tangenteAudio

13 janv. 2017 · 19 min

Langue et mathématiques : des structures à la traduction

Dans ce podcast, suivez le passage des théories des linguistes Saussure et Chomsky aux statistiques utilisées pour analyser et traduire les textes.

Premium
Collections de cet épisode (2)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Merci, je suis ravie d'être

  3. Intervenant 1

    là. C'est vraiment un immense plaisir d'accueillir ceux qui nous écoutent aujourd'hui pour une nouvelle exploration approfondie.

  4. Intervenant 2

    Une plongée qui s'annonce passionnante,

  5. Intervenant 1

    oui. Absolument. Et pour commencer, je propose une petite expérience mentale à notre audience.

  6. Intervenant 2

    Oh, j'adore les expériences mentales. Allez-y.

  7. Intervenant 1

    Alors, écoutez bien. Si je dis la phrase que je suis en train de prononcer est fausse.

  8. Intervenant 2

    Aïe.

  9. Intervenant 1

    Voilà. Que se passe-t-il dans l'esprit ? Notre cerveau s'arrête, un peu comme un ordinateur qui plante face à une erreur système, non ?

  10. Intervenant 2

    C'est exactement ça, le fameux écran bleu de la pensée.

  11. Intervenant 1

    Parce que si la phrase est raie, alors elle est fausse.

  12. Intervenant 2

    Tout à fait.

  13. Intervenant 1

    Et si elle est fausse, alors elle dit la vérité, donc elle est vraie. C'est ce qu'on appelle un paradoxe.

  14. Intervenant 2

    Et c'est un paradoxe qui a fait couler beaucoup d'encre.

  15. Intervenant 1

    Oui, parce que pendant très longtemps, on a considéré la langue uniquement comme un domaine littéraire. De la poésie, de l'art, un héritage culturel quoi.

  16. Intervenant 2

    Et c'est légitime bien sûr.

  17. Intervenant 1

    Bien sûr, mais lorsqu'on se heurte à ce genre de bug logique, on réalise que la langue est aussi, et peut-être surtout, un terrain de jeu extraordinaire pour les mathématiciens.

  18. Intervenant 2

    Ah mais il faut même aller plus loin ! Je suis convaincue que l'application des mathématiques à la linguistique a totalement redéfini ce qu'est une langue.

  19. Intervenant 1

    Vraiment ?

  20. Intervenant 2

    À ce point-là ?

  21. Intervenant 1

    Ah oui.

  22. Intervenant 2

    Mais pour mesurer l'ampleur de ce séisme, il faut se replonger dans le contexte d'avant le XIXe siècle.

  23. Intervenant 1

    D'accord. Plantons le décor.

  24. Intervenant 2

    À l'époque, l'étude des langues était figée dans une approche presque muséale. L'obsession des érudits, c'était vraiment d'idéaliser les langues anciennes.

  25. Intervenant 1

    Le latin, le grec ancien…

  26. Intervenant 2

    Voilà, le sanscrit aussi. Ces langues étaient perçues comme des modèles de perfection absolue des systèmes purs et intouchables.

  27. Intervenant 1

    Et j'imagine que les langues parlées au quotidien n'avaient pas ce prestige.

  28. Intervenant 2

    Pas du tout. Les langues vernaculaires, celles que les gens parlaient dans la rue, étaient vues comme des versions corrompues.

  29. Intervenant 1

    De pâles copies, en somme.

  30. Intervenant 2

    Exactement. Des copies qui s'étaient dégradées avec le temps et l'usage populaire.

  31. Intervenant 1

    C'est une vision très nostalgique, au fond. On étudiait la langue uniquement à travers le prisme de son histoire, pour retrouver une espèce de pureté perdue.

  32. Intervenant 2

    C'est ce qu'on appelle l'approche diachronique. En gros, on faisait de la généalogie.

  33. Intervenant 1

    De la généalogie de mots.

  34. Intervenant 2

    C'est ça. Les linguistes cherchaient l'étymologie, la racine des mots. Ils regardaient comment une voyelle s'était transformée au fil de trois siècles d'invasion ou de migration. Ce

  35. Intervenant 1

    qui est fascinant sur le plan historique, on est d'accord.

