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22 nov. 2016 · 14 min

Les mathématiciens expérimentent-ils dans leur tête ?

Dans cet épisode audio, suivez des essais de calcul jusqu’à la conjecture de Goldbach, puis distinguez une hypothèse renforcée d’une preuve.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Pour commencer cette discussion, imaginons une seconde une vérité absolue sur la structure de notre univers.

  2. Intervenant 2

    D'accord.

  3. Intervenant 1

    Une règle, tu vois, qui serait parfaitement observable, qu'on pourrait tester des milliards de fois avec un succès systématique, mais, et c'est là que ça devient fou, qu'il serait techniquement impossible de prouver.

  4. Intervenant 2

    Ah oui, c'est le vertige assuré, ça.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Et c'est précisément ce vertige qu'on va aborder lors de cette plongée au cœur de la pensée mathématique. Parce qu'on a souvent cette image d'épinal un peu froide des mathématiques. On se représente une science hyper rigide, très mécanique, qui est entièrement construite sur une logique implacable.

  6. Intervenant 2

    Oui, le cliché des équations qui s'enchaînent sans la moindre place pour l'émotion, le doute ou même le hasard.

  7. Intervenant 1

    Voilà. Sauf que la réalité du chercheur face à l'inconnu, elle est infiniment plus chaotique que ça.

  8. Intervenant 2

    Ah oui, et beaucoup plus organique en fait. Le travail mathématique, avant d'arriver à cette belle formule bien propre, bien polie qu'on trouve dans les manuels, ça ressemble beaucoup plus au travail d'un biologiste qui patauge dans la boue ou, je sais pas, un chimiste qui fait exploser des éprouvettes.

  9. Intervenant 1

    C'est du bricolage permanent en fait.

  10. Intervenant 2

    Totalement. Sauf que ces expériences, elles se font pas avec des microscopes. Elles se déroulent dans la tête, sur des brouillons raturés. Et ce sont des expériences qui sont avant tout de nature psychologique.

  11. Intervenant 1

    Et notre but aujourd'hui dans cette exploration, ça va être d'infiltrer l'esprit d'un mathématicien en plein travail, de décortiquer comment fonctionne vraiment la création d'une idée.

  12. Intervenant 2

    Et pour ça, on va reproduire ensemble, pas à pas, l'une des démarches les plus fascinantes de l'histoire des sciences.

  13. Intervenant 1

    C'est ça, mais avant, pour bien comprendre cette idée d'expérience sur des objets abstrats, il faut revenir un peu à la base, à la façon dont notre cerveau réagit face à un problème inédit au quotidien. Parce qu'on confond souvent le produit fini avec le processus de fabrication.

  14. Intervenant 2

    C'est vrai. En fait, la distinction philosophique clé ici, elle se situe entre la déduction et l'induction.

  15. Intervenant 1

    Ok, tu peux préciser la différence ?

  16. Intervenant 2

    Bien sûr. Le système scolaire, par exemple, il met presque exclusivement en avant la déduction, c'est-à-dire l'art de partir d'axiomes connus pour prouver un énoncé de manière irréfutable. On applique des règles logiques strictes.

  17. Intervenant 1

    C'est le côté rassurant et propre des maths qu'on apprend à l'école, la fameuse démonstration finale.

  18. Intervenant 2

    Exactement. Mais l'induction, à l'inverse, c'est le moteur de la découverte. C'est observer le désordre du monde, repérer un motif, une récurrence, et ensuite formuler une théorie générale à partir de ces quelques expériences limitées.

  19. Intervenant 1

    Pour illustrer ça, pensons simplement à un calcul mental un peu costaud, genre une division euclidienne avec des grands nombres. Si on prend, disons, 716 709 divisé par 552.

  20. Intervenant 2

    Beau morceau. Alors là, quand on cherche le chiffre suivant du quotient, on ne déduit pas magiquement la bonne réponse par une règle absolue et instantanée. On ne sait pas tout de suite.

  21. Intervenant 1

    On jette un pont dans le vide.

  22. Intervenant 2

    Voilà. Le premier chiffre du quotient, c'est 1, parce que dans 716, il y va une fois 552. Mais pour le chiffre suivant, on procède par tâtonnement psychologique. On se dit, tiens, on dirait qu'il y va trois fois.

  23. Intervenant 1

    Et là, on teste mentalement.

  24. Intervenant 2

    C'est ça. Et on réalise que, ah non, toi, c'est trop grand, essayons avec 2.

  25. Intervenant 1

    Donc on est en plein tâtonnement. Pour vulgariser et filer une analogie, c'est un peu comme se retrouver devant une porte lourdement blindée et on a un trousseau de clés gigantesque dans les mains.

  26. Intervenant 2

    C'est une très bonne image.

  27. Intervenant 1

    On ne va pas sortir un microscope pour faire, je ne sais pas, une analyse métallurgique de la serrure pour déduire mathématiquement quelle clé va marcher. Notre esprit, il procède par induction empirique. On évalue visuellement, on teste la clé la plus probable.

  28. Intervenant 2

    Et si ça coince, on ajuste. On en prend une autre, légèrement différente, jusqu'à entendre le déclic.

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