
15 juin 2021 · 17 min
Tétraèdres rationnels : l’énigme résolue après 44 ans
L’épisode remonte de la question de 1976 aux étapes qui ont permis à quatre chercheurs de classer tous les tétraèdres à angles dièdres rationnels.
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Intervenant 1
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans cette nouvelle émission. C'est le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Bonjour et merci de m'avoir invitée. Je suis vraiment ravie d'être là.
Intervenant 1
Mais c'est un plaisir. Alors aujourd'hui, on va faire une vraie plongée dans un sujet qui est franchement fascinant. On a tous en tête la géométrie qu'on faisait au collège sur une feuille de papier, non ? C'est super rassurant.
Intervenant 2
Exactement. Le fameux triangle avec la somme de ses angles qui fait toujours 180 degrés. C'est plat, c'est établi, il n'y a pas de surprise.
Intervenant 1
Voilà, c'est ça. Mais alors, qu'est-ce qui se passe quand on quitte ce monde rassurant de la 2D ? Genre quand on ajoute une troisième dimension avec les tétraèdres, vous savez, ces petites pyramides à bases triangulaires ?
Intervenant 2
Là, les règles du jus, elles changent, mais du tout au tout. L'intuition humaine, en fait, elle se brise complètement sur la complexité de l'espace en 3D.
Intervenant 1
Et c'est exactement la mission de notre exploration aujourd'hui. On va essayer de percer un mystère géométrique, un truc qui a littéralement tenu tête aux plus grands mathématiciens pendant plus de 40 ans.
Intervenant 2
C'est clair. On parle d'une affaire avec des polygones bizarres, des équations complètement monstrueuses et une équipe de chercheurs qui a récemment trouvé la solution avec une méthode incroyable.
Intervenant 1
Ouais, c'est une sacrée aventure intellectuelle. Mais bon, avant de foncer tête baissée dans les équations géantes, il faut qu'on pose les bases. Comment on mesure un angle dans un objet en 3D comme un tétraèdre ? En 2D c'est facile, c'est juste deux lignes qui se croisent quoi.
Intervenant 2
C'est vrai que c'est un peu ambigu en volume. On pourrait très bien prendre les faces plates du tétraèdre et mesurer les angles normaux sur chaque triangle.
Intervenant 1
Mais c'est pas ça qui nous intéresse aujourd'hui-ci.
Intervenant 2
Non, pas du tout. Le vrai cœur du problème, ce sont les angles qu'on appelle dièdres.
Intervenant 1
Dièdres. D'accord.
Intervenant 2
Oui. En fait, pour visualiser, imaginez un livre à moitié ouvert. L'angle dièdre, c'est l'angle qui est formé entre la page de gauche et la page de droite, pile au niveau de la relure.
Intervenant 1
Ah ! Super image ! Donc c'est l'angle entre deux faces qui se rencontrent.
Intervenant 2
C'est exactement ça. En mathématiques pure, on tracerait des droites perpendiculaires à ces deux faces et on mesurerait l'angle entre ces droites, pour être super précis.
Intervenant 1
Et vu qu'un tétraèdre, ça a six arêtes au total, ça veut dire qu'on a six angles dièdres, c'est bien ça ?
Intervenant 2
Voilà, vous avez tout compris. Six arêtes, donc six angles dièdres. Et le truc fou, c'est que le comportement de ces six angles à eux seuls, ils dictent absolument toutes les propriétés géométriques du volume.
Intervenant 1
D'accord, donc c'est vraiment la boussole de notre histoire. Mais du coup, pourquoi ces angles ont posé un problème historique aussi massif ?
Intervenant 2
Eh bien, ça nous remène à un concept physique, un peu comme de la maçonnerie ou un jeu de construction. Le pavage de l'espace.
Intervenant 1
Ah oui, genre remplir une pièce avec des briques. On sait tous qu'avec des cubes parfaits, on peut paver l'espace à l'infini, sans laisser le moindre petit vide.
Intervenant 2
Exactement. Et la question logique, c'est de se demander, est-ce qu'on peut faire la même chose avec des tétraèdres ?
Intervenant 1
Et j'imagine que la réponse n'est pas si simple.
Intervenant 2
En fait, Aristote, qui est quand même un des plus grands esprits de l'Antiquité, il s'est posé la question. Et il a dit oui.
Intervenant 1
Attendez, Aristote a dit qu'on pouvait paver l'espace avec des tétraèdres ?
Intervenant 2
Ouais. Il a affirmé avec certitude qu'on pouvait le faire avec des tétraèdres réguliers, donc ceux dont les quatre faces sont des triangles équilatéraux parfaits.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Et le pire, c'est que son autorité était tellement énorme que tout le monde l'a cru sur parole pendant des siècles.
Intervenant 1
Mais vous allez me dire qu'il s'est planté ? Un esprit brillant comme lui s'est trompé sur un bête jeu de construction géométrique ?
Intervenant 2
Totalement planté. Il a fallu attendre la Renaissance avec un mathématicien allemand, Johannes Müller, qu'on appelle souvent Regiomontanus, pour prouver qu'Aristote avait tort.
Intervenant 1
Ah ouais, quand même. Et comment il a prouvé ça ?
Intervenant 2
C'est là que nos fameux angles dièdres entrent en jeu. Pour qu'il n'y ait pas de vide autour d'une arête centrale quand on empile des formes, il faut que la somme des angles fasse pile 360°.
Intervenant 1
Logique, faire un tour complet quoi !
Intervenant 2
Sauf que l'angle dièdre d'un tétraèdre régulier y fait un peu plus de 70,5°. Ah !
Intervenant 1
Et 70,5 fois quelque chose, ça tombe pas sur 360, c'est ça ?
Intervenant 2
Exactement. Si on en met 5 autour d'une arête, on arrive à environ 352°.
Intervenant 1
Donc il reste un petit trou.
Intervenant 2
Un espace vide d'environ 8 degrés.
Intervenant 1
Voilà. Et c'est trop petit pour y glisser un sixième tétraèdre. Du coup, boum, le pavage régulier est physiquement impossible.
Intervenant 2
C'est fou que personne n'ait vérifié ça pendant des siècles.
Intervenant 1
Bon, alors on ne peut pas assembler des tétraèdres réguliers pour paver l'espace. Mais qu'est-ce qui se passe si on les découpe ?
Intervenant 2
Ah, ça, c'est la question qui a obsédé les mathématiciens modernes. En 1900, David Hilbert a lancé ses fameux défis pour le XXe siècle. Et le troisième problème de sa liste, c'était ça, la dissection.
Intervenant 1
La dissection de polyèdres, c'est
Intervenant 2
ça ? C'est ça. La question, c'était est-ce qu'on peut prendre un tétraèdre régulier, le découper en un nombre fini de petits morceaux et les réassembler pour en faire un cube parfait ?
Intervenant 1
Alors en 2D, je sais qu'on peut découper n'importe quel polygone pour en faire un carré. Mais en 3D, pour prouver que c'est impossible, ça doit être un vrai casse-tête.
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