
18 févr. 2021 · 21 min
Images d’écran : pourquoi garder plus de lumière que de couleur ?
Suivez, dans cet épisode, le parcours de la couleur perçue aux pixels, puis découvrez pourquoi la vidéo conserve plus de lumière que de couleur.
Collections de cet épisode (4)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Oui, bonjour tout le monde.
Intervenant 1
L'écran qui affiche, peut-être ces mots en ce moment même, ou bien celui qu'on glisse frénétiquement dans notre poche des dizaines de fois par jour, il cache un secret assez vertigineux. Oh
Intervenant 2
que oui, et pas des moindres.
Intervenant 1
Les couleurs qu'ils diffusent, en fait, n'existent pas. Physiquement parlant, c'est une pure hallucination. Donc aujourd'hui, on se lance dans une investigation à un rythme complètement effréné pour percer à jour les mystères de nos écrans.
Intervenant 2
C'est ça. On va voir que derrière la moindre petite vidéo de chat, par exemple, se cache une alliance insoupçonnée de maths ultra élégantes, de biologie humaine et d'illusions d'optique tout droit sorties du XIXe siècle.
Intervenant 1
Exactement, et je suis vraiment ravie de partager ces découvertes avec quiconque nous écoute aujourd'hui.
Intervenant 2
Moi aussi je suis ravi d'être là. Ce qui rend cette exploration si captivante, c'est que quand on plonge dans la mécanique de nos écrans, on réalise très vite que la réalité physique de ce qu'on observe, c'est qu'une formidable construction de notre propre cerveau.
Intervenant 1
Ouais, le matériel électronique ne fait que suggérer quelques indices lumineux, et notre esprit fait tout le reste du travail pour assembler le puzzle.
Intervenant 2
C'est ça, le cerveau fait tout le boulot.
Intervenant 1
Bon, décortiquons tout ça. Pour véritablement comprendre comment fonctionne un téléviseur ou un moniteur, il faut d'abord comprendre la couleur elle-même. Et là, premier grand choc, on apprend que la couleur n'a aucune réalité matérielle tangible.
Intervenant 2
Absolument. Et c'est un concept qui heurte frontalement notre sens commun. D'un point de vue purement physique, dans l'univers, il n'y a pas de couleur.
Intervenant 1
C'est fou de se dire ça.
Intervenant 2
Ouais, il n'y a que des rayonnements électromagnétiques, des ondes qui vibrent à différentes fréquences.
Intervenant 1
D'accord, donc les objets qui nous entourent, genre une pomme ou une feuille d'arbre.
Intervenant 2
Voilà, ces objets absorbent certaines de ces longueurs d'ondes issues du soleil et en réfléchissent d'autres. Cette lumière résiduelle rebondit, frappe le fond de notre œil et c'est le cerveau qui traduit ces fréquences en une sensation.
Intervenant 1
Une sensation qu'on appelle rouge, bleu ou vert.
Intervenant 2
C'est ça. La couleur, c'est une expérience totalement restreinte à notre condition biologique.
Intervenant 1
Donc si je comprends bien, le monde physique nous bombarde en permanence avec une soupe extrêmement complexe de rayonnements mélangés.
Intervenant 2
Oui, une vraie soupe.
Intervenant 1
Mais notre cerveau agirait un peu comme un immense filtre anti-spam biologique.
Intervenant 2
Ah, c'est une excellente métaphore.
Intervenant 1
Au lieu de nous forcer à analyser consciemment des milliers de fréquences lumineuses différentes, il simplifie cette réalité chaotique pour nous offrir une étiquette colorée unique, simple et gérable.
Intervenant 2
Ouais, et cette simplification drastique amène à un phénomène biologique central qu'on appelle la métamérie.
Intervenant 1
La métamérie, d'accord.
Intervenant 2
Les couleurs métamères ou homochromes, ce sont des spectres lumineux qui, physiquement, n'ont absolument rien à voir les uns avec les autres.
Intervenant 1
Genre, leurs ondes sont réparties de manière totalement différente.
Intervenant 2
Complètement différente. Pourtant, notre œil et notre cerveau sont dramatiquement incapables de faire la différence.
Intervenant 1
Attends, t'as un exemple précis ?
