
18 mai 2022 · 16 min
Évariste Galois : la cabale contre son père
Dans cet épisode, remontez des tensions de la Restauration aux faux libelles contre le père de Galois, puis au drame qui blessa durablement son fils.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment ravi de retrouver toutes les passionnées et tous les passionnés de découvertes aujourd'hui. Installez-vous bien parce qu'on part pour une plongée historique assez intense.
Intervenant 2
Salut, ça s'éclaire, bonjour à tout le monde. C'est une exploration au cœur de nos sources qui va être vraiment fascinante.
Intervenant 1
Exactement. Alors, on pose le décor tout de suite. Le 2 juillet 1829, le maire d'une petite commune de la banlieue parisienne s'enferme dans son bureau et là, tragiquement, il met fin à ses jours.
Intervenant 2
Un drame local qui aurait pu totalement disparaître des livres d'histoire.
Intervenant 1
Ouais, sauf que cet homme laisse derrière lui un fils de 17 ans. Et ce fils, c'est Évariste Galois.
Intervenant 2
Ah, le célébrissime Évariste Galois. Le génie foudroyé en duel au petit matin, quoi.
Intervenant 1
C'est ça. Le mec qui a littéralement inventé l'algèbre moderne, la théorie des groupes. Mais avant de devenir cette figure mythologique, ce jeune esprit a été forgé dans le sang, la fuite et un chaos politique absolu.
Intervenant 2
Et c'est pour ça que la promesse d'aujourd'hui est simple. On ne va faire aucune équation au tableau.
Intervenant 1
Zéro équation. L'objectif, il est bien plus fondamental. En maths, pour comprendre la trajectoire d'une fonction complexe et anticiper ses variations, il faut impérativement cartographier ses conditions initiales. C'est joliment dit. Merci. Et là, l'origine de la fulgurance de Galois, le vrai creuset de sa pensée, ce sont les drames familiaux et l'instabilité terrifiante de la France du début du XIXe siècle.
Intervenant 2
Et c'est vraiment le prisme d'analyse parfait. Les documents qu'on passe au crible aujourd'hui s'articulent autour d'un super article paru dans Tangente intitulé « Le temps de la restauration ». Et ça nous plonge dans une France profondément fracturée en fait.
Intervenant 1
Totalement écartelée. Mais juste avant de disséquer tout ça, on doit poser notre petite règle méthodologique, non ?
Intervenant 2
Ah oui, c'est indispensable. Nos sources sont bourrées d'éléments politiques d'une intensité rare. On va y croiser des révolutionnaires fervents, des jacobins, des ultra-royalistes. Mais notre but ici n'est absolument pas de juger ces visions du monde, ni de prendre parti.
Intervenant 1
C'est super important de le rappeler.
Intervenant 2
Voilà, il faut vraiment imaginer ces factions historiques comme de simples vecteurs de force dans un espace vectoriel, un espace soumis à de violentes turbulences. Et on va analyser leur direction et leur point de collision avec une rigueur totalement neutre.
Intervenant 1
De toute façon, c'est la seule approche viable pour ne pas se faire broyer par la charge émotionnelle du truc. Bon, décortiquons un peu tout ça. Pour bien visualiser cet espace vectoriel, il faut remonter un peu le temps, bien avant la naissance d'Évariste. Tu peux nous planter le décor à la fin du XVIIIe siècle.
Intervenant 2
Carrément. Alors, le pays vient tout juste de renverser une monarchie millénaire et la période de la terreur s'achève de façon brutale. La rupture, en fait, elle s'opère très précisément le 9 thermidor de l'an 2.
Intervenant 1
Attends, ça correspond à quelle date dans notre calendrier classique ça ?
Intervenant 2
C'est le 27 juillet 1794, c'est la chute et l'exécution de Robespierre, de Couton, de Saint-Just et de 19 de leurs partisans. Et on présente souvent ça comme une simple transition, mais sur le plan social, c'est un effondrement massif quoi.
Intervenant 1
Ah bah oui, j'imagine le choc.
Intervenant 2
Tu sais, on a souvent tendance à comparer ce genre de revirement à un pendule. Le pendule va très loin
Intervenant 1
à gauche avec
Intervenant 2
Robespierre, puis paf, il repart violemment à droite. Oui, c'est l'image classique qu'on donne.
Intervenant 1
Sauf que, en lisant nos sources, cette métaphore mécanique me semble fausse. C'est pas un pendule bien ordonné en fait. C'est plutôt de la thermodynamique.
Intervenant 2
Ah, l'inné de la pression.
Intervenant 1
Ouais, une dépressurisation explosive quoi. Quand on élimine la pression exercée par le sommet de l'étage Jacobin, le système ne balance pas sagement. Il éclate. L'entropie devient maximale et l'énergie se disperse de manière chaotique à travers tout le pays.
Intervenant 2
Si l'on relie cela à la vue d'ensemble, cette métaphore thermodynamique est beaucoup plus juste effectivement. Le contrôle rigide disparaît et ça laisse la place à des forces non régulées. Et le petit peuple parisien tente bien de contenir ça.
Intervenant 1
Ils ont essayé de réagir ?
Intervenant 2
Oui, nos sources soulignent les insurrections du 12 Germinal et du 1er Prérial de l'an 3. Ce sont des soulèvements au printemps 1795 pour tenter de reprendre le contrôle de la révolution. Mais ils échouent face à une nouvelle structure qui se solidifie, la grande bourgeoisie commerciale.
Intervenant 1
Les fameux termidoriens, c'est ça ?
Intervenant 2
C'est exactement ça. Ils ont renversé Robespierre et leur seul programme, en gros, c'est de refroidir le système.
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