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20 août 2021 · 21 min

Modèle d’Ising : l’aimant passe de l’ordre au désordre

Cet épisode suit la perte d’aimantation, puis montre comment le modèle d’Ising fait entrer les probabilités dans la description de la physique.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à tous dans le podcast du magazine Tangente. C'est un plaisir de retrouver notre audience aujourd'hui. Et accrochez vos ceintures pour ceux qui nous écoutent, parce qu'on a un programme qui va littéralement vous retourner le

  2. Intervenant 2

    cerveau. Salut ! Et ouais, c'est clair qu'on va aborder des trucs assez fous.

  3. Intervenant 1

    Exactement. Alors, on va commencer par une petite expérience de pensée. Imaginez un simple morceau de fer, si on le chauffe vraiment très fort, à 770°C exactement.

  4. Intervenant 2

    Ouais, ce qui est déjà une belle température de four.

  5. Intervenant 1

    C'est ça. Eh bien, à cette température précise, le métal perd soudainement toute sa capacité à être attiré par un aimant. Il ne réagit plus. Mais s'il refroidit, hop, il la retrouve. Jusque là, tout va bien.

  6. Intervenant 2

    Voilà, une petite sieste et ça repart.

  7. Intervenant 1

    Sauf que si on prend un véritable aimant, un aimant permanent, et qu'on le chauffe à cette même température de 770 degrés, la situation prend une tournure fascinante.

  8. Intervenant 2

    Oui, parce que lui, il perd son aimantation. Et c'est là le drame, il ne la récupère jamais en refroidissant.

  9. Intervenant 1

    C'est ça. Son identité magnétique est définitivement effacée. C'est comme si le fer ordinaire faisait une simple sieste à 770 degrés et se réveillait en pleine forme, alors que les mains, lui, subisaient une amnésie totale et définitive.

  10. Intervenant 2

    C'est une super analogie, ouais. C'est exactement ça.

  11. Intervenant 1

    Mais du coup, pourquoi cette différence radicale ? Et surtout parce que c'est là le grand twist d'aujourd'hui. Comment la résolution mathématique de cette petite question purement matérielle a-t-elle fini, un siècle plus tard, par fournir l'architecture fondamentale de l'intelligence artificielle moderne ?

  12. Intervenant 2

    Rien que ça ?

  13. Intervenant 1

    Rien que ça ! Donc l'objectif de cette exploration, c'est de retracer ce fil invisible. On va voir comment les probabilités pures se sont infiltrées dans les lois super strictes de la physique.

  14. Intervenant 2

    Et le chemin qui relie ce petit bout de métal sur un réchaud aux immenses réseaux de neurones virtuels d'aujourd'hui, c'est honnêtement l'une des trajectoires les plus élégantes de l'histoire des sciences.

  15. Intervenant 1

    Ah, je suis 100% d'accord.

  16. Intervenant 2

    Et pour faire ça, notre analyse s'appuie sur une synthèse vraiment remarquable. C'est un texte qui s'intitule « Les mathématiques du hasard au cœur de la physique ». C'est issu d'une conférence passionnante donnée à la Bibliothèque nationale de France en février 2021.

  17. Intervenant 1

    Une conférence de Vincent Beffara, non ?

  18. Intervenant 2

    Exactement. Vincent Beffara, qui est directeur de recherche à l'Institut Fourier. Et il montre très bien comment le défi posé par cet aimant a forcé les physiciens à inventer de nouveaux outils conceptuels, carrément.

  19. Intervenant 1

    Ça a transformé notre compréhension de la chaleur en une pure théorie de l'information. C'est dingue. Du coup, notre mission aujourd'hui, c'est de décortiquer cette transition spectaculaire avec vous tous. De la métallurgie à l'informatique. Alors, plongeons tout de suite dans cette première observation. Cette perte d'aimantation au-delà de 770 degrés, ce n'est pas juste le métal qui fond ou qui se dégrade doucement. C'est un point de rupture ultra précis.

  20. Intervenant 2

    C'est ça. En physique, on appelle ça la température de Curie. C'est une température critique. Et ce point de rupture, il marque en fait ce qu'on appelle une transition de phase.

  21. Intervenant 1

    D'accord.