Intervenant 2
Notre système visuel est notoirement incompétent pour distinguer la véritable complexité des verts dans la nature. Deux plantes peuvent renvoyer des spectres lumineux radicalement distincts.
Intervenant 1
Mais notre cerveau déclare forfait, c'est ça ?
Intervenant 2
Exactement. Il affiche exactement la même nuance de vert pour les deux plantes.
Intervenant 1
Mais attends, si notre vision est à ce point défectueuse, comment les ingénieurs ont-ils pu concevoir des écrans précis ? On ne peut pas fabriquer une machine fiable si l'observateur a des capteurs aussi imprécis ici.
Intervenant 2
Eh bien, paradoxalement, c'est précisément ce défaut qui rend la technologie possible. Ce qui est fascinant ici, c'est que c'est là qu'intervient un personnage historique assez incroyable, Hermann Grassmann.
Intervenant 1
Grassmann ?
Intervenant 2
Ouais, un mathématicien et physicien prussien du 19e siècle. Il est d'ailleurs connu pour être l'un des pionniers du calcul tensoriel.
Intervenant 1
Ah oui, la branche des maths qui permet de manipuler des données dans des espaces à de multiples dimensions.
Intervenant 2
C'est ça. Et Grassmann a eu l'idée de génie de modéliser l'univers de nos couleurs sous la forme d'un espace mathématique, un espace vectoriel.
Intervenant 1
Un espace vectoriel pour des couleurs, genre comme des coordonnées X, Y et Z en géométrie classique ?
Intervenant 2
Exactement ça. Grassmann a postulé que, puisque notre œil simplifie les choses, on pouvait additionner les lumières de façon purement algébrique. La règle est simple. Vas-y. L'impression visuelle qu'on ressent est indépendante des composantes spectrales pures. Si on mélange certaines intensités de lumière, les impressions s'additionnent de manière linéaire.
Intervenant 1
Et c'est la clé de tout en fait.
Intervenant 2
Ah oui. Si notre œil était un spectromètre parfait, capable de voir la vraie complexité de l'univers, la télévision serait impossible à inventer. Il faudrait qu'un écran contienne des millions de petits lasers pour reproduire chaque longueur d'onde exacte.
Intervenant 1
Mais grâce aux lois de Grassmann, et du coup à la paresse de notre cerveau, on a réalisé qu'on pouvait tricher.
Intervenant 2
Ouais. On recrée presque n'importe quelle illusion de couleur en mélangeant simplement trois sources lumineuses primaires.
Intervenant 1
C'est brillant. On a transformé une limitation biologique en un immense raccourci technologique.
Intervenant 2
C'est le triomphe de l'ingénierie.
Intervenant 1
Mais concrètement, travailler avec un espace mathématique en trois dimensions, c'est hyper complexe pour l'industrie. Comment on a cartographié tout ça pour que les fabricants d'écrans s'y retrouvent ?
Intervenant 2
Par une astuce géométrique très élégante. Le diagramme de chromaticité, souvent appelé la représentation en fer à cheval.
Intervenant 1
Ah, j'ai déjà vu ça.
Intervenant 2
En fait, on a pris cet espace 3D complexe et on l'a projeté en deux dimensions, sur un plan plat. Imagine une forme de fer à cheval. Le contour extérieur, la courbe, représentent l'arc-en-ciel pur.
Intervenant 1
Donc la succession de toutes les longueurs d'ondes visibles par l'humain à leur intensité maximale.
Intervenant 2
Tout à fait. Et à l'intérieur de ce fer à cheval se trouvent toutes les couleurs mélangées possibles.
Intervenant 1
Et c'est dans cet espace qu'on vient dessiner un fameux triangle, c'est ça ?
Intervenant 2
Le triangle RGB, pour rouge, vert, bleu.
Intervenant 1
C'est ça. L'industrie choisit trois couleurs primaires physiques qu'elle sait fabriquer. En plaçant ces trois points dans le fer à cheval et en les reliant, on trace un triangle.
Intervenant 2
Et toutes les nuances qui se trouvent à l'intérieur de ce périmètre seront les couleurs que cet écran spécifique sera capable d'afficher.
Intervenant 1
Exactement.
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