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21 nov. 2023 · 13 min

Marées : Laplace, le mathématicien qui met l’océan en mouvement

L’épisode remonte des premières observations aux limites de Newton, puis suit Laplace lorsqu’il intègre la rotation terrestre et le mouvement des eaux.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on part pour une plongée absolument fascinante.

  2. Intervenant 2

    Salut Evelyne. Et oui, une plongée, c'est vraiment le mot parfait pour le coup.

  3. Intervenant 1

    C'est clair. On va s'attaquer à une archive, un article super détaillé qui s'intitule, je cite, « Le flux et le reflux de la mer, une théorie dynamique ».

  4. Intervenant 2

    Un gros programme.

  5. Intervenant 1

    Ouais, l'objectif c'est de comprendre comment l'humanité a mis genre plus de 2000 ans pour résoudre un des mystères les plus quotidiens qui soit, la mécanique des marées.

  6. Intervenant 2

    C'est vrai que c'est fou. Deux fois par jour, l'océan gonfle, il avale les plages, les bateaux s'échoutent dans les ports, puis l'eau revient. C'est tellement banal qu'on n'y prête presque plus attention quoi.

  7. Intervenant 1

    C'est poétique, on regarde la mer monter et bim, on oublie la brutalité mathématique qu'il a fallu forger pour expliquer ça. Parce que mine de rien, ça a rendu dingue les plus grands génies de l'histoire.

  8. Intervenant 2

    Ah bah, ça commence très loin cette histoire, bien avant la moindre équation.

  9. Intervenant 1

    Exactement, on remonte à l'Antiquité, vers 325 avant notre ère, et là on a un marin, un certain Pythéas le Massaliote, donc originaire de la Marseille actuelle.

  10. Intervenant 2

    Ouais, et à l'époque, faut se rappeler qu'en Méditerranée, les marées c'est minuscule, on parle de quelques centimètres, on s'en rend pas vraiment compte.

  11. Intervenant 1

    C'est ça, sauf que notre Pythéas, il décide de sortir de sa zone de confort, il affronte l'océan Atlantique, il monte vers les îles britanniques et il frôle même probablement l'Islande. Et

  12. Intervenant 2

    là, c'est le choc visuel

  13. Intervenant 1

    total. Mais grave. Il découvre des vrais murs d'eau qui montent et descendent de plusieurs mètres. Et le mec est super observateur. Il documente deux marées par jour, l'une elle, mais surtout il fait une corrélation de génie. Il remarque que l'amplitude varie avec les phases de la Lune.

  14. Intervenant 2

    C'est la toute première brique empirique. Pythéas pose la bonne hypothèse du premier coup. Sauf que le truc dingue, c'est qu'après ça, c'est le vide absolu.

  15. Intervenant 1

    Le trou noir scientifique.

  16. Intervenant 2

    Ouais, pendant deux millénaires. On sait que la Lune a une influence, mais on n'a tout simplement pas les outils pour l'expliquer. Et comme la nature a horreur du vide, l'esprit humain aussi. Du coup, on a vu des théories complètement lunaires émerger.

  17. Intervenant 1

    D'accord, décortiquons tout ça parce que, enfin, on parle pas de charlatans là, on parle des plus grands cerveaux de leur époque. L'article mentionne René Descartes, le père du rationalisme quoi.

  18. Intervenant 2

    Eh oui, Descartes.

  19. Intervenant 1

    Non mais attends, Descartes imaginait des immenses tourbillons dans l'espace, des espèces de vortex cosmiques qui appuyaient physiquement sur l'eau pour créer la marée. Comment on passe du rationalisme à des tourbillons géants ?

  20. Intervenant 2

    C'est symptomatique d'une époque qui essaie d'expliquer le ciel sans la loi de la gravitation. Sans une force invisible qui agit à distance, Descartes est un peu coincé. Il est forcé d'inventer une matière physique, un éther qui tourne, pour justifier que quelque chose pousse la mer.

  21. Intervenant 1

    L'intuition a ses limites quoi.

  22. Intervenant 2

    Totalement. Pour se débarrasser des tourbillons, il fallait changer de paradigme. Il fallait réussir à mathématiser l'invisible.

  23. Intervenant 1

    Et ça, c'est le grand moment d'Isaac Newton. On est en 1687, boum, il publie ses Principia. Surtout les propositions 26 et 27 du livre III. Newton arrive avec la pesanteur universelle et l'applique à la mer.

  24. Intervenant 2

    Voilà, mais la source insiste bien sur un point. C'est pas juste la Lune est un gros aimant qui tire l'eau. C'est beaucoup plus subtil.

  25. Intervenant 1

    Ouais, c'est de la mécanique de haute précision.

  26. Intervenant 2

    Newton, il crée un modèle super épuré. Imaginons la Terre comme une sphère parfaite couverte d'un océan uniforme. Son arme absolue, c'est ce qu'on appelle le différentiel d'attraction.

  27. Intervenant 1

    C'est là qu'on rentre dans le dur.

  28. Intervenant 2

    La loi de gravitation dit que la force est inversement proportionnelle au carré de la distance.

  29. Intervenant 1

    Attends, faisons une pause là-dessus pour notre audience. Est-ce que c'est crucial ? Inversement proportionnel au carré de la distance, ça veut dire que si on s'éloigne juste un petit peu d'un objet massif, la force ne diminue pas doucement, elle s'effondre direct.

  30. Intervenant 2

    C'est exactement la clé.

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