
15 juil. 2019 · 14 min
Gravitation à boucles : l’espace est-il fait de grains ?
Dans cet épisode audio, suivez comment la théorie décrit l’espace en grains, puis relie leurs spins aux champs gravitationnels à grande échelle.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Bonjour à toutes et à tous, chères auditrices et chers auditeurs. C'est un immense plaisir de se retrouver pour cette nouvelle exploration au carrefour des mathématiques et de la physique fondamentale.
Intervenant 2
Bonjour tout le monde ! Très heureuse d'être là pour cette plongée fascinante.
Intervenant 1
Et pour ouvrir notre discussion du jour, il y a une question vertigineuse qui mérite d'être posée d'emblée. Et si notre univers n'était pas un tissu continu, lisse, ininterrompu, mais plutôt quelque chose de fondamentalement discret ? Un peu comme les pixels d'un écran d'ordinateur en fin de compte. L'article qu'on décortique aujourd'hui s'intitule précisément « la gravitation quantique à boucles » et il s'attaque de front à cette
Intervenant 2
idée. Et cette image de l'univers réduit à des pixels, c'est d'une pertinence absolue pour aborder le sujet. Parce que la gravitation quantique à boucles, ce n'est pas juste une petite hypothèse de travail. C'est une théorie extraordinairement audacieuse.
Intervenant 1
Avec une mission plutôt colossale, non ?
Intervenant 2
Ah bah colossale, c'est le mot. L'objectif ultime, c'est d'accomplir ce qui échappe à la physique moderne depuis presque un siècle, à savoir réconcilier la physique des champs gravitationnels macroscopiques.
Intervenant 1
Donc la gravité à très grande échelle, celle qui sculpte le cosmos.
Intervenant 2
C'est ça. Réconcilier ça avec la mécanique quantique qui, elle, règne en maître absolu sur le monde de l'infiniment petit.
Intervenant 1
Parce qu'actuellement, ces deux piliers de la science s'ignorent totalement.
Intervenant 2
Ils s'ignorent royalement, oui. Et pire encore, ils se contredisent carrément sur le plan mathématique.
Intervenant 1
Bon, je pense qu'il est nécessaire de procéder par étapes pour bien saisir l'enjeu. Avant même de chercher à comprendre la solution mathématique complexe, avec ces fameuses boucles, il faut cerner le problème.
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
Quelle est la nature de ce problème fondamental en cosmologie actuelle ? Pourquoi y a-t-il urgence à réconcilier tout ça ?
Intervenant 2
L'urgence, elle naît de l'ambition démesurée de la cosmologie elle-même. Par définition, cette discipline cherche à embrasser l'univers dans sa globalité, tu
Intervenant 1
vois.
Intervenant 2
Elle essaye de modéliser la naissance du temps, la formation des premières étoiles, l'organisation des galaxies en superamas géants.
Intervenant 1
Bref, de proposer un grand récit cohérent.
Intervenant 2
Voilà, de l'origine primondiale jusqu'à aujourd'hui, tout en s'assurant que ce modèle correspond scrupuleusement aux données qu'on observe. Et c'est exactement là que le bas blesse.
Intervenant 1
Parce qu'on a une contrainte physique indépassable. On ne peut pas examiner l'univers dans son ensemble comme on regarderait une pomme posée sur une table.
Intervenant 2
Exactement. Notre vision du cosmos est intrinsèquement limitée. Et la raison, elle est toute bête. L'information dans l'univers voyage à une vitesse finie.
Intervenant 1
Rien ne dépasse la lumière.
Intervenant 2
C'est ça. Que ce soit les ondes électromagnétiques des Khazars, lointains, ou même les ondes gravitationnelles, le signal a besoin de temps pour traverser l'espace.
Intervenant 1
Donc, ce qu'on observe n'est jamais le présent ?
Intervenant 2
Non, jamais. C'est une superposition de passé. Et plus l'objet est loin, plus on regarde dans le passé. Le champ d'observation humain se réduit donc à une bulle.
Intervenant 1
Un horizon cosmique, en fait.
Intervenant 2
Ouais, un horizon qui ne sera toujours qu'une infime fraction de la totalité de l'univers que le théoricien veut mettre en équation.
Intervenant 1
Ce qui place ce pauvre théoricien dans une position assez inconfortable.
Intervenant 2
Complètement.
Intervenant 1
Puisqu'il est impossible de vérifier ce qui se passe au-delà de cet horizon observable, il faut faire un pari énorme. Il faut postuler que les lois physiques qu'on a découvertes localement, dans notre petit coin de galaxie, restent identiques partout ailleurs et à toutes les époques.
Intervenant 2
C'est un saut de foi scientifique monumental, on est d'accord. Et c'est indispensable, mais historiquement, ça a mené à des situations super complexes.
Intervenant 1
Comme le paradoxe des constantes qui varient, c'est ça ?
Intervenant 2
Voilà. L'exemple le plus flagrant, on le trouve aux origines même du modèle cosmologique, avec Einstein. En 1915, il publie la théorie de la relativité générale.
Intervenant 1
De nouvelles équations magistrales pour la gravitation.
Intervenant 2
Sauf que, quand il applique ses propres formules à la géométrie de l'univers dans son ensemble, les mathématiques pointaient obstinément vers un univers dynamique, un univers en mouvement qui ne pouvait pas être stationnaire.
Intervenant 1
Or, à cette époque, l'idée d'un univers en expansion ou en contraction s'était perçue comme une aberration absolue, non ?
Intervenant 2
Mais totalement. C'était un dogme absolu, le cosmos devait être éternel et immuable.
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