tangenteAudio

20 mars 2017 · 6 min

Jean Brette : des gommes aux conférences, les maths en partage

Cet épisode audio suit le vulgarisateur au Palais de la découverte, des objets géométriques bricolés aux problèmes et conférences partagés avec ses publics.

Collections de cet épisode (2)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est vraiment un vrai bonheur d'accueillir nos auditeurs aujourd'hui.

  2. Intervenant 2

    Bonjour à tous, je suis ravie d'être là.

  3. Intervenant 1

    Imaginons un instant le scénario suivant. Quelqu'un fête ses 34 ans et reçoit un cadeau vraiment unique, un polygone parfait de 34 côtés.

  4. Intervenant 2

    Oui, un polygone minutieusement tracé, à la règle et au compas en plus.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Et le but, c'était de célébrer ses 34 ans, ses 34 mois, 34 semaines, 34 jours, 34 heures et même 34 minutes.

  6. Intervenant 2

    C'est fou.

  7. Intervenant 1

    Ce n'est pas l'œuvre d'un artiste un peu perché, non. C'est l'une des inventions de Jean Brette.

  8. Intervenant 2

    Ah, Jean Brette, c'est vraiment une figure incontournable. Il nous a quittés en 2017, mais pendant 40 ans, il a œuvré pour, disons, transformer les maths en une matière supervivante, presque palpable en fait.

  9. Intervenant 1

    Et c'est justement la mission de notre exploration d'aujourd'hui. Comprendre comment il a fait ça. Parce qu'il ne se contentait pas de traduire des équations. Moi, je dirais, c'est comme s'il prenait le code source invisible de la réalité et qu'il l'imprimait en 3D pour qu'on puisse le tenir dans nos mains.

  10. Intervenant 2

    C'est une super image. Et le plus dingue dans son parcours, c'est quand il débarque au Palais de la Découverte. On est en 1964, il a à peine 18 ans.

  11. Intervenant 1

    Ouais.

  12. Intervenant 2

    Et à ce moment-là, il n'a absolument aucun bagage scientifique formel. Rien du tout.

  13. Intervenant 1

    Attends, vraiment rien ?

  14. Intervenant 2

    Bah non, rien. Surtout que le Palais de la Découverte, à cette époque, ce n'était pas un long fleuve tranquille. Le mathématicien Michel Demazur racontait que c'était très instable, un lieu qu'il fallait, je cite, « sauver tous les ans ».

  15. Intervenant 1

    Ah oui, quand même !

  16. Intervenant 2

    Et au milieu de ce chaos, ce jeune homme sans diplôme va gravir les échelons, un par un, jusqu'à carrément diriger le département de mathématiques.

  17. Intervenant 1

    C'est impressionnant.

  18. Intervenant 2

    Ouais, il va animer la célèbre salepie, tu sais, cette pièce circulaire mythique tapissée des décimales du nombre pi. Il en a fait un vrai carrefour d'échanges.

  19. Intervenant 1

    Mais il y a un truc qui m'échappe là. Comment un jeune de 18 ans, sans vraie formation académique, arrive à gagner le respect de la crème de la recherche ?

  20. Intervenant 2

    Parce qu'il collabore avec François Lelionnet, il organise des conférences avec Serge Lang, qui sont devenus des livres en anglais par la suite.

  21. Intervenant 1

    Oui, de vraies références. C'est un peu comme si un musicien qui joue qu'à l'oreille se retrouvait soudain à diriger l'Orchestre Symphonique National quoi.

  22. Intervenant 2

    C'est une excellente comparaison, parce que c'est justement son absence de formatage académique qui a fait sa force.

  23. Intervenant 1

    Ah bon ?

  24. Intervenant 2

    Ouais, il n'était pas aveuglé par ce qu'on appelle la malédiction du savoir. Comme il avait dû défricher et comprendre les concepts par lui-même, il savait exactement où étaient les pièges pour un débutant. Il parlait les deux langues, la recherche pure d'un côté et le public amateur de l'autre.