  22. Intervenant 2

    Pour comprendre ton analogie de l'aimant, il faut plonger dans la structure même du matériau. En dessous de cette température de Curie, le matériau est dans un état qu'on dit ferromagnétique.

  23. Intervenant 1

    Ferromagnétique, ça veut dire qu'il peut être aimanté.

  24. Intervenant 2

    Voilà. Sa structure interne lui permet de maintenir une aimantation spontanée. Tous ses petits éléments sont bien alignés. Mais dès qu'on dépasse les 770 degrés... Bam !

  25. Intervenant 1

    L’agitation.

  26. Intervenant 2

    Bam, exactement. L’agitation causée par la chaleur devient tellement intense qu'elle détruit cet ordre interne. Le matériau bascule dans un autre état, un état paramagnétique. Il réagit encore un tout petit peu à un champ extérieur, mais il est totalement incapable de conserver sa propre aimantation tout seul.

  27. Intervenant 1

    Mais le vrai mystère, c'est que les scientifiques du début du XXe siècle, ils n'arrivaient pas juste à l'expliquer avec des mots. Le défi, c'était de modéliser ça mathématiquement, non ?

  28. Intervenant 2

    Ouais, c'était la panique. Comment modéliser une disparition d'ordre si brutale ? Un changement aussi soudain dans des équations ?

  29. Intervenant 1

    Parce que regarder le métal de l'extérieur, ça ne suffit pas. On va juste un bout de fer gris. Il faut plonger à l'échelle microscopique. Et c'est vraiment là que la physique va croiser les probabilités.

  30. Intervenant 2

    C'est le fameux modèle d’Ising.

  31. Intervenant 1

    Voilà, le modèle d’Ising. Introduit par Wilhelm Lenz, puis bossé à fond par son étudiant Ernst Ising dans les années 20. Explique-nous un peu comment ça marche, ce modèle d’Ising.

  32. Intervenant 2

    Le modèle d’Ising, c'est une simplification absolument brillante de la matière. Au lieu de voir un morceau de métal compliqué, la structure est représentée comme un réseau régulier, genre une grille géométrique en trois dimensions.

  33. Intervenant 1

    Un peu comme une grille de sudoku, mais en 3D quoi.

  34. Intervenant 2

    Ouais, un empilement de gris, si tu veux. Et sur chaque croisement, chaque nœud de cette grille, tu as un atome. Ou plus précisément, on regarde le spin de cet atome.

  35. Intervenant 1

    Le spin ?

  36. Intervenant 2

    C'est comme un minuscule dipôle magnétique. Une toute petite boussole, en gros. Et la règle d'or dans ce modèle, c'est que chaque petite boussole n'a que deux états possibles. C'est binaire.

  37. Intervenant 1

    Binaire, donc soit ça pointe vers le haut, soit vers le

  38. Intervenant 2

    bas. Haut ou bas ? Exactement. Flèche en haut ou flèche en bas. Et l'ensemble de toutes ces orientations microscopiques à un instant T, c'est ça qui forme la configuration globale du système. Et les matheux, ils notent ça avec la lettre grecque sigma.

  39. Intervenant 1

    Ok, la configuration sigma. Donc si on a un aimant super puissant, on imagine que tous ces petits atomes, toutes ces flèches, elles pointent dans la même direction, vers le haut par exemple.

  40. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça. La dynamique interne du système repose sur une règle d'énergie qui est hyper simple. Deux atomes voisins, ils préfèrent s'aligner.

  41. Intervenant 1

    Ils veulent être copains, ils regardent dans la même direction.

  42. Intervenant 2

    Voilà. Parce que la nature, elle est un peu paresseuse. Elle cherche toujours à minimiser son énergie. Quand deux atomes voisins pointent tous les deux vers le haut, l'énergie est à son minimum.

  43. Intervenant 1

    Tout est calme.

  44. Intervenant 2

    Mais si tu veux les forcer à pointer dans des directions opposées, là, ça crée une

  45. Intervenant 1

    tension.

  46. Intervenant 2

    Ça augmente l'énergie du système-ci. Donc l'énergie totale de notre configuration sigma, qu'on note H de sigma, c'est littéralement le nombre de conflits, le nombre de paires de voisins qui ne sont pas d'accord.

  47. Intervenant 1

    Mais attends, attends deux secondes. Je t'arrête là parce qu'on parle de probabilité, de configuration.

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