  36. Intervenant 2

    Très fascinant. Mais le problème, c'est que ça ne disait absolument rien sur la façon dont les individus d'une même époque arrivaient à se comprendre instantanément.

  37. Intervenant 1

    Et ce qui semble assez logique quand on y pense.

  38. Intervenant 2

    Ah bon ?

  39. Intervenant 1

    Bah oui, parce que décortiquons un peu tout ça. Si je veux comprendre comment fonctionne le moteur de ma voiture aujourd'hui, pour aller d'un point A à un point B.

  40. Intervenant 2

    Oui, je vois où vous voulez en venir.

  41. Intervenant 1

    Connaître l'histoire de l'invention de la roue ou l'évolution des calèches au XVIIIe siècle, bah ça ne m'aide pas beaucoup.

  42. Intervenant 2

    C'est une excellente analogie.

  43. Intervenant 1

    Il arrive un moment où il faut arrêter de regarder dans le rétroviseur de l'histoire, soulever le capot et regarder comment les engrenages s'emboîtent ici et maintenant.

  44. Intervenant 2

    Eh bien, cette rupture conceptuelle que vous décrivez avec le capot de la voiture, c'est précisément le coup de génie du linguiste suisse Ferdinand de Saussure.

  45. Intervenant 1

    Ah, Saussure, on arrive au tournant.

  46. Intervenant 2

    Oui, au début du XXème siècle, il renverse complètement la table. Il déclare que la langue n'est pas qu'une accumulation historique.

  47. Intervenant 1

    C'est quoi alors ?

  48. Intervenant 2

    C'est avant tout un système. Un système structuré où chaque composant n'a de valeur que par rapport aux autres, au moment présent.

  49. Intervenant 1

    C'est la naissance de ce qu'on appelle le structuralisme, si je ne me trompe pas.

  50. Intervenant 2

    Absolument. Saussure utilise d'ailleurs l'analogie du jeu d'échecs, qui est très parlante.

  51. Intervenant 1

    Comment ça ?

  52. Intervenant 2

    Eh bien, pour comprendre une partie d'échecs en cours, peu importe de savoir comment les pièces ont été sculptées dans le bois.

  53. Intervenant 1

    Ou si le jeu a été inventé en Inde ou en Perse, on s'en fiche.

  54. Intervenant 2

    Voilà. Ce qui compte à l'instant T, c'est la règle de déplacement du cavalier et sa position par rapport au fou ou au roi.

  55. Intervenant 1

    Donc, si on garde mon image et qu'on soulève le capot de la langue avec Saussure, on se rend compte qu'il y a une séparation très nette à faire.

  56. Intervenant 2

    Une séparation entre quoi et quoi, selon

  57. Intervenant 1

    vous ? Entre la tuyauterie, la mécanique pure et ce qui circule à l'intérieur.

  58. Intervenant 2

    C'est-à-dire la syntaxe d'un côté et la sémantique de l'autre.

  59. Intervenant 1

    Exactement. D'un côté la syntaxe, donc la place du sujet, du verbe, les règles d'assemblage. Et de l'autre, la sémantique, c'est-à-dire le sens, l'émotion, le message qu'on veut faire passer.

  60. Intervenant 2

    Et ce qui est fascinant ici, c'est que cette séparation est vitale. La syntaxe fonctionne en totale indépendance de la sémantique.

  61. Intervenant 1

    On peut faire des phrases grammaticalement parfaites qui ne veulent rien dire, c'est ça ?

  62. Intervenant 2

    Un signal d'appel pour les mathématiciens.

  63. Intervenant 1

    Ah, on y vient !

  64. Intervenant 2

    Bah oui, à partir du moment où on a des règles formelles, des éléments qui s'emboîtent selon une logique stricte et indépendante du sens...

  65. Intervenant 1

    La langue devient un objet mathématisable !

  66. Intervenant 2

    Exactement, un objet scientifique qu'on peut calculer.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.