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19 août 2022 · 21 min

L’abstraction est-elle vraiment abstraite dans le cerveau ?

Dans cet épisode audio, partez d’un chat reconnu malgré ses différences, puis suivez le chemin du concret aux abstractions mathématiques dans le cerveau.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Imaginez un instant un champanzé au beau milieu d'une forêt dense en Guinée. Son regard balaie quoi plus de 600 espèces d'arbres différentes pour essayer d'isoler une feuille bien spécifique pour se nourrir.

  2. Intervenant 2

    Ouais, un vrai défi d'observation.

  3. Intervenant 1

    Exactement. Et maintenant, de l'autre côté, visualisez une mathématicienne devant un tableau noir, complètement plongée dans une équation à de multiples dimensions.

  4. Intervenant 2

    Le grand écart total a priori.

  5. Intervenant 1

    A priori, oui. Et si je te disais que, fondamentalement, leurs cerveaux sont en train d'accomplir très exactement la même prouesse.

  6. Intervenant 2

    Ah, ça semble fou dit comme ça.

  7. Intervenant 1

    Et pire encore, et si les mathématiques telles qu'on les connaît n'étaient au fond qu'une immense illusion d'optique ?

  8. Intervenant 2

    Vaste programme.

  9. Intervenant 1

    C'est le cas de le dire. Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis ravie de retrouver notre auditoire pour une nouvelle exploration. Aujourd'hui, on va se pencher sur une question vraiment vertigineuse.

  10. Intervenant 2

    Ouais, une question qui touche à la base même de notre pensée.

  11. Intervenant 1

    L’abstraction et le concret sont-ils réellement opposés ? Parce qu'on a l'habitude de les placer aux deux extrémités d'un spectre, comme deux mondes complètement hermétiques. Mais les sources qu'on analyse aujourd'hui racontent une histoire bien plus complexe.

  12. Intervenant 2

    C'est clair. L'objectif de notre analyse d'aujourd'hui, c'est vraiment de disséquer la mécanique même de nos images mentales. Pour comprendre ce processus, il va falloir voyager.

  13. Intervenant 1

    D'où le chimpanzé.

  14. Intervenant 2

    Voilà. Des contraintes vitales, de la jungle jusqu'aux entrailles des machines d'IRM, dans les labos de neuro-imagerie contemporains. En fait, il s'agit de repenser totalement ce qu'on appelle l'abstraction.

  15. Intervenant 1

    Bon, décortiquons tout ça. Si l'on veut partir sur de bonnes bases, le premier réflexe, c'est souvent d'ouvrir un dictionnaire. Le Larousse, le Robert, le Hachette…

  16. Intervenant 2

    Les classiques quoi.

  17. Intervenant 1

    Ouais, et ils convergent tous vers la même définition. L’abstraction, selon eux, c'est l'action de mettre en évidence les propriétés générales d'une catégorie d'objet tout en gommant volontairement leurs particularités individuelles.

  18. Intervenant 2

    Gommer pour mieux regrouper.

  19. Intervenant 1

    C'est ça. Pour rendre ça plus visuel, on pourrait comparer ce mécanisme à la création d'un système de tag, tu sais, des étiquettes invisibles. L'une de nos sources utilise un exemple génial avec un enfant en bas âge face à des chats.

  20. Intervenant 2

    Ah oui, le fameux exemple de la reconnaissance visuelle.

  21. Intervenant 1

    L'enfant croise un grand chat noir de gouttière, puis un minuscule chaton roux, ensuite un persan hyperpoilu et peut-être un siamois filiforme. Visuellement, concrètement, ces animaux n'ont presque rien en commun en fait. Ni

  22. Intervenant 2

    la taille, ni la couleur, ni même la

  23. Intervenant 1

    forme de la tête. Exactement. Et pourtant, au onzième chat rencontré, l'enfant ne va pas se figer de terreur devant un monstre inconnu. Il pointe du doigt et il identifie tout de suite.

  24. Intervenant 2

    Il a extrait le concept abstrait du chat à partir d'expériences purement concrètes.

  25. Intervenant 1

    C'est quand même incroyable quand on y pense.

  26. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est ce que ces définitions classiques omettent de mentionner. Aucun dictionnaire ne cite l'organe responsable de ce tour de force.

  27. Intervenant 1

    Le cerveau, bien sûr.

  28. Intervenant 2

    Voilà. C'est pourtant le cerveau qui réalise ce travail titanesque de filtrage. Devant la multitude de détails inutiles, le cerveau tranche, il isole les similarités, il délimine tout le bruitron visuel pour forger une représentation symbolique. Et ce

  29. Intervenant 1

    n'est pas réservé aux humains du coup ?

  30. Intervenant 2

    Et non. L'erreur fondamentale, ce serait de croire que cette puissance de conceptualisation est un sommet intellectuel strictement humain.

  31. Intervenant 1

    Et c'est là que l'image du chimpanzé dans la jungle que j'ai donnée en intro, elle prend tout son sens. La théorie, elle quitte le dictionnaire pour se frotter à la survie pure et dure.

  32. Intervenant 2

    Complètement. Les travaux du professeur japonais Tetsuro Matsuzawa, de l'université de Kyoto, l'illustrent d'ailleurs brillamment.

  33. Intervenant 1

    Il a passé des années à les observer, c'est ça ?

  34. Intervenant 2

    Oui, en République de Guinée. Et ces observations nous montrent à quoi ressemble l'abstraction quand c'est une question de vie ou de mort. L'environnement forestier là-bas, c'est d'une complexité ahurissante.

  35. Intervenant 1

    Tu parlais de 600 espèces végétales tout à l'heure ?

  36. Intervenant 2

    Au moins, oui. C'est un vrai chaos d'informations sensorielles, des couleurs, des formes, des odeurs dans tous les sens. Les chimpanzés en consomment environ le tiers, mais le défi cognitif va beaucoup plus loin.

  37. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  38. Intervenant 2

    Ben, pour une espèce donnée, ils ne peuvent pas juste se contenter de reconnaître l'arbre en général. Tantôt ils doivent identifier un fruit spécifique, tantôt une jeune pousse, ou une feuille particulière, ou même un type d'écorce bien précis.

  39. Intervenant 1

    Sachant que dans une forêt sauvage, un arbre ne poussait jamais de la même manière qu'un autre. Enfin, la symétrie parfaite n'existe pas dans la nature.

  40. Intervenant 2

    Exactement. Et c'est là tout l'enjeu. L'écorce pleine de nutriments sur un vieil arbre tordu et à moitié rongé par l'humidité, elle doit être identifiée comme appartenant à la même catégorie que l'écorce d'un arbre super jeune et tout droit situé à 500 mètres de là.

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