  25. Intervenant 1

    D'accord, je vois. Et ça nous amène directement à ces méthodes en fait. J'ai lu qu'il fabriquait ses propres objets géométriques en découpant des gommes ou en pliant du carton.

  26. Intervenant 2

    Oh ouais, tout le temps.

  27. Intervenant 1

    Mais soyons concrets deux secondes. Les maths, c'est le royaume de l'abstraction. Pourquoi s'acharner sur des fournitures de bureaux ?

  28. Intervenant 2

    Parce que le cerveau humain a besoin d'un point d'appui. Imagine devoir visualiser mentalement la forme exacte que tu obtiens en coupant un cube de billet.

  29. Intervenant 1

    Oula, c'est un peu un cauchemar abstrait ça.

  30. Intervenant 2

    Le cerveau l'assimile direct, l'objet physique désamorce la peur, et une fois la forme comprise visuellement, la formule mathématique devient une évidence. C'est plus un mur infranchissable.

  31. Intervenant 1

    C'est brillant. Et il appliquait cette créativité un peu partout, jusqu'à inventer ce fameux polyversaire dont on parlait au début.

  32. Intervenant 2

    Oui, le polygone d'anniversaire, il avait des passions tellement éclectiques d'ailleurs.

  33. Intervenant 1

    Ouais, j'ai vu ça. Le jazz, les éléphants, l'art floral.

  34. Intervenant 2

    Les bonsaïs aussi. D'ailleurs, il a même fait une incursion dans le cinéma en participant au film « La nouvelle étoile du berger » en 1995. Ah, je

  35. Intervenant 1

    ne savais pas. Mais pour en revenir aux maths, il adorait fasciner le public avec des méthodes un peu spéciales, comme la descente infinie ou des problèmes impossibles. C'est quoi exactement la descente infinie ?

  36. Intervenant 2

    Alors, c'est une technique de démonstration d'une élégance folle. Pour prouver qu'une équation n'a aucune solution sous forme de nombre entier, on imagine d'abord que cette solution, elle existe.

  37. Intervenant 1

    Ok, on fait une supposition.

  38. Intervenant 2

    Voilà. Ensuite, on démontre que si elle existait, on pourrait trouver une solution entière encore plus petite. Et ainsi de suite à l'infini.

  39. Intervenant 1

    Ah ! Mais attends, vu qu'on parle de nombres entiers positifs, on ne peut pas descendre à l'infini. On finit forcément par bloquer à zéro, non ?

  40. Intervenant 2

    Exactement. Du coup, la solution de départ ne pouvait tout simplement pas exister.

  41. Intervenant 1

    C'est imparable,

  42. Intervenant 2

    ouais. Et c'est là tout le génie de Jean Brette. Montrer au public pourquoi un problème n'a pas de solution, ça stimule infiniment plus l'esprit critique que de recracher une formule.

  43. Intervenant 1

    Tu m'étonnes. Chaque personne devait ressortir de là en se sentant vachement plus intelligente.

  44. Intervenant 2

    Totalement. C'est d'ailleurs ce qui lui a valu le prix d'Alembert en 2002. Une très belle reconnaissance du milieu.

  45. Intervenant 1

    Ça change complètement la perspective. Les mathématiques, ce n'est plus juste une matière scolaire hyper rigide. Ça devient une culture vivante, une façon d'appréhender la réalité, au même titre que le jazz ou la compo florale finalement.

  46. Intervenant 2

    Oui, c'est un art de structurer notre pensée face au monde, tout simplement.

  47. Intervenant 1

    Et bien pour clore cette émission, je propose à notre public de garder en tête cet amour de Jean Brette pour les problèmes sans issue.

  48. Intervenant 2

    Une très bonne idée.

  49. Intervenant 1

    Parce que ça soulève une vraie question philosophique. En mathématiques comme dans la vie, prouver de manière irréfutable l'absence de solution, est-ce que ce n'est pas au fond la plus belle des solutions ? Un grand merci à nos auditeurs d'avoir suivi cette discussion aujourd'hui et à très vite.

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.