faut d'abord regarder comment les pionniers ont essayé de surmonter ce mur théorique.
Intervenant 1
Oui, de le contourner, non ?
Intervenant 2
C'est exactement le mot. Archimède en est l'exemple le plus frappant
Intervenant 1
d'ailleurs. Archimède. C'est là qu'on entre dans ce que j'appellerais presque une zone de triche historique.
Intervenant 2
De triche ? Rien que ça ?
Intervenant 1
Bah oui. Quand on épluche la documentation, on tombe sur la méthode d'Archimède, détaillée dans la proposition 8 de son livre d'élème.
Intervenant 2
Oui, une proposition très célèbre.
Intervenant 1
Il s'empare d'un triangle isocèle. Il trace un cercle. Mais au lieu de se contenter de relier deux points fixes d'un trait net, comme le voudrait la règle, il prend une réglette sur laquelle il a fait deux petites marques.
Intervenant 2
Les points O et P,
Intervenant 1
c'est ça ? Voilà. Et ensuite vient le geste impensable. Il fait glisser cette règle sur le support physique jusqu'à ce que les marques s'alignent parfaitement avec le reste de la figure.
Intervenant 2
Ah, le fameux glissement
Intervenant 1
niésis. Ce mouvement mécanique, en fait, c'est connu sous le nom de construction par neusis.
Intervenant 2
Ou par inclinaison, si on préfère.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
L'idée, c'est vraiment d'insérer un segment de longueur donnée entre deux lignes en le faisant pivoter autour d'un point fixe. Et sur le plan purement logique, la démonstration d'Archimède, elle est intraitable.
Intervenant 1
C'est-à-dire ? Ça marche vraiment ?
Intervenant 2
Absolument. En exploitant la somme des angles du triangle isocèle, il démontre de manière irréfutable que l'angle final obtenu par ce glissement, c'est exactement le tiers de l'angle de départ. La pureté de la preuve est absolue.
Intervenant 1
Oui, sauf que, attendez, si l’on se fie aux lois fondamentales de la géométrie classique, ce geste est illégal. On est en train de dire que le grand Archimède, l'icône absolue de la géométrie, a contourné les règles officielles. Eh bien oui et non ! Parce que le dogme d'Euclide exige que chaque point soit défini uniquement par l'intersection franche de deux droites, ou d'un cercle et d'une droite, non ? Le fait de faire coulisser un instrument, d'ajuster ça un peu à l'œil, c'est une action mécanique. C'est plus de la géométrie théorique idéale, c'est du bricolage empirique.
Intervenant 2
C'est une excellente observation en fait. Ce recours à l'ajustement continu brise totalement l'idéal platonique. Mais il faut comprendre pourquoi Archimède s'est autorisé cet écart.
Intervenant 1
Ce n'était pas une erreur
Intervenant 2
de sa part donc. Magistral d'une limite structurelle. Il a intuitivement compris que l'axonal classique, la règle et le compas pur, c'était intrinsèquement insuffisant.
Intervenant 1
Donc le problème venait de l'outil, pas du mathématicien.
Intervenant 2
Voilà. Cette prétendue triche, c'est en réalité le signal d'alarme d'un génie qui touche le plafond de verre des mathématiques de son époque.
Intervenant 1
Waouh. La contrainte de l'outil, figer la pensée abstraite.
Intervenant 2
C'est tout à fait ça.
Intervenant 1
Mais alors, si la géométrie physique était dans cet impasse face à ce glissement, comment est-ce qu'on a fini par débloquer la situation ? Il a bien fallu inventer un tout nouveau langage pour légitimer ce mouvement, non ?
Intervenant 2
Et ce langage révolutionnaire n'est autre que l'algèbre analytique.
Intervenant 1
Ah, on passe aux choses sérieuses.
Intervenant 2
Oui, pour voir ce pont se construire, il faut faire un sacré bond dans le temps. On avance jusqu'en 1742. Oui, avec le mathématicien écossais Colin Maclaurin. Son coup de génie, ça a consisté à s'emparer du dispositif glissant d'Archimède, ce mouvement continu qui était interdit, tu te souviens, et de l'animer mathématiquement.
Intervenant 1
C'est un changement de paradigme total pour le coup. C'est presque comme passer de la photographie argentique à la modélisation 3D, non ? C'est
Intervenant 2
une super métaphore,
Intervenant 1
oui. Les Grecs cherchaient à prendre une photo parfaite et figée de la solution. Et McLaurin, lui, il crée un film. Il laisse l'angle varier continuellement dans l'espace et il utilise l'algèbre pour tracer l'empreinte exacte laissée par la règle d'Archimède.
Intervenant 2
C'est exactement ça. Cette traduction du mouvement en algèbre, ça génère ce qu'on appelle une courbe cinématique. Et on l'a baptisée la trisectrice de Maclaurin.
Intervenant 1
La fameuse trisectrice.
Intervenant 2
Oui, et c'est un outil d'une puissance redoutable. Une fois que cette courbe est tracée sur un plan, elle agit un peu comme un calque universel.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Eh bien, sa simple superposition avec n'importe quel angle permet d'en déterminer le tiers avec une exactitude absolue. Et ça, sans plus jamais avoir besoin de faire glisser quoi que ce soit physiquement.
La suite de la transcription est réservée aux abonnés.
S’abonnerÀ écouter ensuite
Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.

10 juil. 2026 · 19 min

29 juin 2026 · 5 min

8 juin 2026 · 19 min

8 juin 2026 · 17 min

8 juin 2026 · 8 min

8 juin 2026 · 17 min